Sara Plummer Lemmon, figure de l’histoire botanique

Elle est l’une des rares femmes dont une montagne porte le nom. Cette native du Maine s’est prise de passion pour la botanique en s’installant en Californie. Avec son mari, John Lemmon, botaniste lui aussi, Sara Plummer a vécu les plus belles années de sa vie à la recherche de plantes, à la confection d’un herbier, à la réalisation de dessins et à la co-écriture d’ouvrages. Un chemin original pour une femme du XIXe siècle.

De la côte Est à la côte Ouest

Sara naît le 3 septembre 1836, à New Gloucester. Elle reçoit une bonne éducation et s’installe à New York où elle donne des cours d’art avant de servir comme infirmière pendant la guerre de Sécession. En 1868, elle attrape une vilaine pneumonie qu’elle ne parvient pas à soigner sous le climat new-yorkais. L’une de ses amies lui conseille de partir pour la côte Ouest dont le climat plus sec peut l’aider à guérir. Sara l’intellectuelle fait donc ses bagages et débarque à Santa Barbara.

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Des ranchs, des bars et une bibliothèque

Pour cette intellectuelle, c’est un changement total de monde. Elle s’installe dans une ville où l’on joue du pistolet, on vole des chevaux… La Californie est alors un jeune État américain après avoir appartenu à l’Empire espagnol (jusqu’en 1821) puis avoir relevé de la souveraineté mexicaine après une guerre entre les deux pays. Dans cet univers encore très Far West, les livres, la culture relèvent de la denrée rare. L’une de ses connaissances lui envoie alors 200 livres et Sara Plummer crée un coin bibliothèque dans le magasin où elle vend aussi de la papeterie et des fournitures d’art. Sa boutique devient un lieu très fréquenté.

Sara Plummer part en balade…

Contrairement à une idée répandue, les femmes vivant à l’époque victorienne n’étaient pas toutes coincées dans leurs jupons, leur corset et tout le bazar et ne se privaient pas de sortir. C’est tout habillée à la victorienne que Sara part découvrir les alentours de sa maison, de son quartier, de sa ville. Et c’est lors de ces promenades qu’elle commence à se passionner pour la botanique, à herboriser, à passer plus souvent les yeux baissés vers le sol que levés vers l’horizon. Elle collecte des plantes, les dessine lors de ses balades ou de retour chez elle. La botanique fait partie des trop rares activités « autorisées » aux femmes à cette époque. Les laisser « faire joujou » avec les plantes,  c’est bien pratique pour détourner leur attention de sujets plus brûlants, non ? 

La rencontre de sa vie

À 40 ans, cette célibataire impénitente assiste, à Santa Barbara, à une conférence donnée par John Gill Lemmon, un éminent botaniste autodidacte invité par Santa Barbara Natural History Society (dont elle est co-fondatrice). Peut-on parler d’un coup de foudre ? Rien ne le dit. Mais quand John quitte la Californie, ils entament une correspondance très régulière et se marient quatre ans plus tard en 1880. Entre-temps, ils ont échangé des dizaines et des dizaines de lettres parlant d’eux… et de botanique quasi exclusivement. Sara envoie même des feuilles d’un arbuste qu’elle ne parvient pas à identifier. À raison ! Il s’agit d’un arbuste non encore dénommé que John baptise Baccharis plummerae

©Anthony Valois and the National Park Service
©Anthony Valois and the National Park Service

Un voyage de noces original 

Que fait-on traditionnellement après un mariage ? Un voyage de noces… Mais Sara s’en moque. John raconte dans un interview : « Ma femme, étant aussi enthousiaste et dévouée à la botanique que moi, a été a première à proposer qu’au lieu d’un séjour stupide et coûteux au bord de la mer, de passer notre temps à des déambulations inutiles et à l’écoute de ragots idiots, nous consacrions les semaines suivantes à étudier puis de partir, au bon moment, faire un grand raid botanique en Arizona ! ».

©Santa Barbara Historical Museum
©Santa Barbara Historical Museum

« Je crois que Mme Lemmon a deux fois plus de force et de détermination que moi. » (John Lemmon)

Pas de tout repos le voyage ! 

