Jean-Martin Fortier est Québécois, maraîcher et promoteur du maraîchage de légumes d’hiver. Au Québec, peut-être plus encore qu’en France, produire des légumes pour le public, même local, est difficilement rentable. Et tous les jardiniers le savent bien, quand on pense fruits et légumes frais, on a tendance à réduire au printemps et à l’été. Or, un nombre assez important de légumes poussent malgré les frimas pour peu qu’on apprenne à s’en occuper. Pour encourager les plus curieux, Jean-Martin Fortier a écrit un livre “Le maraîchage en hiver” et partage son expertise unique sur le maraîchage nordique dans un film : « Récolter l’Hiver ».
Jean-Martin Fortier est un maraîcher, auteur, et enseignant de renommée internationale. Il milite pour une agriculture régénératrice, à échelle humaine et rentable. Depuis plus de 20 ans, il cultive la terre et partage pour sensibiliser à l’importance vitale de systèmes alimentaires durables et résilients.
Il a développé une méthode bio-intensive qui accroît la vie dans le sol. Jean-Martin et les maraîchers qui le suivent utilisent la nature comme alliée pour optimiser les rendements sur de petites surfaces. Passionné de France, il s’est inspiré des techniques maraîchères des Parisiens du 18e siècle comme base de ses expériences.
Maraîchage + agronomie
Catherine Sylvestre est agronome, directrice de la production maraîchère et chef de l’équipe maraîchère à la Ferme des Quatre-Temps. Elle développe, met en œuvre et enseigne les meilleures pratiques pour la culture en hiver. Elle se spécialise dans la protection des cultures et la production en serre pour les climats nordiques. Avec Jean-Martin, parfois même au-delà de ce à quoi il croit, elle essaie encore et encore !
“Récolter l’hiver” : un film de l’Institut maraicher
L’institut maraîcher France a été créé par Jean-Martin Fortier. Il définit ainsi sa mission : “Nous visons à être un chef de file dans la formation des maraîchers et maraîchères en offrant un réseau de connaissances complet réunissant des experts dans le domaine. Nous croyons fermement que la clé du succès réside dans la connaissance. C’est pourquoi nous nous engageons à fournir du contenu gratuit et des formations en ligne pour éduquer et soutenir les producteurs et productrices qui ont un impact positif sur le monde par le simple fait de cultiver des aliments sains et nourrissants pour leurs communautés.“
Le documentaire s’ouvre sur des images de cœur d’hiver : vent et neige fraîche. Des serres couvertes de givre et de neige. Pour entrer, il faut pelleter la neige. On est donc immédiatement plongé dans le sujet. Les conditions météo sont rudes au Québec et pendant des mois, comme c’est également le cas au nord de l’Europe. 2/3 des fruits et légumes frais consommés par les Québécois sont importés de Californie, de Floride ou d’Ontario (55,2 % de la production totale de légumes), avec une empreinte carbone à pleurer. 1/3 est produit sur place à grand renfort de serres chauffées, avec aussi une empreinte carbone à pleurer.
Quel modèle de culture plus vertueux imaginer ?
C’est la question à laquelle s’est attelé Jean-Martin Fortier, puis sa comparse Catherine Sylvestre. Ils poursuivent leur recherche d’un maraîchage de saison, à faible impact écologique et faible coût énergétique. Et ceci, non seulement pour offrir aux consommateurs des légumes frais en hiver, et pas seulement des légumes de garde comme les pommes de terre et les carottes, mais aussi pour stabiliser les revenus des professionnels. Et pourtant, il neige.
Mais les ventes à la ferme de fruits et légumes ont augmenté de 13,1% en 2022 au Québec, laissant apparaître un désir grandissant des Québécois.
Des légumes en hiver, mais comment ?
Le principal obstacle à lever pour les maraîchers – comme pour les jardiniers au demeurant – qui veulent cultiver l’hiver, ce n’est pas le froid, mais la lumière. L’optimisation de la lumière disponible est fondamentale. Et savoir utiliser la lumière pour faire pousser des légumes feuilles, il faut bien connaître. “Le calendrier des plantations doit être le plus précis possible”, affirme Catherine Sylvestre dans le film.
Le maraîchage est un métier d’expert, “le maraîchage d’hiver, c’est le cran du dessus”, dit Jean-Martin Fortier. “Des légumes il y en a, mais on n’y pense pas.”
