Menton, le Val Rahmeh sous la neige !

 

Le Val Rahmeh, à Menton (ville réputée être la plus chaude de France) est un de nos plus beaux  jardins exotiques. Nous l’avons visité fin février 2018, couvert d’un joli manteau blanc, lors d’un épisode de froid exceptionnel – du jamais vu depuis 30 ans !  Nous vous en livrons les photos ainsi qu’une interview de Christophe Joulin, responsable du jardin, dont nous avons pris des nouvelles un an après. Les plantes n’ont pas trop mal tenu le coup… ! 

 

Christophe Joulin ©Valérie Collet

Hortus Focus : Racontez-nous l’histoire de ce jardin

Christophe Joulin: La villa de style italo-provençal et le jardin tels qu’on les voit aujourd’hui sont surtout le fait de Lord Percy Radcliffe, l’ancien gouverneur de Malte, qui a habité là au début du XXe siècle. Sa femme s’appelait Rahmeh (“tranquillité” en arabo-persan) d’où le nom du lieu.

Ensuite jusqu’aux années 50, plusieurs propriétaires se sont succédés dont la dernière, miss May Bud Campbell, une Anglaise riche et un peu excentrique. Elle recevait beaucoup, faisait de nombreuses soirées. Mais elle aimait aussi beaucoup les plantes et a introduit de nombreuses espèces dans le jardin.

Ayant dilapidé sa fortune, elle a été contrainte de vendre sa propriété et l’a confiée à l’État, pour essayer de conserver ce jardin. Ce dernier l’a acheté en 1966 et en a donné la gérance au Muséum d’Histoire Naturelle.

 

Val Rahmeh, mimosa ©Valérie Collet

Quelle est sa spécificité ?

Il mesure un peu moins d’un hectare et demi. Vu le climat de Menton (en principe très clément…), le Muséum a voulu en faire un jardin de plantes subtropicales, un jardin d’acclimatation où l’on introduit des plantes venues d’ailleurs pour voir si elles arrivent à s’installer avec ce climat. Donc toutes les plantes qui ne tiennent pas en dessous de 0°, on ne les trouvera pas ici !

Le Val Rahmeh est aussi un jardin botanique où les plantes sont pour la plupart étiquetées. Nous essayons de diffuser le plus possible nos connaissances auprès du public.

Combien de plantes différentes compte-t-il ?

Nous avons environ 1700 espèces. Le chiffre varie chaque année, car on en perd et on en réintroduit. On essaie de représenter toutes les plantes du globe, par famille et par zone géographique. Nous avons une zone méditerranéenne avec, par exemple, des oliviers et des caroubiers.

Et une zone tropicale, avec un couvert végétal à une certaine hauteur et des plantes très basses, à ras du sol, un peu comme dans la forêt amazonienne. Notre arrosage maintient une humidité constante. Plus on monte, plus il y a de plantes, car plus il y a de lumière. On a de nombreux ficus, très grands ; on a aussi des plantes épiphytes, des broméliacées…

 

Vous avez une zone aquatique…

Oui, avec des bassins et des plantes comme les nénuphars géants Victoria amazonica dont les plateaux de 1 m 50 à 2 m de large peuvent supporter un bébé de 3 k. Ce sont mes préférées. Elles font de magnifiques fleurs qui s’ouvrent deux fois : le premier jour, elles sont blanches et le lendemain, elles sont légèrement rosées. C’est comme cela qu’elles sont pollinisées, en enfermant un insecte entre leurs pétales toute la nuit.

Nous avons aussi une zone de xérophytes, des cactus et plantes qui n’ont pas besoin d’eau. Ils proviennent des déserts mexicains, d’Australie, d’Afrique du Sud… Et enfin, une zone de fruitiers tropicaux où on a essayé de regrouper tout ce qui est fruits d’Amérique du Sud : des avocats venant du Mexique, des goyaviers (Psidium) à baies rouges orange ou jaune, des Solanum à fruits orange qui viennent d’Équateur, des arbres à litchis, des papayers. Parmi ces derniers, certains, venus d’Amérique du Sud, donnent de très gros fruits, d’autres des fruits minuscules.

