Par Jean-Pierre Allely

 

La nature m’a doté d’un flair de chien de chasse… C’est un magnifique outil qui permet, quand on se promène dans les bois, de pouvoir repérer le passage récent d’un animal sauvage ou la présence quasi certaine de champignons. En revanche dans le métro parisien ou dans certaines villes, cet atout vire au cauchemar. Il en est de même au jardin ! 

EUPHORBES ET SAUGE SCLARÉE, NON MERCI…

© I. Morand

© I. Morand

Ainsi je suis capable de déceler la présence d’euphorbes (characias, martinii) avant même d’entrer dans un jardin inconnu … Elles ont pour moi la délicate odeur qui émane d’un vieux renard incontinent. Les seules qui trouvent grâce à mes naseaux sont Euphorbia ‘Silver Swann’ et E. ‘Black Bird’ beaucoup plus discrètes, ce sont d’ailleurs les deux seules installées au jardin alors que j’aime tant le graphisme des grandes euphorbes… Le joli couvre-sol nommé Phuopsis est dans les mêmes fragrances de renard mort mais agrémenté d’un joli fumet d’ail pourrissant.

 

Un autre de mes cauchemars olfactifs : la sauge sclarée qui empeste le métro aux heures de pointe, autrement dit la transpiration humaine. Son odeur persiste sur la peau quand on la frôle, elle me donne des nausées et je la fuis comme la peste. 

Il en est de même de la floraison indécente des troënes et des frênes d’ornement (Fraxinus mariesii …) bannis à tout jamais de mes jardins successifs pour délit de dessous de bras mal lavés.

DÉLICES ET BÉMOLS

©Jardins en Marche

©Jardins en Marche

En revanche, quel délice au jardin avec les effluves des Sarcococcas, des primevères et des giroflées ! Ensuite, ce seront les cerisiers, certains pommiers et les aubépines aux fleurs enivrantes que je suis capable de humer à l’envi de longues minutes.

Les iris viendront ensuite avec leurs effluves sucrées, âcres mais tellement animales et sensuelles. La plante dont je ne peux me passer au jardin ? Le Lys bien sûr, enfin pas les hybrides orientaux qui ont le mauvais goût de ne rien sentir.

Lys martagon

 

Petit bémol pour le Lys martagon qui peut aller jusqu’à diffuser une légère odeur de charogne pour inciter les insectes à le polliniser, tout comme le Dracunculus. Dans mon jardin actuel, il y a un vieux bulbe de Dracunculus dont l’incroyable fleur de plus d’un mètre de longueur, mêlant le rouge et le noir en un clin d’oeil stendhalien, diffuse pendant deux ou trois jours tous les ans en juin, une monstrueuse odeur de vache morte, de cadavre, d’équarrissage… Quand les mouches attirées par ce « nectar » ont pénétré le cœur de la fleur et fait leur travail de fécondation, la plante s’arrête immédiatement de puer !

 

 

MON PRÉFÉRÉ

Une fragrance inoubliable à mon odorat sélectif est le parfum du Magnolia ‘Susan’ dont l’épice le dispute au sucre pour mon plus grand bonheur. J’ai la chance de partager la vie d’un Magnolia grandiflora ‘Gallisonensis’ de 150 ans , roi de mon jardin, qui parfume les soirées d’été d’un parfum inoubliable et suave. Il attend la tombée de la nuit pour embaumer.

©JP. Allely

©JP. Allely

LES ROSES ? OUI, MAIS…

Certaines roses émettent des fragrances magiques à mes narines, les hybrides de Rosa moschata par exemple, les rosiers de Banks ou des roses plus atypiques comme la ‘Duchesse d’Auerstradt’ dont le nom, imprononçable pour le latin que je suis, est largement compensé par un fumet camphré, légèrement imprégné de térébenthine que beaucoup de mes amis ne perçoivent pas. Cette rose me rappelle aussi le souvenir d’Hélène, une amie disparue, mais là je m’éloigne… Quant aux roses putassières qui puent la savonnette, elle ne participent pas à mon univers olfactif, certains hybrides de thé des années 60 dépassent allègrement les limites de mon bon goût personnel.

ET POUR FINIR…

Un autre des bonheurs de l’été, la floraison aux odeurs de farine des Buddleja ravit le fils de meunier que je suis.

cercidiphyllum-japonicumL’automne me délecte avec les senteurs des feuilles se mourant doucement. La merveille de cette belle saison est l’Arbre à caramel, l’incroyable Cercidiphyllum japonicum qui, à la moindre gelée, distille à la ronde des senteurs d’usine de bonbons ! Bizarrement, cette magnifique odeur gourmande digne de « Charlie et la chocolaterie », échappe totalement à certaines personnes dont le nez doit être équipé de filtres sélectifs étranges.

 

 

 

 

Mon Numéro 5  au jardin ? Incontestablement le mimosa, qui m’enivre à ne plus pouvoir sortir mon nez jauni de ses doux plumets… Les orangers et citronniers obtiennent la palme de la suavité et de la délicatesse.

Le jardin, aventure olfactive sans cesse renouvelée pour qui sait sentir…

Vous pouvez suivre Jean-Pierre sur sa page FB Au Jardin du Majordome.

 

3 Réponses

  1. Monik Guilbert

    Je crois entendre en boucle un ami creusois
    Bravo… je le comprends j’ai aussi parfois pour mon malheur un nez… et un jardin infesté de renard… mais aussi… Léonard et Susan au bain moussant’… et l’extase des daphnés l’hiver.

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  2. lena sous le figuier

    J’adore ton nez Pierre! Il serait d’ailleurs ravi d’ humer dans mon jardin ces temps ci, magnolias “Dr Merrill” “leonard Messel” “Heaven Scent” suaves à en perdre la raison, Osmanthus burkwoodii, loniceras asiatiques, les cerisiers… un Éden !
    Petite réserve pour les Sarcococcas, que j’utilise en quantité, parfois parfum divin de fleurs blanches et d’autres fois, pipi de chat….

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