Sara et John partent donc en expédition dans les Monts Santa Catalina au nord de Tucson. À cette époque, c’est une région encore largement inexplorée et sauvage. Pour affronter cet environnement riche en cactus et en crotales, Sara jette ses robes aux oubliettes, porte des pantalons, des chaussures, des gants de cuir, un large chapeau et un masque en peau de daim pour se protéger des ardeurs du soleil. 

Sara Plummer au sommet ! 

Et le couple se lance un défi : gravir le plus haut sommet de la chaîne des monts. Leur première tentative est un échec. Ils finissent par retourner à Tucson. On leur recommande alors de se rendre à Oracle, alors un micro-village au nord des monts. Ils y rencontrent un éleveur qui leur loue des chevaux et les accompagne. La seconde tentative est la bonne.  Le trio parvient au point culminant de la chaîne à 2791 mètres d’altitude. Dans la langue de la tribu amérindienne Tohoto O’odham, le sommet est nommé Babad Do’ag. John décide de le nommer en l’honneur de son épouse : Mount Lemmon. Dans ses souvenirs, leur guide raconte : «… l’avons baptisé Mt Lemmon en l’honneur de Mme Lemmon qui fut la première femme blanche là-bas. J’ai coupé l’écorce d’un grand pin tout en haut et nous avons tous gravé nos noms. »

Un herbier à domicile

Entre deux expéditions sur le terrain californien, Sara et John donnent ensemble naissance à l’herbier Lemmon, dans leur maison d’Oakland. Quelques années plus tard, ils en font donc à l’Université de Californie à Berkeley où il est fusionné avec d’autres herbiers. Leur contribution apparaît donc désormais dans University and Jepson Herbaria.

La botanique malgré tout

Sara et John prennent de l’âge. Tous deux de santé fragile, ils ne s’arrêtent pourtant pas de crapahuter à la première occasion et de travailler encore et encore. Sara est reconnue pour ses illustrations botaniques, John pour ses ouvrages co-écrits avec son épouse. Il a toujours un livre en route et Sara se lance dans de nouvelles expériences. Pendant 4 ans (1888-1892), elle est l’artiste officielle du California State Board of Forestry, donne des conférences.

Une ardente militante des droits des femmes

Sara a toujours œuvré pour les femmes, avant son mariage et après, épaulée par son mari. Elle est la créatrice de plusieurs associations promouvant le droit de vote pour les femmes, leur alphabétisation. 

pavot de californie - Hortus Focus
©jim Schlett

La lutte pour le pavot

C’est à Sara Plummer Lemmon que l’on doit la désignation du pavot de Californie (Eschscholzia californica) comme fleur emblème de l’état. Après deux projets de loi repoussés, le sénateur de la Californie a fini par apposer sa signature sur un troisième projet en 1903. Bien peu de gens savent à quel point Sara n’a rien lâché même dans ce combat-là !

La vie après John

John Lemmon s’éteint le 24 novembre 1903. Ils ont partagé une même passion et 28 ans de vie. Sara, pourtant d’un naturel très joyeux et optimiste, poursuit ses travaux, mais ne se remettra jamais tout à fait de la disparition de son mari. Quelques années plus tard, elle commence à souffrir de troubles de mémoire puis de démence sénile. Elle est hospitalisée pendant 6 ans avant de mourir le 15 janvier 1923. Elle est enterrée au côté de son mari dans le cimetière de Mountain View, à Oakland, en Californie.

sara Plummer - John Lemmon

Des végétaux nommés en l’honneur de Sara Plummer

Plummera a été redéfini comme une espèce du genre Hymenoxys en 1994. Sara a découvert Plummera floribunda en 1882.

Baccharis plummerae. Nommé en l’honneur de Sara qui l’a découvert dans le sud de la Californie

Allium plummerae. Espèce d’ail qui pousse dans les zones arides du sud des États-Unis.

Ipomoea plummerae. Plante herbacée vivace présente dans le sud des États-Unis.

Calochortus plummerae. Plante bulbeuse, tubéreuse connue également sous le nom de Lis Mariposa de Plummer.

Physematium plummerae. Fougère du sud-ouest des États-Unis qui pousse dans des milieux rocheux.

Stevia plummerae. Asteracée à la floraison blanche, rose ou rose. présente dans les forêts de pins du sud des États-Unis.

Ipomoea plummerae ©Patrick Alexander
Ipomoea plummerae ©Patrick Alexander
Lis Mariposa de Plummer ©Geographer
Lis Mariposa de Plummer ©Geographer

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