Votée en 2015, la loi Labbé a été appliquée en deux temps. Interdiction pour l’État, les collectivités locales d’utiliser des pesticides dans les espaces verts, les forêts, les promenades depuis 2017. Interdiction pour les particuliers d’acheter, de détenir et d’utiliser des pesticides depuis le 1er janvier 2019. Le biocontrôle est donc devenu un enjeu économique majeur. Les entreprises ont dû s’adapter. Le point sur les recherches, les produits disponibles, les pistes à explorer avec Guillaume Roth, président de Evergreen Garden Care, et de l’UPJ (Union des Entreprises pour la Protection des Jardins et des Espaces Publics).

Hortus Focus. Qu’est-ce que le biocontrôle ?

Guillaume Roth. La définition est assez large. Un produit de biocontrôle est fabriqué ou élaboré à partir de principes actifs naturels, d’origine végétale (comme l’huile de colza) ou animal (nématodes qui luttent contre les limaces ou le charançon du palmier). Les bactéries font partie du panel. Le plus connu de ces micro-organismes, c’est le bacille de Thuringe (Bacillus Thurengiensis) qu’on utilise dans la lutte contre les chenilles processionnaires du pin et la pyrale du buis qui ravage parcs et jardins. Il y a enfin les pièges à phéromones. Les phéromones ce sont des substances que tout être vivant dégage naturellement, les hommes les femmes, les mâles, les femelles. Nous savons synthétiser les phéromones femelles qui vont attirer et piéger les mâles et ainsi, limiter la population d’insectes, notamment le carpocapse qui touche les arbres fruitiers.

menthe

menthe ©hanhanpeggy

Et du côté des principes actifs d’origine végétale, où en est-on ?

On connaît à la fois déjà beaucoup… et encore très peu ! Le pyrèthre de Dalmatie (Tacacetum cinerariifolium) est connu, par exemple, pour son principe actif répulsif et insecticide. On connaît également le principe actif de l’huile de menthe, l’efficacité des purins d’ortie et de consoude

Oui, mais on a connu aussi la roténone, retirée du marché pour sa toxicité…

Eh oui ! Cette substance active, produite par certaines plantes tropicales, s’est révélée toxique pour de nombreux animaux  à sang-froid comme les grenouilles. Elle est interdite depuis plus de dix ans. J’insiste souvent sur cet aspect : produit naturel ne signifie pas produit inoffensif ! Tout produit naturel a une action et il est potentiellement dangereux si on l’utilise d’une mauvaise façon, s’il est mal dosé. 

Manque-t-on alors de recul et de retour d’expériences ?

On a un peu de recul, mais pas toujours sur 10, 20 ou 30 ans en termes de chimie naturelle. 

Quelles sont les étapes principales avant la mise sur le marché de produits de biocontrôle ?

Vous savez, la recherche est souvent fonction de pur hasard. L’exemple de la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en est un bel exemple. C’est en examinant une culture de staphycoloques  que ce médecin écossais  a découvert l’action antimicrobienne du champignon Penicillium… Dans le domaine du biocontrôle, c’est la même chose. Les chercheurs se fondent sur la bibliographie et sur les connaissances que nous avons du monde.

Si une tribu amazonienne utilise telle feuille, telle racine pour telle action, on va étudier le principe actif puis lui adjoindre des co-formulants, naturels eux aussi. Un produit, c’est le résultat d’une combinaison entre principes actifs et co-formulants. Toujours. Donc, en laboratoire, on élabore des formulations qui vont être testées durant plusieurs années pour démontrer leur efficacité, mais aussi leur absence de toxicité sur les plantes et les utilisateurs. Il arrive parfois qu’une formulation doive être refaite, car les tests révèlent un risque pour l’utilisateur ou les végétaux.  Nous travaillons aussi beaucoup sur les dosages, sur les conseils qui figurent sur les emballages. Pour éviter les erreurs, on développe beaucoup les solutions prêtes à l’emploi. 

©monkeybusinessimages

En moyenne, combien d’années avant la mise sur le marché d’un produit ? 

Entre 5 et 10 ans. Quand la formule est satisfaisante, quand tous les tests sont effectués (pendant deux ans), un dossier est déposé auprès des ministères de l’Agriculture et de la Santé. Des études sont ensuite menées par des experts indépendants. De leur décision dépendent l’homologation et la mise sur le marché. Entre le dépôt du dossier et l’autorisation du produit, il peut s’écouler 2 ans. 

Chez Evergreen Garden Care, où et comment testez-vous les produits ?

Pour avoir un produit homologué en France, il faut qu’il soit testé sur les deux zones climatiques, sud et nord. Nous disposons  de stations d’expérimentation qui doivent être reconnues “bonnes pratiques d’expérimentation” et qui sont contrôlées tous les ans. Nous travaillons sur des parcelles-témoins de culture, une sur laquelle est appliqué le produit, l’autre non. Nous testons le produit sur les mêmes plantes à différents dosages et nous comparons les effets, y compris avec ceux d’autres produits d’autres marques. En ce qui concerne la toxicité sur l’homme, on ne fait pas évidemment d’essais sur les humains. Tout est fondé sur des critères physico-chimiques.

Existe-t-il des pistes de recherches plus prometteuses que d’autres ?

Oui, nous travaillons sur des huiles végétales qui pourraient notamment intervenir dans les pratiques de désherbage. Il n’existe pas encore, par exemple, de solution de désherbage sélectif. L’acide pélargonique a une action sur toutes les plantes. Nous cherchons donc des principes actifs qui feront la différence entre les monocotylédones et les dicotylédones ou qui empêcheraient la germination d’adventices. Il y a encore beaucoup de pistes à explorer pour parvenir également à traiter les maladies. Actuellement, les traitements reposent beaucoup sur des actifs minéraux comme le cuivre et le soufre.

Je ne vais pas être très politiquement correct sans doute, mais je trouve qu’on ne parle pas assez des risques liés au cuivre qui est un métal lourd. En user, d’accord ; en abuser, non ! On sait par exemple que le cuivre est largement utilisé en viticulture bio et ce n’est pas forcément l’idéal pour la santé humaine. Il y a aujourd’hui beaucoup de recherches menées pour trouver des solutions alternatives au cuivre.  

La chimie de synthèse nous permettait d’avoir un panel de principes actifs relativement large. Avec le biocontrôle, on est sur moins de 20 principes actifs différents. Les recherches n’en sont en fait qu’à leurs débuts. 

La société Evergreen Garden Care commercialise les marques Fertiligène, KB, Naturel, Round-up (dont tous les produits disponibles en France pour le jardin amateur ont été reformulés en biocontrôle). 

 

 

 

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