Alerte au cadmium (Cd) pour la santé publique !

Alerte au cadmium par Pierre Souvet
©carlo verso

Le cadmium (Cd) est un des trois métaux lourds avec le mercure (Hg) et le plomb (Pb). Comme ces autres métaux, mais aussi comme le cuivre (Cu), le cadmium s’accumule dans les sols et dans les tissus humains. En France, la contamination au cadmium est la plus importante en Europe, et la deuxième dans le monde. Le Dr Pierre Souvet, cardiologue et Président de l’Association Santé Environnement France, lance l’alerte : il s’agit d’une question de santé publique.

Dr Pierre Souvet - ASEF
Dr Pierre Souvet - ASEF

Le cadmium est toxique pour les êtres vivants, n’a aucun rôle bénéfique connu pour l’organisme et s’accumule dans les chaînes alimentaires sur des durées longues, jusqu’à 30 ans ! Il se fixe dans le foie. Mal éliminé, il est responsable de fractures osseuses et d’ostéoporose, d’altération des spermatozoïdes et donc d’infertilité, d’altération de l’ADN par stress oxydatif favorisant le développement de cellules cancéreuses, en particulier dans les poumons, les seins, la prostate, le pancréas, les reins.” alerte le Dr Souvet qui reste ébahi devant l’inaction des pouvoirs publics.

L’intoxication au cadmium peut se faire de manière aiguë ou chronique, avec des lésions essentiellement pulmonaires, osseuses et rénales. Les effets du cadmium sur l’organisme sont connus depuis les années 1950.

Qu’est-ce que le cadmium ?

C’est un métal qu’on ne trouve pas à l’état pur dans la nature, mais associé à d’autres éléments chimiques. C’est un résidu des activités industrielles liées à la métallurgie, au textile et à l’électronique. Cela impacte notre santé. Mais ce qui est le plus délétère pour notre corps, c’est l’utilisation qu’en fait l’agriculture. Les grandes cultures sont nourries aux engrais phosphatés, destinés à améliorer la floraison et la fructification. Et c’est aussi dans les champs qu’on épand les boues d’épuration, chargées en cadmium, cuivre, nickel, plomb, zinc, mercure ou chrome en plus en moins grande quantité.

Un enjeu de santé publique

Le cadmium est classé cancérogène par le CIRC (Centre international de la recherche sur le cancer), l’ANSES, la Haute Autorité de Santé, et l’OMS insiste sur la dangerosité des polluants qui passent par l’air, le sol et l’eau.

De tristes records

“Nous sommes champions du monde du cancer du sein. Nous avons la triste position de deuxième mondial en matière de cancer du pancréas. Et, nous serions presque fiers de notre seulement 8e rang pour le cancer du rein. Vous rendez-vous compte de ce que je vous dis-là ? Et ces chiffres ne cessent de grimper !” s’exclame Pierre Souvet.

Très toxique sous toutes ses formes (solide, gazeux, sels, composés organiques), il s’accumule provisoirement dans le foie avant de s’accumuler dans les reins, où au-delà de 200 mg par kg chez l’adulte, il provoque des lésions irréversibles.

Champs de colza en Normandie - Grandes cultures
Champs de colza en Normandie - Grandes cultures ©Isabelle Vauconsant

L’étude Esteban sur le cadmium est inquiétante

“Cette étude montre que les Français sont plus contaminés au cadmium que tous les autres Européens, et plus que les Américains ! ” nous confirme le Dr Pierre Souvet.

L’ANSES note que le maximum acceptable est de 0,5 microgramme de cadmium par gramme de créatinine. Or, en moyenne, on trouve chez les Français un taux de 0,57µg.

Mais ce qui est réellement inquiétant, c’est que 47% d’entre eux ont un taux supérieur à 0,50µg et que les 5% les plus élevés (95e centile) atteignent 2,1µg.

