Un pays : l’Algérie. Un homme : le frère Clément, né Vital Rodier. Un jardin, celui de l’orphelinat de Misserghin, au sud-ouest d’Oran. Un fruit surprise : la clémentine.
Colonisation, orphelinat et jardin
Avant la colonisation française, Misserghin était déjà un grand domaine agricole. Le 12 mars 1840, la cité est le lieu d’un combat qui oppose les combattants de l’émir Abdelkader aux troupes françaises. Le combat se solde par une défaite de l’émir et la mise en place quatre ans plus tard d’un centre de colonisation.

En 1849, Louis-Théodore Abram, directeur d’un orphelinat en France, obtient une concession à Misserghin et y transfère l’orphelinat ! À partir de cette date, le domaine agricole prospère. On y cultive des orangers, de la vigne, mais aussi des rosiers, une collection d’arbres et d’arbustes.
Et Vidal Rodier devient frère Clément
Le futur frère Clément voit le jour le 25 mai 1839, à Malveille, un hameau du Puy-de-Dôme. Il est d’abord tenté de devenir moine ermite à la Chartreuse de Valbonne, dans le Gard, mais choisit finalement de rejoindre une communauté à laquelle appartient déjà son oncle, les frères de Notre-Dame de l’Annonciation, à Misserghin. Il y devient chef de culture et développe de nombreuses cultures. C’est un passionné de nature, de botanique qu’il essaye de transmettre aux enfants de l’orphelinat.
La « naissance » mystérieuse de la clémentine
Le petit agrume bien sucré qu’on adore tous est né d’une hybridation naturelle dans le verger du frère Clément où l’on cultive des mandariniers. Pas de faire-part officiel de naissance, le frère Clément n’en a jamais fait état. La date de 1894 figure sur sa tombe, mais la découverte avait peut-être déjà une dizaine d’années.

Une clémentine, deux histoires…
Dans son livre « Les frères Courages, Mémoire Spiritaine, Études et Documents » (1994), René Charrier rapporte deux versions.
-« Il y avait sur le terrain, au bord de l’oued Misserghin, un arbre non cultivé qui avait poussé parmi les épines ; ce n’était pas un mandarinier ni un oranger ; ses fruits plus rouges que les mandarines étaient d’une saveur délicieuse et, de plus n’avaient pas de pépins ; c’est ce que devait apprendre au frère Clément un jeune Arabe qui en avait dégusté ; intéressé par ces fruits, notre arboriculteur prit sur lui la décision de faire des greffes avec des greffons de l’arbre miraculeux. L’opération réussit : on multiplia les greffes et au nouvel arbre, on donna le nom de clémentinier. »
J’ai une préférence pour la seconde version…
« Une autre version nous est donnée par le fils d’un employé qui vivant à la pépinière au temps du frère Clément. Celui-ci aurait suivi le travail d’une abeille en train de butiner ; l’abeille passe d’un bigaradier sur un mandarinier ; que peut-il sortir d’un tel pollen ? Le frère attache un ruban rouge à la fleur d’un mandarinier et observe la production : il prélève le fruit à maturité, fait un semis et obtient la clémentine… »
La première description du clémentinier
On la doit à Louis-Charles Trabut, un botaniste français, la première description de Citrus clementina. Après moult observations, il est persuadé que la clémentine est née d’un croisement naturel entre un mandarinier et un bigaradier à feuilles de saules (Citrus aurantium). Tout le monde n’est pas de cet avis et à raison. Des marqueurs moléculaires ont permis, voilà une trentaine d’années, de prouver que le papa du clémentinier est un oranger doux (Citrus sinensis).
D’un côté à l’autre de la Méditerranée
Dès les années 1920, les clémentines algériennes font le régal des Parisiens les plus fortunés. En 1925, elle est introduite en Corse par Don Philippe Semidei, dans l’est de l’île. Elle trouve un terroir fabuleux pour elle : chaleur, plantations en pente et en altitude, pluies régulières. La Clémentine de Corse a obtenu son IGP (Indication géographique protégée) en février 2007.

Comment différencier une clémentine et une mandarine ?
La mandarine contient beaucoup de pépins et elle n’est pas toujours facile à éplucher. La clémentine, c’est tout l’inverse : facile à éplucher et sans pépins. Autre atout : elle est un peu plus sucrée.













