Jean Delacour et les oiseaux : une passion

Jean Delacour • Baie de Somme • ornithologiste
Baie de Somme ©Isabelle Vauconsant

Le naturaliste franco-américain, créateur du parc de Clères, a marqué l’histoire de l’ornithologie mondiale par ses expéditions et ses innovations en matière de conservation animale.

Jean Delacour (1890-1985) demeure une figure emblématique de l’ornithologie du XXe siècle. Ce scientifique passionné a révolutionné l’approche des parcs zoologiques et contribué de manière exceptionnelle à la connaissance des oiseaux du monde entier.

Dans la Somme naît la passion

Il naît le 26 septembre 1890 à Paris. Jean Delacour développe très tôt sa passion pour la nature dans la propriété familiale de Villers-Bretonneux, en Picardie. Tout jeune déjà, il élève de nombreuses espèces d’oiseaux. Son père lui fait construire de très grandes volières à cet effet. De là viendra non seulement un goût, mais une philosophie de vie : observer les animaux vivants plutôt que morts. À cette époque, les naturalistes  observaient essentiellement les animaux morts.

Après des études de botanique à Lille puis de zoologie à la Sorbonne, le jeune homme fréquente assidûment le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, dont il deviendra plus tard chercheur associé. Il participe également à la création de la Ligue de Protection des Animaux aux côtés de son ami Paul Murat.

Mémoires d'un ornithologiste • Jean Delacour
Mémoires d'un ornithologiste • Jean Delacour • Département de la Seine-Maritimes • 10€

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Jean Delacour-portrait
Château de Clères
©Marceau-Bellenger • Département de la Seine-Maritime

La renaissance à Clères après la Grande Guerre

La Première Guerre mondiale bouleverse sa vie. La propriété familiale est détruite lors de la bataille de la Somme, et son frère périt dans un bombardement. Officier de liaison avec les armées britanniques et australiennes, Delacour noue des contacts avec des collectionneurs britanniques possédant des parcs et collections remarquables.

En 1919, il acquiert le château de Clères en Seine-Maritime, domaine qu’il transforme en un parc zoologique. Contrairement aux zoos traditionnels de l’époque, Delacour conçoit un espace où les animaux évoluent en semi-liberté. Il fait construire des volières avec des points d’eau aménagés en fontaines, et transforme les jardins selon les principes du mouvement Arts and Crafts.

Le mouvement Arts and Crafts signifie tout simplement « arts et artisanats ».
C’est un style artistique britannique qui s’est développé au Royaume Uni entre 1860 et 1910.

Le parc de Clères devient rapidement le premier parc privé d’Europe. Il abrite 3 000 individus représentant 500 espèces différentes. Delacour y élève souvent plusieurs couples des espèces les plus rares, dans un but de conservation.

L’infatigable explorateur

Pour enrichir ses collections, Jean Delacour entreprend de 1922 à 1939 de partir chaque année. Six missions l’amènent en Asie du Sud-Est, deux autres à Madagascar. Pour cela, il est accompagné de scientifiques comme les zoologistes Richard Archbold, et Austin Loomer Rand.

Ces expéditions sont d’une richesse scientifique exceptionnelle. Delacour rapporte des milliers de spécimens, dont certains nouveaux pour la science. Il constitue des collections immenses totalisant 30 000 oiseaux et 8 000 mammifères. En 1931, il publie “Les Oiseaux de l’Indochine française“, une référence mondiale pendant des décennies.

Aigrette au Vietnam
Aigrette au Vietnam

Parallèlement, insatisfait des revues existantes, il fonde en 1920 la revue “L’Oiseau“. Il la dirigera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il devient également secrétaire puis président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), de 1928 à 1976.

New York en 1950
New York en 1950

Exil et reconnaissance

La guerre interrompt brutalement cet élan créateur. En février 1939, un incendie détruit le château de Clères, anéantissant sa bibliothèque et ses archives scientifiques. Découragé, bombardé dans sa propriété en 1940, Delacour s’exile aux États-Unis en décembre 1940.

Il y restera jusqu’à sa mort en 1985. Cette période de sa vie sera paradoxalement très productive. Il est associé de recherche au Muséum américain d’Histoire Naturelle de New York. À ce titre, il participe à la rénovation des volières du zoo du Bronx. En 1952, il devient directeur du Muséum d’histoire, de science et d’art du comté de Los Angeles.

C’est alors qu’il réalise ses travaux taxonomiques les plus importants. Il révise la classification de plusieurs familles d’oiseaux. Ses monographies sur les canards, les faisans, les pigeons et les oiseaux-mouches font autorité. Il obtient la nationalité américaine en 1946.

Un héritage vivant

Malgré son installation aux États-Unis, Delacour n’oublie jamais Clères. Le parc rouvre au public en 1947, et il y séjourne plusieurs mois par an jusqu’à sa mort. En 1966, il lègue le domaine au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, pour assurer la pérennité de son œuvre.

Jean Delacour s’éteint le 5 novembre 1985 à Los Angeles, à l’âge de 95 ans. Le Département de la Seine-Maritime acquiert la propriété du domaine en 2013. Depuis, les responsables du jardin perpétuent l’esprit du lieu. C’est aujourd’hui Thierry Hay qui veille.

Pionnier de l’élevage en captivité pour la conservation et créateur de l’International Council for Bird Preservation, Delacour a posé les bases modernes de la protection des espèces. Le parc de Clères, toujours ouvert au public, demeure un témoignage vivant de sa philosophie. Réconcilier l’homme avec la nature par l’observation respectueuse du vivant.

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