Les petites bêtes des Jardins de Cadiot

les petites bêtes des jardins de Cadiot
Henrik_L

Aux Jardins de Cadiot, en Dordogne, les petites bêtes n’ont pas de souci à se faire. Attirées, protégées, observées, admirées, reconnues pour toutes leurs qualités, elles sont l’objet de toutes les attentions d’Anne-Marie Decottignies, mais aussi de son petit-fils, Arthur.

Ici, les limaces ont la cote ! 

Elles ont le chic de nous mettre les nerfs en pelote et de transformer feuilles de salades et d’hostas (entre autres) en « sublime » dentelle, quand il ne s’agit pas d’une disparition totale de la plante. Grrrrrr… Aux Jardins de Cadiot, pas de chasse à la lampe de poche ou d’impitoyables séances d’écrabouillage consciencieux.

petites bêtes
©erwo1

Les limaces vivent leur vie : « Elles contribuent à la cohésion du sol qui, sans elles, serait un peu pourri. Quand on commence à comprendre leur grande utilité, il faut se débrouiller pour les attirer dans un coin avec ce qu’elles aiment, des plantes qui fermentent, etc. Cette gestion holistique des limaces est nécessaire dans un jardin. »

petites bêtes
©Anest

Du lierre pour les chrysopes

Lui aussi nous agace parfois avec sa capacité à pousser partout, se faufiler entre les plantes, à conquérir des endroits où on n’a pas envie de le voir crapahuter. Anne-Marie le laisse pousser sauf dans les arbres fruitiers : « Les lierres sont très précieux. Ils abritent les chrysopes (Chrysoperla carnea) et permettent de maintenir les mycorhizes en hiver. Sans compter sur la fraîcheur préservée du sol. On sait scientifiquement que ce n’est pas un parasite de l’arbre, mais un partenaire. Le regard chance et je trouve cela passionnant. »

L’abeille charpentière

Elle est très grosse, noire à reflets bleus, et fait peur à tout le monde. Pourtant le xylocope violet (Xylocopa violacea) est une abeille solitaire tout à fait inoffensive. « Oui, elle n’est pas aimée des charpentiers, car elle creuse le bois pour construire des galeries destinées à ses larves ! Pour le reste, le xylocope ne pique pas même s’il en a la capacité, et c’est surtout un excellent pollinisateur. Et les femelles sont féministes ! Elles font tout, toutes seules. À partir du moment où elle est fécondée, Madame fait ses galeries toute seule avec une sorte de vilebrequin torsadé, elle élève sa progéniture toute seule. Une vraie solitaire qui s’installe chez nous dans du bois sec. Et les pergolas… » Sans compter que cette bestiole est une placide dont on peut parfois caresser le dos avec le bout du doigt. 

abeille charpentière
©PhotoIncredible
Xylocopa violacea
©PhotoIncredible

Le crapaud accoucheur qui déteste l’eau

Dans le verger des Jardins de Cadiot se trouve un bassin carré, orné d’une tête sculptée en pierre, fréquenté par des grenouilles « banales ». Anne-Marie Decottignies leur préfère le crapaud accoucheur (Alytes obstetricans) qu’on appelle aussi le crapaud flûte : « C’est un crapaud minuscule, qui ne mesure pas plus de 5 cm. Il déteste l’eau et ne s’y rend que pour déposer ses œufs. Chez les crapauds accoucheurs, c’est le mâle qui fait tout ! Il porte les œufs sur son dos, les dépose dans l’eau sur une plante, une brindille avant de vite, vite regagner la terre. » Quand les œufs éclosent, les bébés doivent se débrouiller tout de suite comme des grands pour sortir du bassin ou de la mare et sortir sur la terre ferme. Ils restent ensuite tout l’été sous des pierres. »

petites bêtes
©Michel Viard

Anne-Marie adore ces crapauds accoucheurs pour leur chant flûté, doux, mélodieux : « Ils sont nombreux à Sarlat dans les murs de pierre, et l’été, c’est concert tous les soirs quand les grillons s’y mettent aussi ! » Et comme un bonheur ne vient jamais seul, la présence des crapauds flute est une arme naturelle redoutable pour la régulation des populations de limaces.

