Réclamer la terre !

Réclamer la terre : expo
Thu-Van Tran - From Green to Orange - 2014 ©Isabelle Vauconsant

Réclamer la terre ! Réinventer le lien des êtres humains au vivant, voilà le défi le plus stimulant auquel se trouve confrontée notre humanité. 14 artistes s’emparent de la question et tentent de  penser les mondes au-delà de la division entre nature et culture. De la matérialité des éléments, ils tirent un cri, expression de l’urgence climatique. Des liens entre le corps et la terre, ils recherchent l’alliance, la complémentarité et la bienveillance avec une planète qu’il ne s’agit plus de dominer, mais d’habiter. 

“Réclamer la terre”, voilà un cri bien jardinier !

 

À la recherche des racines de la sagesse.
À la recherche des émotions enfouies. 

Cette exposition explore d’autres modes d’être au monde, venus des cultures autochtones et d’autres façons de se penser au sein du vivant. Il s’agit de sortir d’une pensée ethnocentrée, donc discriminatoire pour offrir un regard plus global; sortir de la dichotomie occidentale qui nous a tous construit de la séparation conceptuelle entre nature et culture pour repenser le monde comme un habitat et non comme une ressource.

Réclamer la terre, c’est un cri !

Ce cri est un appel à la considération pour le Vivant : végétal, animal, mais aussi eau et reliefs, parce humains et non-humains ont un avenir tissé.

Parce que notre avenir est intrinsèquement mêlé, voire emmêlé, les rapports de domination à l’œuvre depuis des siècles, conduisent les humains à leur perte. Il est temps de repenser notre relation au monde en termes d’alliance, de complémentarité, de collaboration… Nous sommes les pièces parmi d’autres d’un écosystème à l’équilibre instable, mais néanmoins fortement résilient.

Que signifie résilient

La résilience est cette faculté qu’à un système à s’adapter au réel pour retrouver son équilibre. Le vivant est profondément structurellement résilient. Lorsqu’une espèce ne prend pas soin d’elle ou perturbe trop l’écosystème, elle disparaît.

Nous n’avons donc d’autres choix que de rejoindre une place tenable pour l’humanité parce que suffisamment respectueuse du milieu qui nous accueille. Voilà la démarche à laquelle nous convie cette exposition. Chacun de ces artistes nous rappelle que notre mode de vie fondé sur une économie capitaliste, extractiviste et sur la compétition n’est pas viable. Tous nous invitent à “Réclamer la terre !” et à rendre à toutes les formes de vie leur puissance d’agir.

Des artistes et des matières

Les 14 artistes rassemblés travaillent le bois, la terre, les plantes, les coquillages, les minéraux, une matière dite “naturelle” qu’ils transcendent métaphoriquement.

Abbas Akhavan,

avec Study For a Monument, en cours depuis 2013, construit un monument aux végétaux disparus ou en voie de disparition sur les rives du Tigre et de l’Euphrate. Il présente ses œuvres en bronze sur des draps blancs, comme des fragments d’obus sur des linceuls.

Abbas Akhavan - Study for a Monument - 2013 en cours
Abbas Akhavan - Study for a Monument - 2013 en cours - Bronze coulé, draps de coton blanc ©Dimitri Kalioris
Daniela Ortiz - The rebellion of the roots - 2020 ©Isabelle Vauconsant
Daniela Ortiz - The rebellion of the roots - 2020 ©Isabelle Vauconsant

Daniela Ortiz,

dans sa série Rebellion of the roots, met en scène des plantes “séquestrées” dans les jardins botaniques, mais nourries et protégées par les esprits des peuples victimes du colonialisme européen. C’est un appel pressant à un changement politique et à la résistance au système actuel, responsable des la dégradation de la nature, mais aussi de cette domination culturelle. Dans chacune des scènes, les relations sont multiples entre les vivants et la terre.

Tabita Rezaire,

avec son centre de guérison Amakaba, en Guyane française, et Yussef Agbo-Ola, avec son cabinet d’architecture et de design Olaniyi Studio imaginent une architecture contemplative. Nono : Soil Temple (2022) est fait de fils et de terre. La terre se situe au centre de l’espace tissé et ajouré, comme un centre sacré destiné à la guérison de soi, par le sol, la terre mère. Dans les poches de la tente, des poignées de terre contribuent à créer le lien. Cet espace est conçu pour repenser les relations que nous entretenons avec le Vivant. Un peu d’humilité nous est offerte pour repenser en termes de cohabitation plutôt que de colonisation. À penser…

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Tabita Rezaire - Amakaba × Olaniyi Studio, Nono: Soil Temple, 2022 ©Isabelle Vauconsant
Expo : Réclamer la terre
Megan Cope -Untitled (Death Song) - 2021 ©Isabelle Vauconsant

Kate Newby

Lots to do here – 2019 : par “Réclamer la terre” retrouve le terme Reclaim, issu des mouvements écologiques et écoféministes des années 70. Cette Néo-Zélandaise travaille à partir de matériaux locaux qu’elle glane au gré de ses pérégrinations. Elle entend réhabiliter, mais aussi se réapproprier les éléments d’un monde abîmé, dévalorisé par ceux-là même qui en fond commerce. Elle aussi remet les humains dans la nature : ni au-dessus ni en dessous. Hommes et femmes égaux parmi les vivants.

