Quand il donne des conférences, répond à des clients, Laurent Bourgeois (Arom’antique) remet souvent les points sur les i. Non, les plantes aromatiques ne vivent pas bien ensemble. Entre le romarin et le persil, par exemple, ce n’est pas le grand amour ! Mais il y a des raisons à cette mauvaise entente : des origines géographiques différentes, donc des besoins différents ! On fait le point.
Hortus Focus : que t’ont appris tes conférences ou ta présence sur des fêtes des plantes ?
Laurent Bourgeois : Je suis toujours surpris par la méconnaissance des gens concernant les aromatiques. Je ne compte plus le nombre de jardiniers, souvent débutants, c’est vrai, qui veulent créer un espace dédié à ces plantes en les regroupant et en les mélangeant. Erreur ! Ces plantes viennent de régions très différentes. Nombreuses sont celles qui poussent en Méditerranéen (romarin, thym…), mais beaucoup sont originaires d’Europe du Nord (menthes, mélisse...) ou d’autres zones de la planète, comme les verveines qui viennent d’Amérique du Sud. Ces plantes ne peuvent donc pas être cultivées ensemble, leurs besoins sont trop différents.

Mais peut-on reconnaître simplement à l’œil les plantes aromatiques qui ont des origines différentes ?
Il y a un premier indice : les aromatiques méditerranéennes ont souvent des petites feuilles. Leur surface foliaire est réduite pour leur permettre de résister à la chaleur et au manque d’eau. Regardez le thym, c’est assez évidemment. Maintenant, regardez une feuille de menthe ou de mélisse, les feuilles sont nettement plus grandes…


Donc, impossible de les faire cohabiter ?
Si on regroupe des plantes qui n’ont pas les mêmes exigences, ça ne va pas vraiment marcher. Les plantes ont tout de même des capacités d’adaptation à des situations particulières. Même une menthe peut arriver à pousser dans un sol sec et drainé. Mais si vous voulez une jolie menthe, une belle menthe qui vous donnera du feuillage parfumé, il faut la cultiver dans un sol riche et frais, bien arrosé. Et si on veut un thym en pleine forme, il faut vraiment le cultiver au soleil, dans un sol drainé. Il faut vraiment cultiver ces plantes séparément.
Et les plantes aromatiques qui viennent de loin, on en fait quoi ?
Elles, il va falloir surtout les protéger du froid. Mieux vaut donc les cultiver en pot, même la verveine qui peut tout de même tenir jusqu’à -7°C. Ce qui n’est pas le cas d’un pélargonium odorant qui lui meurt à 0°C.
Comment se cultive le basilic, seul ou accompagné ?
Si le basilic fait immédiatement penser à l’Italie, il n’en est pourtant pas originaire. C’est l’Inde qui a cet honneur. Donc, il est frileux, a besoin de soleil et de bons arrosages. C’est un peu un cas particulier, le basilic. Vous pouvez le cultiver seul dans son pot, mais, comme c’est une plante annuelle sous nos latitudes, rien n’empêche de le planter entre des pieds de tomates au potager.

Donc, Laurent, faut pas tout mélanger… On cultive qui avec qui alors ?
Il faut cultiver ensemble les plantes méditerranéennes : thyms, romarins, sarriettes, lavandes, santolines... Et regrouper les plantes originaires d’Europe ensemble : ciboulettes, mélisses… Les menthes aussi, mais attention elles ont tendance à se montrer envahissantes, cavaleuses. Donc, ce que je conseille, c’est d‘isoler la menthe en l’installant dans un pot, si on n’a pas trop de place. Et il faut regrouper dans un autre coin les aromatiques qui craignent le froid. Et, enfin, dans un autre espace, on peut rassembler les plantes qui craignent le froid, en les cultivant en pot pour pouvoir les protéger l’hiver. Il faut les cultiver comme des annuelles, qui ont un cycle de vie court, comme le basilic, le cerfeuil, la coriandre, le cumin, l’anis étoilé...
Connaît-on toutes les plantes aromatiques du monde ?
Non, il existe encore de nombreuses plantes à découvrir. Moi-même, j’en découvre chaque année en provenance de régions riches dans ce type de plante, notamment la Turquie, qui abrite des espèces de thym et de sarriette très originales.

