Le nombre de variétés de lilas créées par la famille Lemoine est impressionnant : 214 ! Trois générations de cette célèbre famille d’horticulteurs lorrains se sont employées à hybrider cet arbuste qui fait notre bonheur au printemps. Mais, au fil du temps, les lilas se sont perdus. Jean-François Gonot s’est évertué pendant des années à les retrouver partout dans le monde. Grâce à lui, le Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy accueille aujourd’hui la plus grande collection de lilas Lemoine de la planète. 

Hortus Focus. D’où est venue l’idée de partir à la recherche des lilas Lemoine ?

©Isabelle Morand

Jean François Gonot (responsable de la collection de lilas). Dans les années 1980, une descendante de la famille Lemoine a voulu faire un don au Jardin botanique de Nancy pour qu’il accueille une petite collection des créations de la famille. Le problème, c’est qu’en tant que service public, on ne pouvait pas accepter le chèque. Donc, nous avons créé l’AJABONA (l’Association des Amis des Conservatoire et Jardins botaniques de Nancy) qui a encaissé ce chèque et nous avons pu démarrer la collection qui est, avant tout, un hommage au travail de cette famille lorraine qui a tant apporté à l’horticulture française aux XIXe et XXe siècles.

La collection aujourd’hui est-elle complète ?

Victor, Émile et Henri Lemoine ont créé 214 variétés de lilas. Nous avons débuté la collection avec 12 cultivars. En 1992, on en comptait 57. En 2009, victoire !, tous les lilas Lemoine étaient réunis au Jardin botanique. Malheureusement, ce chiffre est retombé à 198. Nous avons notamment perdu de vieux sujets, attaqués par des vers blancs.

‘Katherine Havemeyer’ ©skymoon13

Où vos recherches vous ont-elles mené ?

Un peu partout ! De très nombreuses variétés de lilas avaient disparu de France. Les Lemoine travaillaient beaucoup avec les pays étrangers, les lieux de production étaient proches des gares. Victor, l’hybrideur génial, correspondait et travaillait avec l’Angleterre, le continent nord-américain, la Russie. Henry Osborne Havemeyer (1847 – 1907), gros industriel américain, commandait des lilas tous les ans et a participé à la diffusion de l’arbuste aux États-Unis. Victor Lemoine envoyait aussi chaque variété créée au Conservatoire du Lilas, à Hamilton, au Canada… En France, à Nancy, on n’a pas su, à l’époque, ni conserver ce patrimoine ni le faire fructifier.

Comment êtes-vous parvenu à rassembler toutes les variétés ?

Jusqu’en 1998, on a travaillé en écrivant aux Jardins botaniques. On leur donnait la liste des créations Lemoine, pour savoir s’ils avaient les variétés en culture, s’ils pouvaient nous envoyer des boutures, des greffons. C’était long, très long. En 1998, l’arrivée d’internet a tout changé !  J’ai pu correspondre autrement avec des gens du monde entier. Je suis entré en contact avec un pépiniériste québécois, Frank Moro, aujourd’hui disparu, spécialisé dans les lilas. À son catalogue, il avait 900 variétés de lilas ! À ma grande surprise, il m’a indiqué avoir à la vente 80 cultivars Lemoine que nous n’avions pas en collection dans leur grande majorité. J’ai collaboré à son ouvrage “Les lilas” (NDLR paru aux Éditions de l’Homme). Nous nous sommes rencontrés à Montréal à l’occasion du lancement du livre et nous nous sommes liés d’amitié. Frank a littéralement arrosé de demandes tous les membres  de l’International Lilac Society pour retrouver les lilas manquants. Il a rassemblé tous les greffons disponibles au Canada et nous les a envoyés. Mais son appel a également été entendu en Russie d’où nous sont arrivés certains cultivars. 

‘Madame Lemoine’, lilas à fleurs doubles ©Jean-François Monhonval

Votre plus récente expédition vous a conduit en Russie. Pourquoi ?

De nombreux lilas sont capables de supporter des températures sibériennes. Les variétés créées en Russie ont à 99% un parent Lemoine dans leur génétique. Cette année, je suis parti en Russie, au mois de mai, à l’occasion du Congrès annuel de l’International Lilas Society. Pendant 8 jours, les passionnés de lilas se sont retrouvés à Saint-Petersbourg. Certains sont venus de Vladivostok, d’autres de Nouvelle-Zélande. 

Nicolas II, tsar de Russie, et Alexandra, en 1894

Un voyage émouvant pour vous ?

Oui. Je suis allé notamment au parc de Pavlosk, à Saint-Petersbourg pour voir les 21 lilas plantés, en 1911, sur la demande de la tsarine Alexandra Feodorovna qui aimait énormément cet arbuste. Je suis allé aussi au Jardin botanique de l’Université de Moscou où de nombreux lilas ont été plantés, parmi lesquels de nombreux Lemoine, évidemment.  

Vous allez bientôt partir à la retraite. Allez-vous continuer à vous intéresser à cette collection nancéienne unique au monde ?

Bien sûr, je vais poursuivre mes recherches. Et notamment en Pologne, pays dont mon épouse est originaire. Je me suis rendu cet automne à Kornik, non loin de Poznan. J’y ai vu des pieds de lilas Lemoine plantés en 1925, les carnets d’enregistrement des pépinières mentionnent clairement cette date. Nous allons essayer de faire venir des greffons. L’aventure continue !

Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy

 

 

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