Fleurs coupées, l’enquête d’Hugo Clément

Fleurs coupées, l'enquête d'Hugo Clément
©WinterProd

Voici une émission à ne surtout pas rater ! Lundi 7 février, en prime time, sur France 5, le magazine « Sur le front », le journaliste Hugo Clément a mené une enquête pointue sur le business des fleurs coupées de la France à l’Éthiopie en passant par le gigantesque marché d’Aalsmeer aux Pays-Bas.

Hortus Focus : comment avez-vous abordé cette enquête ?

Hugo Clément : Autant je suis toujours attentif à mes achats de fruits et légumes (ndlr : Hugo est végétarien), je m’efforce d’acheter bio, local, dans la mesure du possible, autant j’ai longtemps acheté des bouquets chez le fleuriste sans me poser la moindre question sur l’origine des fleurs ou leurs conditions de culture. Je dois avouer que je suis tombé de ma chaise au fur et à mesure de la découverte de l’envers du décor…

Vous avez rencontré un producteur d’hortensias en Bretagne. Pourquoi avoir équipé le bouquet d’un traceur GPS ?

C’est une méthode que nous avions déjà utilisée pour une précédente enquête de « Sur le Front ». Je voulais connaître le voyage de ce bouquet d’hortensia de son lieu de production jusqu’à son lieu de vente. Et là, surprise… Le bouquet a été placé dans un pot, sur un roll avec d’autres, et embarqué dans un double semi-remorque direction les Pays-Bas. 24 heures plus tard, il est arrivé au gigantesque marché aux fleurs d’Aalsmeer aux Pays-Bas.

Fleurs coupées - l'enquête d'Hugo Clément
Traceur GPS sur tige d'hortensia ©Winterprod

Il a été vendu, rembarqué dans un autre camion, direction… la France, et plus précisément chez un fleuriste de la banlieue parisienne. Au total, plus de 1500 kilomètres, une aberration sur le problème du bilan carbone.

Pouvez-vous nous décrire le fameux marché aux fleurs d’Aalsmeer ?

C’est un lieu totalement hallucinant… Des millions de fleurs y arrivent chaque jour du monde entier, par camion, par avion du bout du monde. Elles passent les frontières, traversent les océans pour atterrir dans cet entrepôt qui fut longtemps le plus grand du monde ! Imaginez qu’on pourrait y faire entrer deux fois le Vatican ! Tout est mécanisé. Des robots prennent les plantes, les placent sur les rolls. Des centaines d’employés se suivent, se croisent au volant de chariots élévateurs pendant qu’ailleurs des opérateurs vendent les stocks de fleurs coupées. Une fourmilière et une organisation qui m’ont beaucoup impressionné. 

Les portes d’Aalsmeer vous ont été ouvertes facilement ?

Oui, les Hollandais sont très fiers de cette industrie. Ils aiment montrer qu’ils règnent en maîtres sur le marché européen, voire mondial, de la fleur. Nous avons aussi été accueillis dans d’immenses serres de culture de roses, chauffées 24 h/24h, et éclairées une bonne partie de la nuit pour hâter le processus de floraison.

Côté bilan énergétique, c’est une catastrophe ?

Oui, et cet aspect n’est pas très connu. Avant d’arriver chez vous et de vivre quelques jours en vase, ces fleurs coupées ont nécessité énormément d’énergie qu’il s’agisse d’électricité, de gaz, de pétrole. 

Fleurs coupées - l'enquête d'Hugo Clément
Serres en Hollande ©WinterProd

Et du côté des pesticides ?

Ils sont interdits dans l’Union européenne, mais pas en Afrique. Nous avons tourné une partie du reportage dans une exploitation de roses en Éthiopie. Les fermes horticoles africaines qui produisent uniquement des roses n’ont évidemment pas besoin de chauffage. En revanche, elles usent et abusent de pesticides parmi lesquels des produits formellement interdits dans l’Union européenne.

Donc, si on résume, les roses cultivées en Afrique et dont vous humez le parfum dans votre salon sont bourrées de pesticides… Nous avons fait analyser les fleurs dans un labo spécialisé aux Pays-Bas. Verdict : chaque fleur contient 40 résidus de substances chimiques plus ou moins dangereuses. 

Quelles sont les conséquences pour les populations et l’environnement en Éthiopie ?

Souvent, les ouvriers pulvérisent ces produits sans équipements de protection appropriés. La ferme, qui produit 1 million de fleurs par jours, rejette ses résidus chimiques dans un lac qui est désormais très pollué.  Les hommes n’ont quasiment plus rien à pêcher, des maladies se développent. Tout l’écosystème est dégradé.

Fleurs coupées - l'enquête d'Hugo Clément
Pulvérisation de pesticides en Éthiopie ©Winterprod

Vous avez aussi mené l’enquête sur la filière française de fleurs coupées qui semble renaître… 

Cette filière a pratiquement été détruite alors que, dans le passé, on produisait localement de nombreuses fleurs. J’ai rencontré des producteurs, des horticulteurs, des fleuristes responsables, soucieux de l’environnement. Quand on voit l’envie de bio, le retour à la nature, le développement des ventes directes à la ferme, j’espère que les consommateurs se tourneront de plus en plus vers les fleurs coupées françaises. Moi, en tout cas, maintenant je n’achète plus que des fleurs produites en France, je me renseigne sur l’origine des bouquets. Plus question d’acheter n’importe quoi, à l’aveugle. Il faut que les clients soient de mieux en mieux informés pour changer leurs habitudes d’achat. Il faut aussi qu’ils acceptent de payer un peu plus cher pour des fleurs produites localement. 

Je tiens à dire qu’il ne faut pas en vouloir aux fleuristes, surtout pas. S’ils se fournissaient uniquement en fleurs françaises, s’ils faisaient l’impasse sur les Pays-Bas, leurs magasins ne seraient pas bien achalandés. Et ces fleuristes répondent aussi aux demandes des clients qui veulent des roses rouges parfaites,  par exemple. 

Si on déplaçait la Saint-Valentin à l’été, on aurait moins envie de roses rouges et plus de bouquets champêtres…

Fermes florales et écofleuristes

Hélène Taquet, productrice de fleurs coupées dans le Nord (Popfleurs), et Sixtine Dubly, journaliste, ont créé en 2017 le Collectif de la Fleur française pour promouvoir la filière française de production et de vente (fleuristes). 

Aujourd’hui, de nouvelles fermes florales poussent un peu partout en France. Elles produisent et accueillent des personnes qui souhaitent se former : « Pour se lancer, il faut être formé. On ne s’improvise pas horticulteur en deux minutes. Il existe encore quelques formations horticoles en fleurs coupées, mais elles ne sont pas assez nombreuses. L’autre problème, c’est l’accès à la terre. Trouver un terrain agricole, c’est vraiment difficile aujourd’hui. »

 

Ferme florale urbaine
©DR

Pour trouver un fleuriste ou une ferme florale près de chez vous, consultez l’annuaire du Collectif.

N’oubliez pas que les roses rouges pleines de pesticides offerts pour la Saint-Valentin peuvent être remplacées par des fleurs françaises. En cette saison, demandez à votre fleuriste des anémones ou des renoncules cultivées en France.

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