Le lotus égyptien, une plante sacrée

Nymphea caerulea
Singkham

À l’époque pharaonique, le lotus était une plante sacrée. Il était le symbole de la Haute-Égypte (et le papyrus celui de la Basse-Égypte) et représentait le dieu solaire Râ. Il était utilisé pour parfumer les sanctuaires ou accompagnait les morts dans l’au-delà… Plus de détails avec Achraf Youssef, guide en Égypte. 

Hortus Focus : on parle de lotus, mais il ne s’agirait pas plutôt de nymphéas ?

Achraf Youssef : Effectivement, le mot lotus est trompeur, car il s’agit de Nymphea et non de Nelumbo. En Égypte pharaonique, sous le terme lotus étaient regroupées deux  espèces : le lotus bleu (Nymphaea caerulea), le lotus blanc (Nymphaea lotus). 

Pourquoi le lotus est-il une plante sacrée ?

Le lotus s’ouvre au matin et sa fleur se referme le soir. Comme le soleil se lève et se couche. La fleur suit la course du dieu solaire. Pour les Égyptiens à l’époque pharaonique, le lotus est donc une plante sacrée. C’est l’emblème de la Haute-Égypte, une région qui allait de la cité de Louxor à la Nubie en passant par Assouan.

Colonnes Temple de Karnak - Egypte
Les chapiteaux des colonnes de Karnak. À gauche : la fleur de lotus fermée. À droite : elle est ouverte. ©Isabelle Morand

Cultivait-on le lotus ?

Il poussait spontanément dans les eaux du Nil, mais on en cultivait aussi pour n’être jamais en manque d’offrandes et  parfums pour honorer les dieux et les déesses. On continue de le cultiver en Égypte aujourd’hui. 

Moulin à parfums - Egypte
©Isabelle Morand

Comment le transformait-on ? 

La fleur fane et sèche vite, en deux ou trois jours. Alors le jour ou le lendemain de la récolte, on écrase la plante pour récupérer les éléments liquides. Dans les temples (on peut en voir une dans le temple d’Isis à Philae) de grandes pierres de granit creusées en leur centre. Il s’agit d’une sorte de moulin qui servait à écraser les fleurs de lotus offertes par les riches, les nobles et les pharaons. Le jus récupéré est utilisé pour parfumer les statues des dieux et des déesses, et même les naos.

C’est quoi un naos ?

Le saint des saints ! Il s’agit d’une stèle de pierre ou de bois. Placée dans le sanctuaire de temple, elle est destinée à recevoir la statue de la divinité. On peut voir un très beau naos en granit rose, dans le temple d’Edfou consacré au culte du dieu Horus. L’eau de lotus servait à parfumer la statue du dieu et tout le naos.

Naos - Temple d'Isis à Philae
©Isabelle Morand

Le lotus a-t-il une place importante dans l’Égypte actuelle ?

Aujourd’hui, on utilise l’huile essentielle pour les massages, mais il existe aussi des parfums à base de lotus. C’est l’une des nombreuses plantes cultivées dans les oasis, et notamment dans l’oasis du Fayoum située à 120 km du Caire. 

Momie de Ramsès II
©Emil Brugsch

Ramsès II et ses guirlandes funéraires de lotus bleu

En dehors des offrandes et du parfum, Nympheae caerulea aurait été utilisé comme drogue, en raison de vertus psychotropes. Il est représenté dans de nombreux tombeaux dont celui de Toutankhamon. 

Ses fleurs ont aussi servi à la confection des guirlandes végétales trouvées sur la momie de Ramsès II, pharaon mort à 90 ans et inhumé dans la plus grande tombe de la vallée des Rois. L’histoire de ces fleurs est une aventure à elles seules ! 

En 1882, l’égyptologue français Gaston Maspéro confie à un botaniste allemand, Georg Schweinfurth, la tâche d’étudier les fleurs déposées sur la momie de Ramsès II et d’en faire des herbiers. À la fin de son travail, Schweinfurth expédie des planches dans 5 pays. Celles envoyées en Allemagne ont été détruites par les bombardements sur Berlin. Les planches envoyées en France en 1884 sont conservées au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Mais elles disparaissent pendant l’entre-deux-guerres. Elles sont retrouvées en 1946, dans un grenier du musée.

Suzanne et le lotus blanc

Moins célèbre (et moins sacré !), Nymphaea lotus que l’on trouve en Basse-Égypte (delta du Nil) a également été retrouvé dans les parures funéraires végétales de Ramsès II. Le lotus blanc se nommait Soushin. Il était identifié comme un lis aquatique. En copte, lis se dit Shoshen ; en hébreu : Shoshan… Le prénom Suzanne en dérive. 

Merci à Achraf Youssef, notre guide formidable en Égypte. 

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Nymphea caerulea
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