Hubert Robert, des ruines et des jardins…

 

Les amateurs de peinture connaissent bien Hubert Robert, paysagiste du XVIIIe siècle  dont les toiles marient la nature aux ruines et aux structures pittoresques. Mais on ignore souvent que l’artiste conçut aussi des jardins paysagers. C’est ce que l’on découvre dans une très belle exposition au château de La Roche-Guyon (Val- d’Oise), alimentée par de toutes récentes découvertes. Pour l’occasion, son fabuleux jardin anglais a été exceptionnellement ouvert à la visite. Une superbe promenade d’automne!

 

Le grand jet d’eau de la villa Conti à Frascati

Un parisien amoureux de l’Italie…

Né à Paris en 1733, Hubert Robert fut un homme des lumières, un artiste visionnaire et un des plus grands paysagistes de son temps. Il suivit très jeune une formation de sculpteur auprès de Michel-Ange Slodtz. Puis, comme le voulait l’usage à l’époque, il partit à Rome vers l’âge de vingt ans où, fasciné, il passa son temps à parcourir la ville, carnet et crayon en main. Ses lieux préférés sont les ruines et les jardins délaissés, motifs qu’il reprendra tout au long de sa vie dans ses dessins, ses huiles ou ses admirables sanguines. 

En Italie, Robert dessine régulièrement avec Jean-Honoré Fragonard, fréquente l’ambassadeur de France, Claude Henri Watelet -son futur mécène-  et part visiter et croquer Naples et la Campagnie avec l’abbé de Saint-Non. Une vie de voyages et de paysages… 

Puis c’est le retour à Paris, en 1765, où il est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Ses vues de ruines enchantent les collectionneurs et le rendent vite célèbre. Bientôt, Robert donnera des cours de dessins à un cercle d’amateurs qui collectionnent ses œuvres et lui commandent des décors pour leurs intérieurs, voulant à tout prix voir la nature à travers ses yeux…

 

 

 

Les Bains d’Apollon (détail) ©Valérie Collet

Des pinceaux aux  jardins…

À cette époque, tous s’entichent de jardins et les traités sur le sujet foisonnent. Les aristocrates suivant une mode venue d’Angleterre délaissent les jardins à la française ; plutôt que de domestiquer la nature, ils cherchent davantage à la laisser s’épanouir et s’aménagent des parcs paysagers, exprimant leur sensibilité et leur raffinement. Mais ils ne sont pas contre les conseils… et Hubert Robert n’en est pas avare! Ni architecte, ni jardinier ni entrepreneur mais avec un œil de peintre, il leur propose des perspectives, invente des scènes et des fabriques, ses peintures et ses compositions de jardin s’interpénétrant de la façon la plus naturelle. Il ira même jusqu’à superviser certaines réalisations.

Sa réputation grandit rapidement au point qu’en 1777, le comte d’Angiviller, surintendant des bâtiments du Roi, lui commandera la transformation du Bosquet des Bains d’Apollon, à Versailles. Sept ans plus tard, nommé « dessinateur des jardins de roi », il réalise la Laiterie de Rambouillet et replante les parcs de Meudon et de Compiègne. Puis ce seront la princesse de Monaco et la marquise de Coislin qui s’adresseront à lui pour leurs jardins de Betz et Brimborion, sans oublier les fabriques et les mémoriaux pour le parc de Méréville, son projet le plus important.

 

 

 

Le Jardin Anglais ©Valérie Collet

Le jardin Anglais de La Roche-Guyon

Dans les années 1760-1770, le château de La Roche-Guyon devient un des centres de ce nouveau mouvement intellectuel et artistique qui mêle la pratique du dessin de paysage à la botanique et à la création de jardins. Son parc et ses promenades minutieusement pensées, qui s’étendent sur tout le coteau, sont à peu près uniques en France. Ils ont été créés par la duchesse d’Enville et ses descendants les Rohan-Chabot sur les conseils d’Hubert Robert. Ce dernier y a notamment transformé le donjon du XIIe siècle (la fameuse Tour de Guy, à quelques 70 mètres de hauteur) en une ruine pittoresque. Il y a aussi créé une cascade artificielle de 22 mètres de hauteur et de nombreuses fabriques et grottes incrustées de coquillages.

À l’abandon pendant de longues années, véritablement “ensauvagé” jusqu’à la fin du XXe siècle, le jardin a conservé de nombreux et précieux vestiges. Il se réveille doucement… S’y promener, surtout en ces jours d’automne, offre une expérience des plus romantiques, avec un point de vue superbe sur la vallée. Souhaitons que ce jardin anglais soit un jour restauré afin qu’il puisse rouvrir définitivement au public!

 

 

“Hubert Robert et la fabrique des jardins”, château de La Roche-Guyon, jusqu’au 26 novembre. Pour les renseignements pratiques, cliquez ICI

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