Mimosiste, un métier pas comme les autres

© Valerie Collet

Alors que la saison du mimosa bat son plein, nous nous sommes rendus chez les Reynaud, une famille de mimosistes installée dans les collines de Pégomas et de Tanneron, qui pratique le métier depuis trois générations. Cécile nous en livre les subtilités et nous conte l’histoire de sa famille.

mimosiste - Cécile Reynaud préparant des bouquets ©Valérie Collet

Racontez-nous un peu votre métier de mimosiste… Pas facile, n’est-ce pas ?

Cécile Reynaud : C’est vrai qu’on travaille dans un contexte un peu hostile, dans des terrains qui sont tout en pente, avec beaucoup de pierres. Et on fait tout au sécateur… C’est physique. Mais on y arrive quand même. Notre métier de mimosiste est contraignant, mais on l’aime. Il demande beaucoup de passion et des nerfs solides !

Quelles sont les principales difficultés  ?

À La Colline des Mimosas, nous avons une production uniquement de plein air, donc on a toujours un peu le temps contre nous. En début de saison il fait frais. De ce fait, les quinze premiers jours, en général à partir du 15 décembre, on fait fleurir le mimosa nous-mêmes artificiellement (on le « force ») pour éviter d’avoir à attendre sa floraison naturelle, 15 ou 20 jours plus tard. Pour éviter aussi, quand il se met à faire plus doux, que tout le mimosa fleurisse en même temps, ce qui nous ferait perdre des tonnes de marchandise.

La cueillette du mimosa est-elle délicate?

C’est vrai qu’il ne faut pas récolter les yeux fermés. Sinon, une partie des fleurs va s’ouvrir et l’autre non (ou trop tard). Il faut percevoir le degré de maturité de l’arbre et de la fleur, juger le vert qui est plus ou moins vert… Il faut être quasiment sûr qu’il fleurisse.

Ensuite c’est le forçage…

Après la cueillette du mimosa tout en bouton, on l’humidifie. On le recouvre de plastique et on le fait passer dans une sorte de garage chauffé (notre forcerie) entre 26 et 28 degrés. On surveille l’ouverture des fleurs, normalement 36 heures. Puis on le met au frais pour bloquer la floraison. La subtilité, pour le mimosiste,  est dans le degré d’humidité qu’on va apporter à la fleur (on l’inonde en début de saison, on lui met trois fois moins d’eau en fin de saison). Autre chose, il faut chauffer, mais pas trop. Si on chauffe trop, ça fait cuisson et ça grille la fleur. Ensuite on vend notre mimosa tel quel.

Retour de la cueillette et chargement d'un chariot avant trempage ©Valérie Collet
Retour de la cueillette et chargement d'un chariot avant trempage ©Valérie Collet
mimosiste - Mimosas en attente dans des seaux ©Valérie Collet
Mimosas en attente dans des seaux ©Valérie Collet

Combien de temps dure la saison du mimosa ?

Elle se termine fin février. Après cela on a deux mois d’entretien, on ramasse toutes les branches, on les broie, on nettoie, on taille. Et on attaque la deuxième saison : celle de l’eucalyptus qui dure six mois.

À combien s’élève votre production ? Combien d’hectares avez-vous ?

Il y a beaucoup de variations d’une année sur l’autre. On produit en moyenne entre 60 000 et 100 000 bouquets. Nous avons environ 30 hectares plantés moitié en mimosa, moitié en eucalyptus. Comme nous perdons de la marchandise en permanence, du coup, il faut qu’on ait beaucoup d’arbres, plantés à des endroits différents, sur des crêtes, exposées au soleil, pas exposé au soleil, à l’est, à l’ouest… C’est ce que nous permet notre exploitation qui couvre toute la colline.

Combien de variétés avez-vous ?

Essentiellement deux variétés : le ‘Gaulois d’Astier’, une variété tardive. Elle a été trouvée dans les talus par quelqu’un du Tanneron qui lui a donné son nom. Au début, on les sélectionnait un peu comme ça, à la sauvage. Et on en faisait des greffes qui se vendaient. Mon grand-père, par exemple, a acheté 50 arbres de cette variété. Et nous, la dernière fois, 3000 Gaulois. On l’aime bien, il nous convient. Ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres mimosistes.

