Le jardin de Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye

Il y a quatre ans, le jardin d’enfance de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, ressuscitait (ainsi que sa maison), grâce aux efforts de l’association de la Maison de Colette et à un formidable élan de solidarité. Nous l’avons visité, en juillet dernier, avec Frédéric Maget, le directeur des lieux. Un moment passionnant que nous vous livrons avec une émotion particulière. Fragilisés financièrement par la longue fermeture due à la situation sanitaire, la Maison et le jardin de Colette voient leur ouverture, au printemps, menacée. Ils lancent un appel aux dons… (voir à la fin de l’article)

 

La Maison depuis le jardin d'en face

La Maison de Colette depuis le jardin d’en face ©Valérie Collet

Le jardin de Colette fidèlement restitué 

“Reconstituer au plus près un jardin ancien n’est pas une tâche facile. Heureusement, nous avions des éléments sur lesquels nous appuyer. Nous avons travaillé avec l’architecte-paysagiste Françoise Phiquepal, spécialiste des jardins d’écrivain.

Comme pour la maison, nous avons tout d’abord relu l’œuvre (une cinquantaine de volumes) à la recherche des plantes, arbres et arbustes décrits par Colette. On avait des photos, et des dessins faits par Luc-Albert Moreau dans les années 1920-30 où on voit encore les jardins, même modifiés. Et dans le film Colette de Yannik Bellon, sorti en 1951, on en distingue aussi des fragments. 

Ensuite, grâce à des pépiniéristes spécialisés, nous avons pu acquérir les mêmes espèces que celles dépeintes dans l’œuvre, notamment des rosiers et des arbres fruitiers. Nous avons aussi planté des géraniums, des lupins bleus, des reines-des-prés, de faux bambous…”

 

Jardin-du-Haut et Ginkgo Biloba

Jardin-du-Haut et Ginkgo Biloba ©V.Collet

Le Jardin-du-Haut

“Ici, on cherche à constituer une sorte de sauvagerie au jardin. Les plantes doivent se confronter, se mêler les unes aux autres pour créer des tableaux végétaux. Ce que vous voyez est l’ébauche du jardin à venir. C’est un jardin qui a maintenant 4 ans. Mais il faudra attendre 10 ou 15 ans pour qu’il retrouve son aspect d’origine notamment à cause d’un certain nombre d’arbres à forte croissance. Au milieu de la pelouse, vous voyez le noyer, « le noyer à l’ombre intolérante, écrit Colette, dans lequel montait une clématite sombre. Vous remarquerez que nous y avons fait remonter une clématite violette.

Au fond, derrière le Catalpa, se trouve un araucaria, arbre d’Amérique du Sud dont les feuilles sont des épines assez acérées. Les singes pouvaient grimper en haut de l’arbre, mais jamais en descendre. D’où son surnom de « Désespoir du singe ». C’est un arbre exotique, très rare à l’époque. Sido, la mère de Colette, l’a payé très cher. Une vigne vierge y monte comme indiqué dans ses textes.

Près de la cuisine se trouve un autre arbre exotique, le Ginkgo biloba. Si rare que Colette, dans la cour de récréation de l’école de Saint-Sauveur, pouvait échanger ses feuilles caractéristiques en forme d’éventail contre des billes ! Contre l’allée, un frêne pleureur. Dans cette première partie du jardin, tous les arbres ont retrouvé leur emplacement. Elle était essentiellement fleurie, nous dit Colette, dans des tons de rouge, de rose et de violet « car ma mère au jardin ne tolérait que le rose et le rouge… ».

 

Glycine

La glycine ©Valérie Collet

Le Jardin-du-Bas

« Le Jardin-du-haut commandait un Jardin- du-Bas, potager resserré et chaud, consacré à l’aubergine et au piment, où l’odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, au parfum de l’abricot mûri sur espaliers… »(La Maison de Claudine). Quand on a racheté la maison, ce jardin était une piscine ! Il a fallu la détruire pour retrouver le potager de Sido, exposé plein sud.

