Gérard Weiner, chercheur de plantes de terrain sec

Arctostaphylos 'Austin Griffiths' ©Didier Hirsch

Dans sa pépinière du Vaucluse, la pépinière de Vaugines, Gérard Weiner élève ses plantes dans des conditions reproduisant au maximum leur milieu naturel : chaleur, sécheresse, pluies rares, et résistantes au froid. Il collecte des graines en France, mais surtout à l’étranger, dans des zones arides ou semi-arides. Si vous les plantez chez vous, et suivez les conseils de ce pépiniériste d’excellence, vous êtes partis pour aménager un jardin qui durera longtemps, très longtemps…

Hortus Focus : D’où te vient ta passion pour les plantes ?

Gérard Weiner : mon histoire familiale y est pour beaucoup. Mon arrière-grand-père, Alexandre Kerogant, était médecin dans la marine. Il était chargé de rapporter toutes les plantes cultivées par les chamans de toute la planète. À chaque escale, il allait à la rencontre des gens qui avaient pour métier ou pour intérêt de soigner. Il échangeait des actes médicaux et de chirurgie contre des plantes. Il a fini par entrer à l’Académie. J’ai toujours eu sa photo dans ma poche pour m’encourager dans mes propres voyages. Mon arrière-grand-père par alliance était le pharmacien de Napoléon. Il le suivait donc dans ses conquêtes et sur les champs de bataille. Ils empêchaient par exemple les soldats de manger du laurier-rose et de tomber malades. J’ai eu aussi deux grands-parents médecins qui fabriquaient leurs remèdes à base de plantes. Petit, je me suis intéressé aux plantes et, à 9 ans, ma mère m’a confié les clés du jardin familial.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Et pourtant, tu ne t’es pas tout de suite tourné vers la culture de plantes ?

Effectivement… À 18 ans, j’ai obtenu une bourse pour aller étudier le journalisme à l’Université de Berkeley, en Californie. Je n’ai pas été très assidu, j’ai fait du journalisme sans en faire. De retour en France, il a bien fallu que je fasse vivre ma famille. J’ai donc monté une pépinière à Aix-en-Provence, je vendais des plantes (penstémons, fuchsias, œnothères, aromatiques...) sur les marchés. L’envie, le besoin sont vite venus d’aller voir les plantes in situ, dans leur milieu naturel aride ou semi-aride, de collecter des graines parmi lesquelles des espèces méconnues ou n’étant pas cultivées en France. J’ai commencé par aller crapahuter en Espagne, puis les voyages se sont enchaînés, surtout aux États-Unis, à la recherche de plantes florifères, qui supportent des mois de sécheresse et de canicule, et qui affichent de plus une bonne rusticité. Généralement, je pars chaque année en Californie, en Arizona ou ailleurs pour collecter des graines.

Tu reproduis essentiellement tes plantes par semis. Pourquoi ?

Je bouture les rares hybrides que je cultive. Pour moi, les incisions pratiquées sur les boutures ouvrent la porte à des éléments tueurs. Avec les graines, pas de surprise, moins de maladies aussi. La graine, c’est l’entière mémoire de la plante.

Comment choisis-tu tes graines ? Il doit y en avoir partout autour de toi…

J’observe, je récolte ce que je connais. Pour ce que je ne connais pas, il faut semer, attendre de voir si ça pousse et après identifier la plante, ce qui n’est pas toujours facile. Heureusement, les spécialistes partagent leur savoir sur internet. Quand on sait que la détermination dépend parfois du nombre de poils au revers d’une feuille, ce n’est pas gagné.

Arctostaphylos ©Didier Hirsch
Arctostaphylos ©Didier Hirsch

Pour quelles plantes as-tu le plus d’intérêt ?

Beaucoup de choses m’intéressent, mais c’est vrai que j’ai une préférence pour les Éricacées américaines. Et notamment les Arctostaphylos dont on cultive ici une seule espèce (sans doute la moins intéressante), A. uva-ursi (raisin d’ours). À la pépinière, en terrain sableux, je cultive une dizaine d’espèces d’Arctostaphylos que je suis le seul à proposer à la vente. Ils fleurissent beaucoup, se passent d’eau, desquament quand ils vieillissent. Comme les Arbutus qui font aussi partie des Éricacées. Il faut voir plus loin que les bruyères communes sur nos bords de mer. Les Éricacées sont des plantes beaucoup plus diverses et passionnantes qu’il n’y paraît.

Arbutus x thuretiana ©Didier Hirsch
Arbutus x thuretiana ©Didier Hirsch

Gérard Weiner, Pépinière de Vaugines, visite uniquement sur RDV. Vente en ligne.

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