La laine des brebis : c’est bon pour les sols !

Le troupeau des brebis
Les brebis et leurs berger.e.s ©Nanda Gonzague

La laine des brebis, c’est un produit naturel et renouvelable. En France, depuis le Covid, la laine des brebis est un déchet détruit à plus de 95%. Auparavant, une partie partait en Chine. Dans la ferme des Fabry, sur le plateau du Lévézou entre Millau et Rodez, qui possède un troupeau de plus de 400 bêtes, on s’interroge. Vincent fait analyser la laine : “elle est constituée d’azote, jusqu’à 10%, et de potassium à 8%. Ce sont des éléments particulièrement utiles pour fabriquer un engrais.”

Fertilaine, comme son nom l’indique

La famille Fabry élève des brebis sur le territoire de la commune de Vezins-de-Lévézou, dans l’Aveyron. Les brebis sont tondues une fois par an. Il y a donc de la laine, environ 1 kg pour les brebis Lacaune, spécialisées pour la production de lait. Mais surtout, la ferme des Fabry est au cœur du bassin de Roquefort où les troupeaux produisent 10% des 15000 tonnes de laine disponible dans l’hexagone. Seul le Pays basque rivalise.

La famille Fabry élève des brebis dans l'Aveyron
La famille ! ©pélissier

De la laine en granulés

Vincent et Pierre-Marin Fabry, fils de Anne et Marin, se lancent. Ils chauffent la laine pour la débarrasser des pathogènes, la broie, sans aucun lavage ni traitement. Puis, la transformation en granulés assure sa facilité d’utilisation. Un kilo de laine brute permet d’obtenir 800 grammes de granulés.

de la laine de brebis à l'engrais riche de qualités
©fertilaine

Des propriétés précieuses

La fibre de laine, constituée de kératine, une fois dans le sol, a des qualités multiples.

  • c’est une éponge capable de retenir 3 fois son volume en eau. Elle permet donc un arrosage réduit de près d’un tiers. Par les temps qui courent, c’est important.
  • elle nourrit le sol et est biodégradable à dégradation lente : environ 6 mois. Vous l’utilisez donc une fois et jusqu’à deux fois par an si vous cultivez un potager d’hiver.
  • la captation de CO2 dans le sol est accrue par rapport à un sol ordinaire.
  • bien entendu, cet engrais organique est utilisable en bio, sans risque de surdosage puisque c’est la plante qui se sert à son rythme !
  • avec un kilo de granulé, vous fertilisez 20 m2 de jardin. Et comme tout le monde n’a pas la chance d’avoir un jardin, l’engrais se présente en 250g pour 12 pots ou 500 g pour 25.
Le troupeau des brebis

Une production engagée

Cet engrais et sa commercialisation contribuent à la vie d’une cinquantaine de personnes, un an après son lancement. C’est une alternative locale aux engrais chimiques et organiques accessible aux jardiniers qui est en train d’entrer peu à peu dans les réseaux de distribution.

Outre la valorisation de ce que jusque là on traitait comme un déchet, le projet a pour objectif d’apporter un supplément de rémunération aux éleveurs. “Vous savez, par ici, la plupart des fermes sont familiales et en polyculture/élevage. Les brebis sont au pré tous les jours et les troupeaux excèdent rarement 4 à 500 animaux”, précise Vincent.

Local, un choix éthique

La laine est collectée auprès des éleveurs dans un rayon de 20 km. “Ça les débarrasse, parce que plus personne ne voulait récupérer ce produit. Et on les rémunère en % de vente, ce qui fait environ 200€/tonne. Je sais que ça ne couvre pas encore les frais de tonte, mais c’est mieux qu’un coût complet, plus l’enlèvement. Et c’est seulement le début. Nous aimerions que ça couvre les frais, puis que ça représente un revenu supplémentaire.”

Fertilaine se veut locale. Outre l’achat de la laine, les granulés sont conditionnés par l’établissement et service d’aide par le travail (Esat) de Carmaux. Pour la distribution, Fertilaine a commencé par la région.

Fertilaine, un engrais naturel à base de laine de brebis
©Nanda Gonzague

Enfin, chez les Fabry, qui ont reçu la bourse FrenchTech, comme on aime les expériences, on en mène volontiers avec les chercheurs de différentes universités. Ainsi, bientôt ils disposeront d’informations très complètes sur cet engrais grâce à des essais en cours. Pour le moment, des tests, réalisés avec l’école Montpellier SupAgro, ont prouvé que les granulés de laine, très absorbants, permettent 25 à 30 % d’arrosage en moins. Un travail engagé avec l’école d’ingénieurs de Purpan, à Toulouse, permet d’envisager à l’avenir la création possible de nouveaux produits. Mais ceci est une autre histoire !

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