Au loin, on voit les bois qui moutonnent. Le décor naturel de Claudine à l’école est lui-même conservé. Il y a même une promenade, le Sentier Colette, où on peut reprendre exactement le chemin que prennent la fillette et ses frères quand ils veulent échapper à la surveillance de Sido.

Le potager a été reconstitué d’après les textes, les photos et les dessins d’époque. Ce sont aujourd’hui les élèves de l’école primaire de Saint-Sauveur qui l’entretiennent pendant l’année.”

Une glycine plus que centenaire…

“Contre la grille, se trouve toujours la fameuse glycine chère à Colette. La seule en France à être protégée par les Monuments historiques en raison du nombre de textes que l’écrivaine lui consacre. « Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue des Vignes, eût dû défendre les deux jardins ; mais je n’ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l’air par les bras invincibles d’une glycine centenaire » écrit-elle dans La Maison de Claudine.

Cette glycine bicentenaire, tricentenaire même probablement, continue d’arracher la grille. Elle a désormais colonisé les deux ifs. On voit son feuillage vert tendre qui monte jusqu’au sommet. Lorsqu’elle fleurit en avril ou en mai, c’est un immense dôme violet qui se créée au-dessus des jardins et que l’on voit depuis tout le village. Nous la célébrons chaque année à l’occasion de la Journée des glycines.”

 

La Maison depuis le fond du jardin

La Maison depuis le fond du jardin ©Valérie Collet

Le fond du jardin

“Le fond du jardin était « noir de verdure ». On y trouve deux sapins, des thuyas et d’autres conifères qui vont former une masse très sombre d’ici une dizaine d’années. C’est là qu’on se protège des fortes chaleurs en été. Il est un lieu de découverte, d’émerveillement, c’est presque le temple de Sido, car quand on y pénètre, les enfants, les parents se taisent. Chacun est silencieux, attentif aux bruits, aux merveilles de la nature. Colette va faire ici provision d’un certain nombre de sensations qu’elle va ensuite retranscrire dans son œuvre.

Depuis le fond du jardin, on a une meilleure perception et compréhension des mots de l’écrivaine : « Une maison qui ne souriait qu’à son jardin… ». La maison de Colette, un peu revêche depuis la rue, prend ici un tout autre aspect. On est à l’écart du village, dans un univers clos, protégé par les arbres, que les passants ne peuvent pas voir. De très nombreuses anecdotes s’y déroulent…”

 

Devant la Maison de Colette

Devant la Maison ©Valérie Collet

Un jardin avec tombeaux…

“En voici une qui met en scène un personnage très poétique : le plus jeune des frères de Colette, Léopold. Lorsque Léo est enfant et même encore jeune homme, il a comme manie d’avoir des amis imaginaires qu’il fait tous mourir pour pouvoir organiser leur enterrement. Donc il n’est pas rare, dans ce jardin, de trouver des petites tombes en carton sur lesquelles il écrit des noms à la plume Sergent Major. Il leur invente des vies pour prononcer leur éloge funèbre à laquelle il invite sa sœur, à heure fixe. Elle est très amusée par tout cela. Mais lorsque Sido découvrira ces tombes dans SES jardins, elle sera folle de rage, les détruira d’un coup de râteau vengeur en criant au satanisme et au vampirisme de Léopold. « Tous mes enfants souffrent de déplafonnage » clame-t-elle. Le petit Léo, un peu dépité, se tournera alors vers sa sœur et dira « Moi, tu sais, je trouve ça triste, un jardin sans tombeau ! »

PLUS D’INFOS

La Maison de Colette, réouverture espérée le 17 mars 2021. Pour plus d’infos cliquez ICI. Pour faire un don, cliquez LA

En attendant, vous pouvez lire ou relire La Maison de Claudine, Sido et Pour un herbier, magnifiques livres de Colette imprégnés de nature et des sensations de son jardin.

Pour plus d’infos sur La Puisaye et la région Franche-Comté-Bourgogne, cliquez LA

 

 

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