Avec Arthur, la relève est là ! 

Les petits-enfants d’Anne Marie sont aussi observateurs qu’elle. Et l’un d’entre eux, Arthur, 10 ans, a déjà une excellente connaissance des petites bêtes. Sa grand-mère est là pour répondre à ses questions, mais l’aventurier en herbe a déjà su la surprendre ! « Il avait 7 ans quand il est venu me chercher pour me montrer une larve de ver luisant (Lampiris nocticula). Le vert luit et clignote la nuit pour attirer la femelle. Arthur s’est intéressé aux larves et il découvert qu’elles mangeaient des escargots ! Il est venu me voir, nous avons observé à la loupe la larve et la coquille d’escargot quasi vide… Personnellement, je n’avais jamais pu observer ça et je dois avouer que j’aurais sûrement confondu la larve du ver luisant avec celle d’une coccinelle. »

Arthur est capable de différencier une larve de coccinelle européenne d’une larve de coccinelle asiatique. Chapeau bas !

De la peur à l’intérêt pour les petites bêtes

« Quand j’avais une vingtaine d’années, j’avais vraiment peur des insectes. Cela me fait rire quand j’ai maintenant le nez au ras du sol pour observer toutes ces bestioles. J’ai l’impression d’être devenue quelqu’un d’autre (rires). Je peux passer des heures à observer les escargots, les limaces, les guêpes, tous les hyménoptères. »

« C’est rassurant de voir que l’équilibre est là, et cela renforce ma détermination à protéger cet équilibre et à faire passer ce message important auprès des visiteurs des jardins. Je m’efforce aussi de faire de la pédagogie pour leur faire comprendre qu’il ne faut jamais laisser sol nu, désertique, calciné par le soleil et finalement mort. »

Fan de…

Nous avons en France la chance d’avoir des scientifiques qui se donnent la peine de vulgariser les connaissances. Je suis toujours avec attention les conférences ou les écrits de Marc-André Selosse, docteur en biologie végétale au Museum d’Histoire naturelle, et ceux de Hervé Coves, un moine franciscain expert de l’agro-écologie. Ces deux hommes se donnent la peine d’expliquer. Ils nous donnent envie d’acheter des livres ou de nous renseigner pour mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds et autour de nous.

Lire et relire Jean-Henri Fabre

Ses « Souvenirs entomologiques » en dix volumes demeurent une référence incontournable pour qui s’intéresse aux insectes. Le pape des insectes (né en 1823 dans l’Aveyron et décédé en 1915, à Sérignan-du-Comtat dans le Vaucluse) est aussi une des références quotidiennes d’Anne-Marie. « Ses écrits sont indispensables quand on s’intéresse à la vie du sol et des petites bêtes qui l’habitent. 

Ammophile
Ammophila ©Froggery

Grâce à ses « Souvenirs entomologiques », j’ai pu observer des ammophiles, des grands hyménoptères qui s’apparentent un peu aux cousins. Ces guêpes fouisseuses creusent des galeries dans le sable pour enterrer de grandes chenilles ou des mouches à scie. » Une ammophile paralyse sa proie avec son venin. Elle le porte dans sa galerie, jusqu’à l’un de ses œufs puis scelle la cellule. Quand la larve (carnivore) naît, sa nourriture paralysée, mais vivante est disponible… Il s’écoule environ 10 minutes entre l’anesthésie, le transport dans la galerie et la sortie de l’ammophile.

« À côté de l’accueil dans les jardins, le sol est assez sableux et j’ai vu ces ammophiles agir. Ils s’installent à califourchon sur la chenille avant de l’anesthésier d’abord au niveau des mandibules (pour ne pas être dévoré tout cru) puis sur chaque segment de pattes. Si j’avais bétonné les allées, je n’aurais jamais pu observer ce phénomène. Or, il faut savoir que 70% des abeilles solitaires sont terricoles. »

Les jardins de Cadiot, 24370 Carlux. Tél : 05 53 29 81 05 

Ils sont ouverts du 1er mai au 30 septembre, de 10 h à 19h, sans jour de fermeture.

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