Expo : Réclamer la terre
Kate Newby - Lots to do here - 2019 ©Isabelle Vauconsant

Megan Cope

est Aborigène Quandamooka – Australie. Son travail est une alerte et porte sur les espèces d’oiseaux en voie de disparition. Elle nous propose un chant, leur chant comme un cri de notre planète en danger. Elle est là pour “Réclamer la terre” avant que nous soyons à un point de non-retour.

 

Or, avec 6 limites planétaires sur 9 déjà franchies, nous avons déjà passé des points de non-retour. Et la question qui se pose aujourd’hui, c’est donc comment va-t-on faire autrement ?

Huma Bhabba - God of Some Things - 2011
Huma Bhabba - God of Some Things - 2011 ©Isabelle Vauconsant

Huma Bhabha

nous offre ces géants. Ce New-Yorkais, né en 1962, décrit ses sculptures comme des « personnages » qui, par leur matérialité, leur construction brute et leurs références à l’histoire de la sculpture, permettent des projections de l’imagination. Ses influences sont assez  éclectiques de la sculpture classique et africaine aux œuvres des modernes comme Picasso, Brancusi ou Giacometti. Il ne renonce pas aux influences issues de la science-fiction. Ses personnages nous racontent cette puissance d’agir que nous devons rendre au milieu. Ils ne sont ni homme, ni femme ou sans doute l’un et l’autre, l’humanité, son passé et son avenir… Totems, veilleurs, sages… tout est possible.

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L’artiste Inuk asinnajaq

est présente au Palais de Tokyo pour “Réclamer la terre” via une vidéo Rock piece (Ahuriri edition) (2018), qui fait le lien entre terre et corps. Dans un mouvement cyclique, le corps de l’artiste se couvre et se découvre avec des galets. Elle nous convie au cycle de la vie et de la mort. Né.e.s de la terre mère, nous y retournons. Entre les deux, le respect s’impose !

ASINNAJAQ_01 et 02 asinnajaq, Rock Piece (Ahuriri Edition), 2018, Vidéo, 4’02’’, Courtesy des artistes
ASINNAJAQ_01 et 02 asinnajaq, Rock Piece (Ahuriri Edition), 2018, Vidéo, 4’02’’, Courtesy des artistes
Sébastian Calfuqueo - le genre et l'eau
Sébastian Calfuqueo - Kowkülen - 2020 ©Isabelle Vauconsant

Sebastián Calfuqueo

est un artiste mapuche du Chili. C’est avec une vidéo, Kowkülen (Liquid Being) (2020) qu’il invite à la réflexion poétique autour de l’eau, source de vie, menacée. En relation avec l’eau, il ne s’agit pas de “Réclamer la terre” en tant que telle, mais d’y fondre le corps et le genre dans un tout fluide.

Le Karrabing Film Collective

a été fondé en 2012 par les membres d’une communauté rurale aborigène et une anthropologue américaine, Elizabeth A. Povinelli. Ils vivent dans le nord de l’Australie et ont pour but de déjouer l’histoire officielle et les lois australiennes pour défendre leur identité. Ils revendiquent fortement non seulement des droits, mais aussi la puissance de l’imaginaire de leur culture.

Karrabing Film Collective - The Family ( A Zombie Movie) - 2021
Karrabing Film Collective - The Family ( A Zombie Movie) - 2021 ©Isabelle Vauconsant
Dale Harding avec Jordan Upkett, Wall Compositions from Memory, 2018 Ocre sur mur. Vue de l’exposition « From Will to Form », 6e Biennale de TarraWarra, 2018 Courtesy de l’artiste et Milani Gallery (Brisbane) ©Isabelle Vauconsant
HARDING D_01 D Harding avec Jordan Upkett, Wall Compositions from Memory, 2018 Ocre sur mur. Vue de l’exposition « From Will to Form », 6e Biennale de TarraWarra, 2018 Courtesy de l’artiste et Milani Gallery (Brisbane) ©Isabelle Vauconsant

D. Harding

porte l’histoire des Aborigènes du Queensland en Australie. L’artiste trouve ses origines dans les peuples Bidjara, Ghungalu et Garingbal. Son exploration porte sur les réalités sociales et politiques, et sur la matrilinéarité.