On a aussi du ‘Mirandol’, plus précoce, et le petit vert de fin de saison, tout fin, tout long. Ce dernier est presque sentimental. On en a très peu.

Mimosas dans la nature ©Valérie Collet
Mimosas dans la nature ©Valérie Collet

Qui sont vos clients ?

Mes parents travaillaient surtout en exportation, avec la Hollande. Ils avaient de gros clients, peu nombreux. Mais on a trouvé que cette situation, certes confortable, était trop dangereuse. Du coup, aujourd’hui, on vend à 95% en France, auprès de gros fleuristes de la région, d’un point de vente à Rungis. On essaie aussi de quadriller la France sans chevauchement de clientèles. On fait de la vente directe, du gros : tous les circuits de distribution. Et on vend au même prix à tous. En faisant comme ça, ça va. On arrive à gérer les impondérables.

Le mimosa a-t-il des ennemis ?

Le fait de cultiver en plein air et en plein champ fait qu’on élimine tout ceux qu’on a en serre c’est-à-dire les champignons et les moisissures. Il peut y avoir des psylles, mais nous, on est passé à travers. On ne met pas d’engrais, on ne traite pas. Nos mimosas sont naturels. 

Les menaces, en fait, sont surtout climatiques. Les gros coups de gel, la neige, une tempête de vent peuvent endommager la fleur qui peut noircir. Trop d’eau au mois d’octobre ferait que la branche recommence à pousser et abandonne le grain, créant une sorte d’avortement naturel de la fleur. Mais bon, on est fatalistes. On ne maîtrise pas tout et c’est bien aussi. Ça fait cent ans qu’on le fait et on ne s’en sort pas si mal.

mimosiste - Les collines du Tanneron ©Valérie Collet
Les collines du Tanneron ©Valérie Collet

Racontez-nous l’histoire de votre famille

C’est ma grand-mère Léontine, maraichère, qui, pour compléter les revenus hivernaux, a décidé de cultiver le mimosa. Au début, ils cueillaient simplement la plante sauvage pour la parfumerie ou pour les bouquets. Et puis ils ont essayé de la cultiver. Et ça ne s’est jamais arrêté. Dès cette époque, dans les années 30, ils fournissaient les Halles de Paris. En train, en wagons frais. On mettait des pains de glace à l’avant et avec le déplacement de l’air, cela les réfrigérait entièrement. 

Le mimosa se vendait en vrac dans des paniers en canne où les branches étaient placées tête-bêche. Il était distribué aux vendeuses de rue ou aux vendeurs de marchés. Ma grand-mère expédiait aussi à Londres, en train et en bateau, jusqu’à Covent Garden. Même pendant la guerre, elle a continué à vendre du mimosa sur Paris. Mon père a repris. Ça ne s’est jamais arrêté.

Cécile, Fabien et Jean-Paul Reynaud ©Valérie Collet
Cécile, Fabien et Jean-Paul Reynaud ©Valérie Collet

Et vous, Cécile, êtes-vous mimosiste par vocation ou par obligation ?

On n’est pas mimosiste par obligation, sinon, on ne tient pas ! Personnellement, j’ai toujours voulu faire ça. J’ai des photos où on me voit, petite, tourner autour des tables avec le sécateur, au grand dam de ma grand-mère. Quand j’ai voulu commencer en 1985, deux années de gel se sont enchainées, produisant trois ans sans production avec zéro revenu. Cinq ans ont été nécessaires pour retrouver une production normale. Du coup, je me suis « perdue » dans le commerce pendant un temps. Comme je m’y ennuyais, je faisais pour mes parents la livraison aux MIN de Nice à trois heures du matin. Puis j’ai finalement intégré l’entreprise. Mon frère Fabien qui a 10 ans de moins, est arrivé juste après. Il est le dernier à avoir plongé dans les fleurs !

La Colline des Mimosas, 10 impasse des Arnauds, 06580 Pégomas

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