Travailler les imaginaires
Jean-Martin Fortier et l’aréopage de maraîchers qui l’entoure sont tous confrontés aux difficultés climatiques et chacun sait que ça va devenir de plus en plus compliqué. Tous doivent faire faire à la compétition internationale, qui, outre sa dureté, accentue chaque jour le dérèglement du climat au nom de la rentabilité. Chacun d’eux tente d’ouvrir des voies de distribution en circuit court face à la rigidité des filières existantes.
Les Québécois ont perdu le sens des saisons
Comme les Français, les Québécois, consommateurs et distributeurs, ont pris l’habitude de voir dans les rayons et dans leurs assiettes des fruits et légumes venus du monde entier. Ces produits sont souvent mal produits, cueillis trop tôt, énergivores, transportés en dépit du bon sans et gaspillés à chaque étape. Jean-Martin Fortier milite pour un retour à un approvisionnement des rayons et des assiettes plus local et de saison.
Ainsi, dans le film, peut-on entendre un producteur d’épinards dont la situation est plutôt positive, se désoler. On lui demande, pour entrer dans un supermarché, de mettre ses épinards, qu’il a fait pousser dans une grande sobriété de moyens pour protéger la planète, dans une barquette plastique au lieu un sac. “Rendez-vous compte, 150 g d’épinards dans 50 g de plastique !” Devant cette absurdité, il a cherché une autre filière.
Il n’y a pas de chemin tracé pour le bio
Il n’y a pas de chemin tracé pour le maraîchage bio. Tout est à construire. Et quant au maraîchage d’hiver, on en est qu’aux balbutiements. “J’ai fait ce film parce que je crois que la souveraineté alimentaire est un problème international qu’on doit régler en local. Et nos préoccupations québécoises sont tout autant françaises. C’est aussi pour ça que j’ai fait une version adaptée à la France de mon livre : Le maraîchage en hiver.”
“Il nous faut réveiller les imaginaires. Tu sais, j’ai pas la réponse à “comment on va se réapproprier les chaînes de distribution qui sont hautement consolidées” et je pense que le citoyen mangeur est un peu pris en otage. Donc, il va falloir trouver des alternatives, continuer avec les AMAP parce que les réseaux de distribution comme les consommateurs pensent qu’on n’a plus de légumes frais dès la fin de l’automne.
Il y a une partie du travail qui se passe dans la tête, dans la connaissance du vivant et de la cuisine.” Or la liste des légumes frais s’accroit dès qu’on y ajoute un certain nombre de variétés venues d’autres pays froids comme le Japon.
Brassica rapa chinensis • Brassica rapa pekinensis • Stachys affinis • Brassica rapa nipposinica • Arctium lappa • Cymbopogon citratus • raphanus sativus longipinnatusen plus de nos choux, épinards, radis, salades,…
Au rythme auquel le monde se réchauffe, pensez-vous qu’on fera encore du maraîchage en hiver ?
Je pense que les changements climatiques, ça va nous réserver des surprises. Peut-être qu’on va avoir quelques années froides, peu importe ! Quand je viens ici, je vois beaucoup de potagers qui ne sont pas cultivés l’hiver. Donc ça serait peut-être une bonne idée de les remettre en culture. Parce ce qu’on apprend, avec le maraîchage en hiver, que le problème n’est pas le froid ou la neige, c’est la base de lumière. Et ça, c’est aussi vrai en France. Mais, on a des astuces.
Inspirer
Il aimerait inspirer les maraîchers, mais aussi tous les jardiniers Jean-Martin Fortier !
“Moi, je vous encourage à continuer à jardiner et à ne pas perdre la saisonnalité. Mais ne croyez pas tout ce qu’on vous a dit, laissez vous inspirer comme moi par les maraîchers du XIXᵉ siècle. Nous, on plante douze mois par année, puis on récolte douze mois par année, donc on peut le faire ici aussi.”
Le Maraichage en hiver
Jean-Martin Fortier et Catherine Sylvestre
Éditions Delachaux et Niestlé

Récolter l’hiver
Récolter l’hiver suit le quotidien de pionniers qui réussissent l’improbable: offrir des légumes frais au cœur de nos longs hivers.



