 

Val Rahmeh, bambous ©Valérie Collet

 

Avez-vous des plantes particulièrement rares ?

Notre plante la plus rare c’est le Sophora toromiro. Il appartient à la même famille que les mimosas. C’est une plante qui ne vivait que sur l’île de Pâques et qui a complètement disparu à cause du changement de biotope provoqué par la présence de l’homme. Des chercheurs suédois ont retrouvé des graines de cette plante dans un volcan ; ils les ont fait germer, les ont multipliées et les ont données à toutes les grandes institutions, dont le Muséum. Ce dernier en a gardé un plant à Paris et en a donné un au Val Rahmeh où nous l’avons mis en plein air.

 

Le Val Rahmeh sous la neige ©Valérie Collet

 

En février, l’an dernier, vous avez eu de la neige et un froid qu’on n’avait pas connu ici depuis 30 ans. Le jardin a-t-il beaucoup souffert ?

Nous avons eu 4 cm de neige, en effet, pendant un peu moins d’un jour et demi et la température est descendue à -2°, heureusement pendant quelques heures seulement. Habituellement quand il fait froid, la température descend à 0° ou -1° pendant la nuit, mais à 10h du matin, il fait 6 ou 7° !  Cela n’a pas été le cas cette fois. Du coup, deux gros dragonniers (Dracaena) de plus de cinquante ans sont morts. Nous pensions qu’ils avaient survécu, mais leur tronc a commencé à pourrir huit mois après cet épisode neigeux. Nous avons dû les abattre.

Pamplemousses sous la neige ©Valérie Collet

Quelques succulentes n’ont pas supporté la neige et de nombreux feuillages ont brûlé  comme celui des Datura, Monstera ou  les fougères arborescentes. Mais ils ont refait des feuilles 2 ou 3 mois après. On a taillé, rabattu ; pas mal de plantes sont reparties de la souche. Depuis le mois de septembre, le jardin est pratiquement redevenu comme avant, même si cet hiver 2018-2019, les agrumes donnent moins de fruits.

 

Combien de sortes de palmiers avez-vous ? Sont-ils en bonne santé?

Nous en avons 80 espèces, dont le Phoenix canariensis attaqué par le charançon rouge. Une fois que son cœur est mangé par ce petit insecte, le palmier meurt. Donc on les traite tous les mois pour pouvoir sauvegarder cette espèce (mais le charançon, en fait, peut s’attaquer à une cinquantaine de palmiers différents). C’est le grand problème de Menton, actuellement, qui, comme l’oblige la loi sur les jardins publics, effectue des traitements bio et risque de perdre tous ses palmiers.

Pourquoi ? Ces traitements bio sont-ils inefficaces ?

Nous les avons essayés pendant deux ans et malheureusement, ils n’ont pas été concluants. C’est pourquoi nous sommes revenus à un traitement chimique (pour les palmiers uniquement, car pour tout le reste nous sommes complètement bio). Pendant trois ans, nous avons injecté le produit à l’intérieur du palmier et maintenant nous commençons à asperger sa tête. Nous le faisons avec une lance de 15 mètres de haut, quand le jardin est fermé. Le charançon se répand un peu partout. Il est parti d’Asie, est passé par l’Afrique puis l’Europe où il est descendu jusqu’en Espagne. Il faut continuer à traiter pour sauver l’espèce, même s’il y a tout de même moins d’attaques depuis 5 ans. 

 

Jardin Botanique Val Rahmeh, Avenue Saint Jacques, 06500 Menton. Tél.: 04 93 35 86 72.

Se visite toute l’année. Renseignements : ICI 

 

"Lien

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