Du négoce de matériaux de construction aux expéditions dans les forêts asiatiques, il y a un grand pas que Benjamin de Ladoucette n’a pas hésité à franchir. Avec une étape : le rachat d’une pépinière en Seine-Maritime. Depuis, il vit de sa passion et pour elle. Portrait.
Hortus Focus : quand vous êtes-vous lancé dans cette belle aventure ?
Benjamin de Ladoucette : avec mon épouse Najwa, nous avons racheté la pépinière en 2012. Effectivement, mon activité précédente n’avait strictement rien à voir avec les plantes, mais j’étais jardinier sur mon temps perdu. J’ai toujours été amoureux de la nature, particulièrement des forêts. Mais faire vivre une pépinière, ça ne se fait pas en claquant des doigts et je me suis vite mis à étudier, à apprendre pour ne pas passer pour un idiot !

Et comment est née votre passion pour les plantes exotiques ?
Cela va peut-être surprendre plus d’un fou de jardin, mais cette passion est née à… Disneyland, lors d’un séjour avec nos enfants. J’y ai vu pour la première fois un Tetrapanax, ça a été le déclic. Je me souviens m’être dit : c’est fou, il existe donc des plantes qui peuvent nous transporter tout de suite, dans un ailleurs, un autre univers.

Cette découverte vous a-t-elle amenée à proposer de nouvelles plantes dans votre pépinière ?
Évidemment, mais c’est une petite partie de la production. Nous avons une quinzaine de salariés, une activité de paysagiste aussi, et ce ne sont pas les plantes exotiques qui permettent de faire vivre l’entreprise. Donc, nous produisons des plantes classiques de bonne qualité (lilas, seringat, photinia, Eleagnus etc), mais aussi des plantes exotiques rustiques, souvent des plantes de sous-bois asiatiques, et nous avons maintenant une petite notoriété auprès des passionnés.
Votre passion a-t-elle envahi votre jardin privé ?
Absolument ! J’ai la chance d’avoir un grand terrain. Les plantations ont démarré depuis une dizaine d’années et, pour le moment, j’ai planté sur 2500 m2. Dans le reste du terrain, j’ai planté des arbres, j’attends qu’ils poussent pour obtenir une canopée et installer mes raretés dessous, ce que j’ai déjà fait dans la première partie du jardin.

Vous parlez de jardin jungle. Pourquoi ?
C’est Charles Boulanger, créateur du jardin Karlostachys à Eu (Seine-Maritime) qui a le premier utilisé ce terme. Pour lui, comme pour moi, un jardin jungle, c’est un jardin où on fait tout pour recréer un milieu, des milieux comme il en existe dans la nature. C’est donc aussi une philosophie écologique. On ne désherbe pas à tout va, on laisse se développer des plantes endémiques de Normandie, les orties vivent leur vie, etc. Quand on fait un tel jardin, on se rend compte que plus on plante et plus ça pousse ! Les plantes se soutiennent, s’entraident et se protègent mutuellement. C’est fascinant à observer. Puis, si tout est trop serré, touffu, il suffit d’intervenir légèrement ici ou là, de tailler en transparence pour ménager des perspectives et permettre aux plantes de bien vivre ensemble.

Concrètement, quelques exemples ?
J’adore mélanger les plantes communes et les végétaux rares. Chez les raretés, tout n’est pas beau et chez les plantes communes, tout n’est pas moche, très loin de là. L’intérêt, c’est le mélange. Dans le jardin, j’ai un Sinopanax formosanus, une plante hyper rare, même in situ à Taïwan, avec un Fatsia japonica qu’on trouve dans toutes les jardineries. On peut mélanger des Mahonia de collection avec des bambous Fargesia robusta super communs. L’important dans un jardin jungle, c’est de jouer avec le graphisme des feuilles.
Vous êtes fasciné par les feuillages. Pas de fleurs dans votre jardin ?
Ce n’est effectivement pas un jardin très fleuri, au grand désespoir de ma femme. J’ai même arraché les quelques rosiers plantés… Pour moi, les fleurs c’est juste la cerise sur le gâteau, même si j’aime beaucoup les fleurs de Kniphofia ou celles du Magnolia macrophylla. Mais Najwa tient à avoir des fleurs. C’est elle qui plante des bulbes de lis, des Alliums et, plus généralement, toutes les plantes à fleurs. Elle s’occupe aussi du verger derrière la maison. Najwa est marocaine, elle ne peut se passer de fruits. C’est elle aussi qui gère la pépinière, les chantiers, les plannings, les livraisons. Elle me gère aussi… car parfois je suis emballée par ma passion pour les plantes exotiques et il faut me remettre dans le « droit chemin » de l’entreprise !


Infos pratiques
Pépinières Bellet de Ladoucette, 2 rue François Bonaventure, 76550 Colmesnil-Manneville, Tél : 02 35 85 40 06

