La bardane, le scratch végétal

Michel Viard

La bardane (Arctium lappa) est une grande voyageuse. Et sa technique est très au point : ses fruits s’accrochent à tout ce qui passe ! Et c’est l’observation de ses fameux fruits qui a donné naissance au Velcro ! Par ailleurs, la bardane est excellente pour la santé et on peut manger ses tiges, ses feuilles, ses racines ! La totale, quoi ! 

L’herbe aux pouilleux !

C’est l’un des nombreux noms donnés à la bardane. On l’appelle aussi l’herbe aux teigneux (beurk), le chou d’âne, mais aussi l’oreille de géant (en raison de la grandeur de ses feuilles et de sa stature plus généralement). C’est une plante bisannuelle qui pousse en sol frais, riche en humus et adore le soleil. Elle peut atteindre 2 m de haut. 

Les fruits de la bardane sont des petits malins…

Les fleurs rose foncé éclosent en été, en petits bouquets bien serrés, au bout d’une tige rougeâtre. Ils sont suivis d’akènes (des fruits) équipés de crochets qui leur permettent de s’accrocher aux poils des animaux, nos chebeux, à nos chaussettes aussi et à tout vêtement qui convient ! Les fruits sont donc capables de parcourir de longues distances en étant simplement agrippés à leurs hôtes. Et si vous essayez de les décrocher, ce n’est pas si facile ! Il faut que les crochets cèdent, ce qu’ils finissent dans la nature par faire tout seuls. Et nous on tire dessus pour déloger ces intrus de nos vêtements

©James Neal
©James Neal
©huettenhoelscher
©huettenhoelscher

Et un Suisse inventa le Velcro® ! 

C’est en observant très attentivement les fruits d’Actium lappa accrochés à ses habits que Georges de Mestral, dans les années 1940, eut l’idée du Velcro®. Quand il ôte ses habits de retour d’une partie de chasse, il décroche un akène, le passe sous son microscope et découvre l’existence des crochets. Cet ingénieur suisse qui a déposé son premier brevet à l’âge de 12 ans a alors l’idée de copier la bardane pour créer des bandes autoagrippantes. Pensez-y quand vous dites à vos enfants ou à vos petits enfants : «Mets tes chaussures à scratch ! ». Dans le Velcro, une bande est dotée de crochets, l’autre de bouclettes et quand elles se rencontrent, ça fait scratch ! Bon, la mise au point n’a pas été simple puisqu’il faut une dizaine d’années à Georges de Mestral pour parvenir à un résultat très satisfaisant. Le brevet est déposé et dans le monde entier, on se met à fabriquer du Velcro (contraction de velours et crochet). 

©13-smile
©13-smile

Non, mais ça se mange en plus ?

Eh oui ! Alors évidemment on ne fait pas de plats avec les akènes, mais le reste de la plante peut passer à la casserole.

  • Les jeunes feuilles : crues, elles sont très amères. Cuites, elles perdent cette amertume. Mais faut vraiment pas avoir grand-chose d’autre à manger pour les consommer.
  • Les jeunes pousses : faites-les cuire à la vapeur et dégustez-les avec une vinaigrette, un peu comme des asperges.
  • La racine : là, c’est plus sérieux. La racine peut être dégustée crue ou cuite. Saveur de salsifis, d’artichaut, de panais, de topinambour, tout dépend des palais. À détailler en lanières, comme le font les Japonais.

Recette : bardane sautée à l’asiatique

Ingrédients

  • 1 kg de feuilles et tiges
  • 1 c. à c. d’huile de sésame
  • 1/2 citron
  • 1 c. à s de nuoc-mâm
  • 1 petit verre d’eau.
  • poivre

Réalisation

Lavez les feuilles. Pelez les tiges les plus coriaces pour ne conserver que les plus tendres, coupez-les en tronçons. Dans une sauteuse, faites revenir la bardane avec l’huile. Arrosez avec le jus de citron et le nuoc-mâm, mélangez. Versez l’eau, couvrez et laissez cuire jusqu’à ce que les tiges soient bien moelleuses. Servez avec un riz basmati ou un riz gluant. Vous pouvez ajouter des crevettes

Recette tirée du livre de Isabelle Hunault, « Plantes sauvages comestibles », éditions Ulmer, 14,95 €.

©Mian Condro
©Mian Condro

Anecdote : les graines de bardane ont été utilisées comme succédané… du café.

Bon à savoir

Si vous vous trouvez dans la nature pris d’une envie de petit ou gros besoin, repérez une bardane. Les feuilles sont douces et peuvent remplacer le papier toilette. Évidemment, vérifiez que vous ne prélevez pas d’akènes avec parce que là… 

Une plante qui soigne

Elle fut très en vogue au XVe, après avoir guéri le roi Henri III de « la grosse verolle », comme le raconte « La Chronique Médicale ».

« Henri III, Roy de France, atteint de la grosse verolle (sic) n’en pût pas être guéri par ses médecins ordinaires : il fut averti que Pena était pour lors à Paris où il pratiquoit la médecine et qu’il y guérissoit plusieurs vérolez par un remède particulier qu’il avoit appris d’un certain Turc. Il le fit appeler et il en fut guéri. 

©Marilyna
©Marilyna

Or tel étoit son remède : racine de bardane coupée en tranches huit onces, du vin blanc, et de l’eau de fontaine, de chacun deux livres ; le tout bouillira à la réduction de la moitié, ajoutant sur la fin, du séné mondé une once ou une once et demie, selon la disposition du malade. Ayant coulé la décoction, il faut en prendre demi livre, en provoquant les sueurs avec des gros cailloux chauds envelopez de linges ; l’un desquels sera appliqué à la plante des pieds, deux aux jambes proche le péroné ; deux aux cuisses, proche le milieu à la partie externe et deux proches les épaules, en bien couvrant le malade. Les sueurs en sont copieusement provoquées durant une heure et demi ; et, sur le soir, le malade va deux ou trois fois à la selle.

L’on se servoit de ce remède après les remèdes universels, pendant l’espace de 15 ou 20 jours ; et, cependant, il usoit pour la boisson ordinaire d’une décoction de squine, ou de salse-pareille, avec le régime de vivre accoutumé à ceux qui observent la diète. Après l’usage de ces remèdes, il prenoit tous les matins la décoction de la bardane sans séné, et sans aucun autre régime, pendant un mois tout entier ou même pendant 40 jours. »

On sait également que la bardane était réputée pour agir sur les croûtes de lait, l’acné, la furonculose et autres problèmes cutanés. 

Bardane – Arctium lappa – Fiche de culture

  • Famille : Astéracées.
  • Type : bisannuelle.
  • Exposition : soleil.
  • Sol : frais, riche en humus.
  • Multiplication : elle s’en charge toute seule. Mais si vous en voulez dans votre jardin, semez en pépinière ou directement en pleine terre d’avril à juillet, ou en septembre.

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