Solange Pessoa

est brésilienne, d’une région envahie par les chercheurs d’or au XVIIe siècle. Elle crée à partir de matériaux naturels comme l’argile, la stéatite, la mousse végétale, les plumes ou le crin de cheval, mais aussi de bronze. Pour elle, ces matériaux appartiennent au monde. Ils doivent être observés et découverts avant d’être travaillés. L’énergie et le mouvement sont le suc de son imagination poétique. Pour Catedral, l’œuvre présentée au Palais de Tokyo, ce sont des centaines de kilomètres de mèches de cheveux qui ont été tissées. Dans sa région, les cheveux humains étaient souvent employés dans les représentations de saints et les offrandes religieuses.

Solange Pessoa - Catedral - 1990 -2003
Solange Pessoa - Catedral - 1990 -2003 ©Isabelle Vauconsant

Thu-Van Tran,

pour l’exposition “Réclamer la terre“, a imaginé un panorama végétal inspiré par un plafond peint du Palazzo Grimani à Venise. Dans cette œuvre vénitienne s’entremêlent des arbres fruitiers. Dans son œuvre Green to Orange, l’artiste nous invite à rejoindre, de l’intérieur, un écosystème prolifique, généreux tout autant qu’il est fragile. Elle l’exprime en passant du vert vers l’orange, de plus en plus rouge, comme le danger qui se précise. Vietnamienne, elle a observé les effets de la dioxine déversée  sur les forêts par l’armée américaine tant sur les corps que sur les sols. Pour elle la notion de toxicité est importante à interroger, celle des plantes et celle de notre tentation du nocif.

Thu-Van Tran, From Green to Orange (2014) Photographie, Alcool, colorant, rouille ©Isabelle Vauconsant
Thu-Van Tran, From Green to Orange (2014) Photographie, Alcool, colorant, rouille ©Isabelle Vauconsant
WATSON Judy_02 Judy Watson, memory scar, cotton tree leaf, grass, brachychiton Illawarra flame tree pods, 2020, Indigo, acrylique, pigment et liant acrylique sur toile, 180 x 148.5 cm, Courtesy de l’artiste et Milani Gallery, Brisbane, Crédit photo : Carl Warner © Adagp, 2022
WATSON Judy_02 Judy Watson, memory scar, cotton tree leaf, grass, brachychiton Illawarra flame tree pods, 2020, Indigo, acrylique, pigment et liant acrylique sur toile, 180 x 148.5 cm, Courtesy de l’artiste et Milani Gallery, Brisbane, Crédit photo : Carl Warner © Adagp, 2022

Judy Watson

réfléchit avec l’eau. Aborigène Waanyi (nord-ouest du Queensland – Australie), elle aborde la crise écologique en cours au bord des marais, le long des ruisseaux et des rivières. La sécheresse prend la forme d’une brûlure, d’une combustion exprimée par les traces de rouille ou de fer à repasser. Elle explore le lien inextricable entre la souveraineté des peuples autochtones et le fait de “Réclamer la terre !“. L’eau fait pleinement partie de l’histoire coloniale du point de vue des colonisés puis qu’elle a souvent servie de monnaie d’échange voire plutôt de chantage. L’eau est aussi cette ressource vitale, et parfois magique !

Yhonnie Scarce

travaille sur la nature politique du verre. Aborigène Kokatha et Nukunu, elle est particulièrement sensible à la cristallisation du sable du désert suite aux essais nucléaires anglais à la fin des années 50 et début des années 60. Ces essais sont responsables de contaminations importantes des sols, des végétaux et animaux et surtout des populations aborigènes de la région.

SCARCE Yhonnie_02 Yhonnie Scarce, Cloud Chamber (détail), 2020, 1000 ignames en verre soufflé, acier inoxydable, fil renforcé, dimensions variables. Vue d’installation, TarraWarra Museum of Art (Healesville). Courtesy de l’artiste et THIS IS NO FANTASY (Melbourne). Crédit photo : Andrew Curtis
SCARCE Yhonnie_02 Yhonnie Scarce, Cloud Chamber (détail), 2020, 1000 ignames en verre soufflé, acier inoxydable, fil renforcé, dimensions variables. Vue d’installation, TarraWarra Museum of Art (Healesville). Courtesy de l’artiste et THIS IS NO FANTASY (Melbourne). Crédit photo : Andrew Curtis

Réclamer la terre jusqu’au 4 septembre 2022, Palais de Tokyo à Paris

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