François Lasserre est entomologiste, vice-président de L’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) et auteur de nombreux livres sur les insectes, dont le dernier est Facettes fascinantes de belles bêtes. Aujourd’hui, il nous parle de son livre, mais aussi de sciences participatives et nous convie toutes et tous à y participer !!!
Vice-Président de l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement), François consacre une grande partie de sa vie à réhabiliter, à transmettre aux humains un peu d’amour pour les insectes. L’injustice flagrante qui les frappe le met même souvent en colère. Car les insectes, rappelons-nous, subissent un effondrement majeur de leurs populations, quand ils ont le droit de vivre autant que nous et assurent en grande partie notre vie à nous. Or, nous sommes pleinement responsables de cet effondrement.
Hortus Focus, dans le cadre de tables-rondes de 4 SAISONS DU VÉGÉTAL, à l’Académie du climat, a reçu François Lasserre pour discuter de la sexualité des plantes et des insectes !
Qu’est-ce que l’OPIE ?
L’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) est une association nationale de protection de la nature et d’éducation à l’environnement spécialisée sur les insectes. Pierre Grison le fonde en 1969 avec des spécialistes de diverses matières au service des entomologistes professionnels et amateurs. Agréé au titre de la protection de l’environnement et celui d’association complémentaire de l’enseignement public, l’Opie compte aujourd’hui plus de 2000 adhérents et une équipe d’une vingtaine de salariés. Son statut d’expert sur les insectes et leur conservation lui permet de mener des actions au niveau national pour faire connaître et protéger ces animaux dans les politiques publiques et auprès de tous les publics.
“C’est une histoire de passionnés qui se sont donné comme mission l’étude et la connaissance d’une part, et l’éducation et la sensibilisation d’autre part. Dans le cadre de la connaissance, l’OPIE pilote « En quête d’insectes », un projet qui implique directement le grand public dans la recherche d’information sur les insectes, dans la nature. Il s’agit de reconnaître 4 types d’insectes : le lucane cerf-volant, la Rosalie des Alpes, la Laineuse du prunellier et les phasmes français, et d’en informer les scientifiques via une plateforme informatique. C’est grâce à la participation des citoyennes et des citoyens que nous avons fait une cartographie, toujours en évolution, de ces insectes.“
HF : “En quête d’insectes” est-il ce qu’on appelle un projet de sciences participatives ?
FL : oui, “En quête d’insectes” est un projet de sciences participatives. C’est une forme de production de connaissances scientifiques auxquelles des acteurs non scientifiques, des citoyens, individuellement ou en groupes, participent de façon active pour contribuer au travail des scientifiques. Ça nous permet de faire des avancées formidables dans la connaissance. Imaginez comme il est difficile d’observer le monde sauvage. Celui des insectes, par sa diversité et sa petite taille, l’est plus encore. Alors, quand un randonneur ou une randonneuse nous envoie la photo de la lucane au fin fond d’un massif montagneux, c’est une vraie chance. J’essaie d’expliquer au public à quel point ce petit instant qu’il nous consacre est précieux.
HF : D’autres programmes existent ?
FL : Nous administrons Spipoll, un programme de sciences participatives lancé en 2010 avec le Muséum national d’histoire naturelle. Le SPIPOLL a pour but d’étudier les réseaux de pollinisation, les interactions entre plantes et insectes, et entre les visiteurs des fleurs eux-mêmes. Le sujet des pollinisateurs est peu à peu entré dans les préoccupations. L’effondrement des populations a réveillé l’opinion publique, mais il passionne de nombreuses personnes depuis près de 15 ans. Sur Spipoll, nous avons 10 000 inscrits et surtout un noyau dur de 1000 personnes qui alimentent régulièrement l’étude.
HF : Tout le monde peut participer à Spipoll ?
FL : Oui et à n’importe quel âge à partir de 6 ans environ. Et il n’est pas utile d’avoir des connaissances en insectes. Nous avons conçu un programme très facile et très ludique. Je suis animateur et j’accompagne des groupes de tous âges et je peux confirmer que ça plaît à tout le monde. Ça fonctionne avec un simple téléphone. On se poste devant un massif de fleurs de la même variété qui intéresse manifestement les insectes, sans bouger. Pendant 20 minutes, on photographie tous les insectes qui passent sur ces fleurs. Un chrono, associé à l’application, permet de ne pas dépasser le temps. Étonnement, ça passe très vite 20 minutes ! C’est ce que disent les spipolliens.
