Les incroyables modèles botaniques du Docteur Auzoux

 

Un grain de blé gros comme une tête d’enfant ou des gousses de pois de senteur grandes comme la table…  Les modèles pédagogiques du Dr. Auzoux surprennent par leur taille et leur beauté. On en avait vu certains à l’exposition Jardins du Grand Palais, il y a deux ans. Les voici exposés en grand au musée National de l’Éducation, à Rouen. Nous avons interrogé Marianne Lombardi, commissaire de l’exposition.

 

Marianne Lombardi ©Valérie Collet

Hortus Focus : Comment est née l’idée de cette exposition ?

Marianne Lombardi : Des collections que l’on possédait, c’est-à-dire d’un très beau don fait au musée par un lycée rouennais. On a toujours trouvé assez spectaculaires ces collections de modèles botaniques. Quand on se promenait dans les réserves, on voyait ces pièces magnifiques, pour certaines en mauvais état. Cette exposition a donc aussi été, pour nous, l’occasion de les étudier et de les mettre en valeur. Nous avons sorti la collection complète de tous les modèles créés par les établissements Auzoux à la fin du 19e siècle. Complétée par des dons, elle donne un panorama complet sur le sujet.

 

Quelle est l’histoire de ces pièces? À quoi servaient-elles ?

Louis Auzoux est, au départ, docteur en médecine. Au début du 19e siècle, dans les années 1830, il se lance dans la fabrication de modèles en papier mâché d’anatomie humaine pour les cours de médecine, en particulier pour remédier au problème désagréable de l’utilisation de cadavres qui se désagrègent. Il va rapidement rencontrer un très beau succès et monter une entreprise à Saint-Aubin-d’Ecrosville dans l’Eure, entre Rouen et Paris. Celle-ci va produire un grand nombre de modèles et vendre en France comme à l’étranger.

Du coup, le docteur Auzoux diversifiera sa production et se lancera dans la fabrication de modèles botaniques. Dans les années 1860, il met au point une série complète qui répond aux besoins de l’époque concernant ce domaine. Il fabriquera aussi quelques modèles zoologiques.

 

Gousse de pois de senteur ©Valérie Collet

Quels végétaux représente-t-il ?

En fait, des choses très différentes comme des plantes, des champignons, des graines à différents stades de leur développement, un gland germé par exemple. On a aussi des plantes d’ornement comme un très beau chrysanthème, un muflier, une giroflée, un œillet ou encore les fruits ou les baies de la belladone, de l’ancolie ou du cerisier. Ce sont toutes des plantes communes qui poussent en Europe, mais qui sont de types divers avec, notamment, différents modes de reproduction. La collection ne comporte aucune plante exotique.

Melon, fleur femelle ©Munaé

Qu’ont apporté ces modèles dans l’enseignement de la botanique?

Ils ont permis d’avoir des modèles de plantes considérablement agrandis (plus de dix fois leur taille réelle) et dont les morceaux sont entièrement démontables ce qui est un gros avantage par rapport aux moyens traditionnels tels les herbiers. Ces derniers voient leurs couleurs passer et leurs fleurs sont sèches ce qui ne permet pas une étude optimale du vivant.

Les autres moyens classiques pour l’étude de la botanique, au 19e siècle, étaient les dessins et les schémas auxquels il manque les trois dimensions. On enseignait aussi beaucoup les « sciences naturelles » à partir du vivant. Que ce soit à l’école ou à l’Université, on faisait des cueillettes et on étudiait les vraies plantes. Mais encore fallait-il se situer à la bonne saison pour pouvoir le faire !

Les modèles du docteur Auzoux ont donc beaucoup apporté. Notamment, ils pouvaient être manipulés par les élèves comme par les professeurs et permettaient de voir des détails que l’on ne voit pas normalement à l’œil nu.

 

Comment sont-ils fabriqués ? Sont-ils une spécificité française?

La spécificité du Dr. Auzoux est la technique qu’il emploie, c’est-à-dire une pâte de papier mâché particulière, appréciée du monde entier pour sa légèreté, sa souplesse et sa robustesse. D’après sa correspondance, on sait qu’il a exporté ses modèles en Australie, en Russie, en Angleterre, en Amérique du Sud. La marque allemande Brendel en a aussi fait, mais en bois et en métal. Il y en a eu aussi en cire et en verre, très beaux, mais qui ne se démontaient pas.

 

Leçon de botanique au lycée Victor Hugo, Paris, 1905 ©Munaé

Vous montrez des outils, des photos. Quelle était la recette de fabrication ?

C’est une pâte à base de feuilles de papier disposées dans des moules avec un alliage de plomb et d’étain. Par dessus, on ajoute un mélange secret fait de papier, de blanc de Meudon, de filasse et de liège qui apporte au mélange un côté extrêmement solide.

Certaines pièces étaient assez abîmées…

L’ensemble de notre collection est à restaurer. Elle a subi des dommages inhérents à son utilisation ; ces modèles ont été manipulés pendant des dizaines d’années par les élèves. Se posent aussi des problèmes de conservation. Certaines pièces qui étaient blanches sont devenues littéralement noires de crasse.

Nous avons déjà pu en restaurer la moitié grâce à un financement de la Fondation du Patrimoine (chacun peut y participer) et de l’association des Amis des Fleurs de Seine-Maritime, le nouveau nom de la Société d’Horticulture de Seine-Maritime. Cette dernière fait partie de ces sociétés savantes remontant au 19e siècle. La botanique était très en vogue à l’époque, et il y avait une société d’horticulture dans chaque région, la Société Nationale d’Horticulture les regroupant toutes à Paris. Ces associations ont aussi utilisé ce type de modèle pour leurs conférences il y a donc cent cinquante ans !

 

“Belles plantes, modèles en papier mâché du Dr. Auzoux”, centre d’exposition du musée National de l’Éducation, Rouen, jusqu’au 30 septembre 2019. Renseignements pratiques:  ICI

 

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