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Frédéric Prévot, profession pépinièriste

profession pépiniériste
Isabelle Morand

Il est né en Afrique, a fait ses études dans le sud-est de la France et est installé depuis vingt ans dans le Lot. Il se consacre à la production de plantes adaptées à la sécheresse tandis que Mélie Portal, sa femme, cultive sa collection d’iris. Itinéraire de Frédéric Prévot, pépiniériste heureux (Senteurs du Quercy). 

Hortus Focus : Que te reste-t-il de ton enfance et ton adolescence africaines ?

Frédéric Prévot : Je suis né en Côte d’Ivoire où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans. J’ai découvert le jardin très jeune en fait. Mon père aimait beaucoup les plantes, ma mère aussi. J’ai évidemment des milliers de souvenirs, mais si je mets en relation mon enfance et ma profession, je me rappelle très bien avoir semé des radis. J’avais trois ou quatre ans, mon père m’a aidé à les semer. Je me souviens bien de leur récolte et de ma fierté. J’avais fait pousser quelque chose ! Il a dû se produire un déclic, car, par la suite, je me suis retrouvé à planter, cultiver, observer essentiellement des plantes aromatiques au départ. Quand on est petit, on a tellement de satisfaction à récolter et manger ce qu’on a semé et regardé pousser. De cette enfance, je conserve la mémoire de parfums, d’odeurs et senteurs. 

Comme avec l’armoise ‘Powis Castle’ ?

Ça, c’était plus tard. Mais je me souviens très précisément du moment où je l’ai sentie pour la première fois. Quand il y en a une dans le coin, je la sens immédiatement et je sens projeté je ne sais où, je ne sais comment… Pour moi, généralement, le parfum, les senteurs sont plus importants que le visuel. 

Profession pépiniériste
©NicoleCastleBrookus

L’atterrissage en France n’a pas été trop difficile ?

J’ai continué à baigner dans les plantes grâce à ma grand-mère qui était une excellente jardinière. Elle travaillait beaucoup avec des plantes sauvages. Nous avions un joli jardin en Provence que j’ai encore aujourd’hui. J’ai le souvenir d’un jardin planté de végétaux glanés dans un environnement proche. J’ai gardé cette habitude de me balader. J’essaye de trouver des plantes autour de chez nous dans le Lot. C’est pour cette raison que dans notre pépinière on trouve de nombreux végétaux originaires du causse du Quercy. Ces plantes qui poussent à côté de chez vous sont forcément celles qui s’adapteront le mieux à votre jardin. Si vous les isolez un peu dans un jardin, que vous leur donnez un peu de place, elles vont donner le meilleur d’elles-mêmes parce qu’elles n’auront pas la concurrence qu’elles ont dans leur milieu naturel.

Devenir pépiniériste, c’était une vocation, un hasard, une construction ?

Le jardin, le jardinage, c’est resté longtemps d’intime, de personnel, de familial. Je n’ai aucun souvenir de visites de jardin, par exemple, mais d’avoir baigné dans une « ambiance de jardin » avec les adultes qui m’entouraient. C’est ma maman qui m’a orienté vers le paysage. Il fallait bien finir par faire quelque chose de moi. J’avais des capacités à l’école, mais j’étais très fainéant. 

Je me suis retrouvé en école d’archi à Bordeaux pour pouvoir me présenter par la suite à L’École nationale du paysage de Versailles. Mais les études et moi, ça fait vraiment deux. J’ai été nul, très nul à cette époque. J’ai quand même présenté Versailles, j’ai dû avoir un gros zéro pointé.  Je me suis retrouvé ensuite à l’École méditerranéenne des jardins et du paysage à Grasse dirigée par le paysagiste Arnaud Maurières avec Éric Ossart. J’ai passé quelques mois là-bas. J’y ai fait de très belles rencontres et notamment le botaniste Patrice Dupeyre, qui s’est occupé par la suite des Jardins du Musée international de la Parfumerie. C’est lui qui m’a amené aux plantes. 

D’autres rencontres ont-elles été marquantes ?

Oui et notamment celle avec le pépiniériste Michel Lumen. J’ai d’abord rencontré sa fille à Bordeaux, elle est aujourd’hui paysagiste urbaniste en Australie et elle m’a présenté son père qui accepte alors de me prendre en stage. Michel m’a nourri, logé, m’a fait découvrir la fête des plantes de Courson. Et il m’a rémunéré en plantes. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’avais envie de devenir pépiniériste. La passion des plantes est venue doucement, mais elle est venue… 

Une rencontre en surpasse-t-elle une autre ?

Oui, celle avec Gabriel Alziar, qui a été mon prof de systématique et a continué à mon intérêt pour les sauges. Gabriel Alziar,a été le directeur du Jardin botanique de Nice et a contribué à construire les collections de Salvia et d’agaves notamment. J’échange encore avec Gabriel qui est aujourd’hui à la retraite en Aveyron. Il se consacre à son autre passion pour l’entomologie. Il m’a offert son catalogue synonymique des Salvia. Un travail gigantesque, le travail de sa vie, je pense. Il a fait la synthèse de toutes les espèces dénombrées dans le monde en récoltant des échantillons, en se faisant envoyer des exemplaires, en analysant de gros herbiers, dont celui du Jardin botanique de Lyon.