Au bout des 20 minutes, une belle collection de photos, qu’on appellera galerie, est constituée. À l’étape suivante, le spipollien fait un tri grâce à l’aide à l’identification que nous avons mise en place. Et hop, on envoie sa galerie dans Spipoll.
C’est à ce moment que les scientifiques interviennent pour contrôler et éventuellement corriger les informations.
Ce qui est formidable dans ces programmes de sciences participatives, c’est que vous aidez les scientifiques. Et en retour, ils vous transmettent une partie de leurs connaissances. Vous devenez ultra calé et, si vous persistez, les insectes pollinisateurs n’auront plus de secrets pour vous.
HF : les résultats scientifiques sont-ils intéressants ?
FL : C’est un programme qui a permis de publier plusieurs études scientifiques dans différentes revues. Nous avons ainsi découvert des abeilles auxquelles nous ne nous attendions pas sur les photos. Ces abeilles sont trop discrètes pour être observées et photographiées par les scientifiques qui n’ont jamais assez de temps de terrain. On a aussi découvert des qualités spécifiques au lierre grimpant, particulièrement aimées de certains pollinisateurs.
Ce que nous constatons, c’est que, lorsqu’on commence, on se prend au jeu. Au début, on avait des fans de photos en macro, puis le téléphone a permis à tout le monde de participer. Chacun peut faire quelque chose d’important et d’utile.
HF: Les participants perçoivent-ils le côté ludique ?
FL : Absolument ! Les enfants adorent ça dès le primaire. La seule difficulté est de les tenir 20 minutes sur le même massif. Ils ont tendance à vouloir suivre les insectes. Mais, une fois qu’on leur a bien expliqué qu’il faut rester sur le même massif, ça les amuse beaucoup. Les adultes sont aussi très sensibles au jeu que représente la constitution d’une galerie. C’est l’occasion d’une sensibilisation extraordinaire à la beauté des insectes. Je constate que, lorsque les gens commencent à regarder, leur sensibilité se réveille.
Je suis entomologiste et auteur, et c’est un travail continu pour moi de faire découvrir ces animaux. Ils sont à la fois indispensables à la vie des écosystèmes, mais aussi tellement chouettes et inoffensifs. Et puis, on peut créer une galerie Spipoll n’importe où, sur son balcon ou en rando dans le Jura. Et quand vous êtes seul dans un champ, vous savez que vous êtes le seul à avoir pu faire les photos que vous envoyez.
HF : l’information qui circule sur l’effondrement des populations non humaines produit-elle une prise de conscience ?
FL : Je le crois oui. Pas assez, pas assez vite, mais tout de même le questionnement est réel. Moi, je fais de l’éducation à l’environnement. C’est un métier dont les progrès sont lents. Il faut faire évoluer l’image que les gens ont de la nature et des animaux. Notre culture nous maintient à l’écart depuis des siècles et nous a fait croire que le rôle des humains étaient de dominer tout le reste. On s’aperçoit aujourd’hui qu’on s’est trompé de posture. Mais bien sûr, c’est très long de déconstruire des discours de peur, de dégoût, d’agressivité qui sont là depuis des siècles et nous séparent de tous les autres habitants de la planète.
C’est l’objet de mon dernier livre “Facettes fascinantes de belles bêtes” dans lequel j’ai choisi 24 animaux. Pour chacun d’eux, je propose 4 points de vue : celui des gens normaux, celui des mammalogistes, celui des écologues et enfin, celui des animalistes. L’idée est de décentrer le regard sur des animaux comme le loup ou le moustique qui n’ont pas toujours bonne presse.
Facettes Fascinantes de Belles Bêtes
Ce titre intrigue et décrit en même temps fort bien l’intention de l’auteur. Il propose des regards différents sur quelques animaux et nous encourage à nous demander comment nous les regardons.
Que ressentons-nous devant un frelon, sommes-nous conscients de son rôle dans la nature ? Que savons-nous vraiment de lui ? Et le rat, et le loup
Réagissons-nous de manière rationnelle ? Sommes-nous les héritiers d’une culture qui nous a éloignés de la plupart des animaux ? Comment mieux les aimer et les respecter ?
4 points de vue sur chacun d’eux vous amèneront à mieux les comprendre et sans doute à mieux les aimer. Animateur nature en plus d’auteur, notre entomologiste tente de nous amener à la compréhension à la fois sensible et scientifique de ce monde non humain qui ne se résume ni aux bébés phoques, ni aux baleines ou aux éléphants.
