Quant aux enfants,  ils sont 18%  à être fortement contaminés. Les 6-17 ans ont une moyenne de 0,28µg et le 95e centile passe au-delà de 0,85µg.

La créatinine est un indicateur de la santé rénale.

Le microgramme est une unité de mesure de masse qui est un million de fois plus petit que le gramme. Le symbole du microgramme est µg.

Comparons :

Allemands

Belges

Américains

Français

Adultes : 0,18µg

Adultes :  0,23µg

Adultes : 0,19µg

Adultes : 0,57µg

Enfants : 0,07µg

Enfants : 0,04µg

Enfants : 0,06µg

Enfants : 0,28µg

Depuis le 22 juillet 2022, l’Union européenne a interdit tous les engrais inorganiques dont la teneur en cadmium est supérieure à 60 mg/kg.

Que faire ?

La France, pour réduire la contamination de la population devrait non pas faire une exception à 90mg/kg comme c’est le cas aujourd’hui. Pas plus qu’elle ne devrait se conformer à la règle européenne à 60mg/kg. La France devrait rejoindre les trois pays européens qui ont choisi de demander de s’extraire de la règle commune pour passer à 20mg/kg. De cette façon, la population française serait en meilleure santé.” explique Pierre Souvet.

Un choix géopolitique

Le phosphate, qu’importe la France à plus de 80%, est fortement dosé en cadmium. Il entre dans la fabrication des engrais phosphatés vendus aux agriculteurs. Ce phosphate est acheté au deuxième plus grand producteur mondial : le Maroc. Les deux sites Khouribga et Boucraâ ont des teneurs en cadmium, autour de 200mg/kg pour l’une et jusqu’à 73 mg/kg pour l’autre.

Le problème, c’est que c’est un enjeu géopolitique autant que financier. Donc, tout le monde regarde ailleurs pendant que le nombre de malades et de morts est en train d’exploser.” déplore Pierre Souvet.

épandage de pesticides sur une parcelle agricole
épandage de pesticides sur une parcelle agricole ©fotokostic

Il y a des choix à faire

La FNSEA porte une lourde responsabilité par son refus de la taxation des engrais minéraux et celui des normes en général. Et ce, d’autant que les agriculteurs sont les premières victimes de ces maladies. Et “la Commission européenne reconnait le caractère fondamental des engrais dans la chaîne alimentaire” peut-on lire dans Le fil agricole n°93.

Et la Commission européenne est également  bien informée des effets dangereux pour la santé des populations. “Étant donné que le cadmium est une substance cancérogène génotoxique indirecte et que sa présence constitue donc un risque plus élevé pour la santé publique, les produits contenant du cadmium qui ne respectent pas les nouvelles teneurs maximales et qui ont été mis sur le marché avant l’entrée en vigueur du présent règlement ne devraient être autorisés à rester sur le marché que pendant une période limitée” peut-on lire dans le règlement (UE) 2021/1323 de la commission du 10 août 2021 en ce qui concerne les teneurs maximales en cadmium.

Mais, les décisions restent globales et le gouvernement français ne se pense pas tenu de faire redescendre les taux de contamination à la hauteur du reste de l’Europe.

Une autre agriculture est possible

Aujourd’hui, une autre partie des agriculteurs demande à être aidée pour s’extraire de cette agriculture dangereuse pour la santé comme pour la planète. En effet, un passage de l’agriculture chimique à l’agroécologie est clairement recommandé par la FAO pour nourrir sainement la planète. Mais pour y parvenir, il faut plusieurs années pendant lesquelles les paysans doivent être soutenus.

Parmi les pistes qui émergent, on peut s’étonner que les services publics de l’éducation et de la santé ne se fournissent pas auprès des paysans qui cultivent sans chimie et que le développement d’une sécurité sociale de l’alimentation ne mobilise pas les institutions de l’État. Ces outils sont pourtant à la fois sains économiquement, non contraignants, et génèrent un cercle vertueux de façon mécanique.

