Il occupe toute la superficie d’une petite île en plein milieu du Nil. Sur la rive est du fleuve vivent un million et demi d’habitants. Sur la rive ouest s’élèvent des monuments funéraires construits dans les premières marches du désert. Au milieu, le jardin botanique d’Assouan.
Dans la première cataracte du Nil
Le jardin botanique d’Assouan est installé sur un bout de terre à l’histoire singulière. Cette île est plus petite (750 m) que sa grande sœur célèbre, l’île Éléphantine (1,2 km de long), ainsi nommée pour avoir servi de lieu de négoce aux marchands d’ivoire.
Au total, 4 îles et une multitude de rochers constituent la première cataracte du Nil.
Voyage dans le temps
Pas jusqu’à l’époque pharaonique tout de même ! Il est certain que des Nubiens habitent l’île à la fin du XVIIIe et qu’ils l’appellent « Natron ». Puis, l’île est offerte à Lord Kitchener par le gouvernement égyptien en remerciement après la guerre des Madhistes, également appelée guerre du Soudan. Les Madhistes se battent alors pour l’instauration d’un émirat et sont vaincues (massacrées pour être plus exact…) par les forces anglo-égyptiennes commandées par le maréchal Horatio Kitchener de 1896 à 1898.
L’île prend alors le nom de Kitchener Island et Lord Horatio se voit bien y installer un Jardin d’acclimatation et d’expérimentation de plantes et d’animaux utiles. Il paraît qu’il sème lui-même des végétaux, qu’il en plante aussi. Mais surtout, il paye pour faire venir des plantes d’un peu partout dans le monde et l’île nue voit arriver des dizaines de palmiers et des cargaisons de plantes exotiques.
Kitchener, anobli l’année de sa victoire sur le Mahdi, est envoyé sur d’autres terrains de guerre. Il disparaît quand le bateau sur lequel il se trouve est heurté par une mine.

L’île continue de porter son nom jusqu’à une visite du roi d’Égypte Fouad 1er, père de Farouk. À partir de ce moment-là, elle est appelée Kitchener, mais également l’île du Roi (bravo les fayots de l’époque…).
Il faut attendre l’arrivée de Nasser à la présidence de la République en 1956 pour que l’île arrête de changer de nom. Officiellement, elle s’appelle جزيرة النبطات (Jazirat al-Nabatat), bref l’île aux Fleurs.

Le jardin botanique d’Assouan de nos jours
Le jardin botanique est toujours là, mais les plantes ne sont pas l’intérêt premier des visiteurs qui y abordent en un coup de felouque. L’île, très densément plantée, est avant tout un but d’excursion pour les habitants d’Assouan qui viennent y prendre le frais. Pour avoir fait l’expérience d’un 45°C au mois de mai à Assouan, je peux les comprendre. Mais ce petit poumon vert du Sud égyptien souffre de cette surfréquentation qui laisse parfois derrière elle sacs plastiques, emballages et ordures diverses (il existe pourtant partout des poubelles).
Si vous avez la chance d’y aller, oubliez ces désagréments, profitez du jardin et surtout allez faire un tout dans la petite maison à l’entrée pour voir un herbier riche de dizaines de spécimens exposés sous vitrine.
Une magnifique collection de palmiers
Kitchener a fait planter de très nombreux palmiers parmi lesquels nombre de Roystonea regia, les fameux palmiers royaux à tronc blanc qui peuvent mesurer jusqu’à 20 m de haut. Ils bordent l’allée centrale du jardin.
Attalea saccharifera, A. butyracea viennent des Caraïbes et de l’Amérique du Sud. Les différentes espèces d’Attalea poussent aussi bien dans des marécages que sur des terrains semi-arides.
Leucothrinax, le palmier des chaumes très courant dans les Keys en Floride
Washingtonia filifera, le palmier à jupon de Californie, proche du W. robusta. Les deux poussent très bien dans nos jardins métropolitains.
Borassus flabellifer, le palmier à sucre. Ce palmier est effectivement cultivé en Asie du Sud notamment pour la production de sucre de palme grâce à la sève recueillie en incisant les spadices.
Les palmiers égyptiens
Diverses espèces sont plantées en Égypte. On les cultive pour leurs dattes qu’on récolte ici au mois de septembre. Pour Achraf Youssef, guide en Égypte, le palmier doum (Hyphaene thebaica) dont les fruits sont très consommés à Assouan, mais pas n’importe comment : « ce sont des fruits très, très durs. Il faut d’abord enlever la peau puis les faire griller avant de les transformer en jus. Les habitants d’Assouan boivent beaucoup de ce jus qui est, de plus, excellent pour avoir une bonne tension. »

D’autres perles botaniques
Le kapokier rouge ou fromager rouge (Bombax malabaricum) peut atteindre 30 m de haut. Son bois est léger et les fibres cotonneuses qui enrobent la graine peuvent servir à la fabrication du kapok qu’on utilise pour bourrer les coussins.
L’arbre boulet de canon (Couroupita guianensis). Les fleurs sont fascinantes, les fruits ronds le sont moins, car mieux vaut ne pas les prendre sur la tête.
Grewia asiatica. C’est un « petit » arbre (entre 5 et 10 m) de haut qui produit de jolies fleurs jaunes suivies de fruits dont on fait des jus en Inde.
Antidesma bunius. Cet arbre originaire d’Asie produit un feuillage très dense. Les fleurs ne sentent pas franchement la rose. Il est cultivé sur l’île de Java où l’on consomme ses fruits acidulés transformés en confiture.
L’arbre bombardier (Hura crepitans). Attention, arbre vénéneux. Il tient son nom vernaculaire de la forme de ses fruits tout ronds qui explosent quand ils tombent. Une stratégie pour permettre à l’arbre de disséminer ses graines sur plusieurs dizaines de mètres. Crépitans vient du bruit que font les fruits en explosant. Le tronc est couvert d’épines comme celui d’autres arbres présents dans le jardin (dont Chorisia crispiflora).
L’arbre à saucisses (Kigelia pinnata). Cet arbre africain se fait remarquer par de grosses fleurs pollinisées par des chauves-souris et qui sont suivies de fruits ressemblant à d’énormes saucisses (non comestibles !).


Noix de Bouddha (Pterygota alata). En Inde, c’est un arbre souvent planté en alignement et dans les parcs. Ses feuilles sont impressionnantes et procurent beaucoup d’ombre. Son bois fibreux est utilisé pour la fabrication de pâte à papier, de cordes, de jouets. Les fruits sont presque aussi gros que les noix de coco. Et on peut fabriquer de l’huile et du biocarburant à partir de ses graines.