Cistus
©Aygul Bulte
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Salvia sylvestris 'April Night' ©Isabelle Morand
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©Isabelle Morand

La région de Grasse a été une caverne d’Ali Baba pour toi ? 

Oh oui ! Grasse et alentour, c’est l’exotisme. Quand on va la Mortola, en Italie, vers le célèbre jardin Hanbury, il ne gèle plus du tout et on voit des plantes extraordinaires : des sauges des Incas (Salvia dombeyi) de 5 m de haut, des sauges à plumes (S. jurisicii) qui ne dépassent pas 20 à 30 cm en fleur. Et côté odeurs, c’est fabuleux. La garrigue n’est que parfums, ceux des cistes, des santolines, des thyms résineux (Thymus mastichina) à odeur de camphre, ou des senteurs de bonbon qui vous frôlent…

Quelles ont été les étapes de ton parcours avant d’arriver dans le Lot ?

Après notre départ d’Afrique, je me suis installé avec mes parents dans une petite maison dans le Vaucluse. À l’époque, c’était des petites maisons de paysans qui ne valaient pas grand-chose, rien à voir avec aujourd’hui. Je fais mes études, je reviens dans le Vaucluse avec dans l’idée de créer ma pépinière. Mais voilà, je n’ai pas de terrain, pas de moyens pas d’aides ni de subvention faute de diplôme agricole. Je m’inscris donc dans une formation diplômante pour adultes à Carpentras où je me retrouve déjà à donner des cours de systématique au gars chargé des cours de reconnaissance de végétaux. 

Mais pas le choix, il fallait que je suive cette formation. Pour clore cette formation, il faut pouvoir justifier d’un stage dans une structure. Jean-Luc Danneyrolles (le Potager d’un curieux, à Saignon) me prend en stage et là, en 1893, je rencontre Mélie…

Pourquoi avoir choisi de vous installer Mélie et toi dans le Lot ?

Mélie est originaire d’Escamps. La maison de ses grands-parents, malheureusement décédés quelques années plus tôt, était inoccupée. La maison était vide, c’est celle que nous habitons toujours maintenant. Il y avait des terrains à exploiter alentour. Je ne voyais pas Mélie s’expatrier dans une autre région. 

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Mélie dans ses iris ©Isabelle Morand

Sa famille vit ici depuis des générations et des générations. Je ne connaissais pas du tout le Lot avant d’y arriver. Six mois après notre rencontre, nous nous sommes installés à Escamps. Mélie comme jeune agricultrice, moi conjoint d’exploitant pendant 5 à 6 ans. Les Senteurs de Quercy sont nées officiellement en 2004, la même que notre fille Leila.

Les débuts ont-ils été difficiles ?

Il a fallu jongler entre l’exploitation et la famille. Après Leila, sont venus Tom et Sam. Heureusement, les parents de Mélie nous ont beaucoup aidés, car ce n’est pas toujours facile de s’occuper des enfants, d’une jeune entreprise, de partir participer à des Fêtes des Plantes parfois à des centaines de kilomètres. Mais, en dehors du plan financier, nous ne sommes pas partis de zéro. Grâce aux études, formations, stages, nous avions réussi à construire un petit réseau pro avec Michel Lumen, Olivier et Clara Filippi, Gérard Weiner à Vaugines. Nous avons vite aussi intégré l’ASPECO, car nous avions déjà une belle collection de sauges… 

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©Isabelle Morand

T’es-tu facilement adapté à cette nouvelle région ?

Je peux te dire que c’est une région que j’ai aimée tout de suite, on vit bien ici, c’est très beau tout autour de nous. Et puis, il existe dans la géologie et dans les paysages des similarités avec le Vaucluse. Ici, on a des pierres sèches, comme à Gordes dans le Luberon. La truffe de Saint-Saturnin-lès-Apt a son équivalent dans le Lot, à Lalbenque. Il y a le melon de Cavaillon, mais le melon du Quercy n’est pas mal non plus ! On a de la lavande aussi chez nous… La seule différence entre le Vaucluse et le Lot, c’est la climatologie. La pluviométrie annuelle est à peu près équivalente (800 à 900 mm), mais elle se répartit différemment. Dans le Lot, il pleut un peu à longueur d’année. En Provence, c’est  40°C et pas de pluie souvent pendant des semaines. Il y a donc des plantes méditerranéennes qu’on n’arrive pas à garder l’hiver, car, ici, elles pourrissent.

Heureux pépiniériste au final ?

Oui, tout n’a pas été facile, mais on peut dire qu’on travaille bien. Nous avons rapidement installé un site de vente par correspondance et nous vendons beaucoup par ce biais. C’était aussi un moyen pour nous d’être plus souvent à la maison, avec les enfants. 

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