Pas de cadmium en agro écologie - Ferme de la Durette - Avignon
Ferme de La Durette en agro écologie • Avignon ©Dimitri Kalioris

Quelle alimentation pour se protéger du cadmium ?

Manger bio autant que possible est la meilleure décision que l’on puisse prendre.

Crustacés

  • Limiter sa consommation de crustacés (crabes, homards, langoustes, langoustines, crevettes, huîtres, couteaux), car ces animaux concentrent du cadmium.

Céréales

  • Les aliments issus des céréales, dont tous les produits de panification, présentent des concentrations importantes, donc si vous le pouvez : pain, pâtes, céréales du petit-déjeuner doivent être bio. L’adolescente la plus fortement contaminée dans l’étude Esteban ne fumait pas, ne consommait pas de fruits de mer. Mais elle mangeait des céréales sous toutes les formes et particulièrement au petit-déjeuner.

Légumes

  • Les pommes de terre, les salsifis, les carottes et les épinards sont les cultures les plus menacées en ce qui concerne l’accumulation de cadmium dans la plante. Donc, choisir du bio paraît sage.

Fibres

  • Une alimentation variée et riche en fibres est une bonne protection, car les fruits et légumes aident à contrer ses effets. Le zinc est un inhibiteur du cadmium et il est donc prudent de faire contrôler ses équilibres minéraux et en oligo-éléments.

Le tabac

L’inhalation de fumée de cigarette représente une source d’exposition importante au cadmium chez les fumeurs. Une cigarette contient environ 2µg de cadmium. L’exposition se fait sous forme de fines particules d’oxyde de cadmium qui peuvent se déposer dans les alvéoles pulmonaires. [Santé publique France]

En fonction du niveau d’exposition au cadmium, le risque de développer un cancer s’accroît de 2 à 5 fois. Le bisphénol A qui a un moment défrayé la chronique génère 2% de risque de surmortalité par cancer. Le cadmium est évalué à un risque de surmortalité de 82% ! On est donc bien en face d’un grave problème de santé publique.

Qu’en est-il des animaux ? Sont-ils contaminés ?

Gilbert Gault, toxicologue et vétérinaire, a répondu à la question

Les études sont rares et le plus souvent, les animaux domestiques comme sauvages n’ont pas une vie assez longue pour accumuler le cadmium au point d’être rendus malades. Les carnivores ne courent aucun risque. Les herbivores développent des pathologies qui réduisent leur durée de vie avant que le cadmium puisse avoir un effet délétère.

Sous le plancher des vaches, la vie

À l’occasion de cette table ronde, le Dr Pierre Souvet a lancé cette alerte au cadmium

Savez-vous que 59% de la vie sur terre se déroule sous vos pieds ? Ça grouille là-dessous !

Comme le dit Gaëlle Vincent, écophysiologue à l’Université Paris-Saclay, “dans une cuillerée à soupe de terre, il y a plus d’êtres vivants que d’humains sur toute la planète“.

Les sols sont les lieux sur lesquels s’est déroulé notre passé, que nous foulons quotidiennement et sur lesquels reposent notre avenir et notre santé. Nous n’en avons pas d’autres.

Une table ronde organisée par les JNE (association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Écologie) et l’AJJH (Association des Journalistes du Jardin et de l’Horticulture), animée par Isabelle Vauconsant, journaliste et Antoine Bonfils, photographe.

Le sol, c’est la santé !

Et nous en parlons avec :

  • Gaëlle Vincent, Ingénieure d’Études en Écophysiologie Végétale à l’Université Paris-Saclay.
  • Antoine Pierrart, Coordinateur Qualité des sols et Prospective à l’Ademe, Coordinateur Fresque du Sol
  • Béatrice Julien-Labruyère, Paysagiste et Présidente de la Fédération française du Paysage
  • Dr Pierre Souvet, Président de l’Association Santé France Environnement

À l’Académie du Climat – Paris – France

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