Au Jardin des Thorains, en Puisaye

Jardin des Thorains
©Jardin de Thorains

Aurélie et François ont créé le Jardin des Thorains, en Puisaye. C’est un jardin sur une petite surface. Et on ne va pas mentir, pour des néoruraux venus d’Île-de-France, l’installation, ça ne va pas de soi. Dire que l’Administration ne facilite pas tout à fait le travail, c’est un euphémisme. Dire que le travail que représente une activité agricole dépasse l’imagination du citadin, même informé, c’est un fait !

« Chaque mot est important »

François, que nous avons rencontré aux États généraux de l’Agriculture alternative ne cache pas les difficultés ni les satisfactions. Entre 2013 et 2020, ç’a été la galère avec l’Administration parce que le statut d’agriculteur (on dit même exploitant agricole, un terme que François réprouve) leur était refusé : problèmes de surface, de présentation du projet…

2020, changement dans les calculs de surface, dotation aux jeunes agriculteurs – “ça aide vraiment” affirme François, “il ne faut pas négliger de la prendre.”

Les travaux démarrent pour lancer une production, en bio bien sûr. À côté, une association se donne pour objet la promotion et le développement de l’agriculture biologique, la permaculture l’écoconstruction et l’éducation populaire. « Chaque mot est important ».

Au Jardin des Thorains, on cultive des plantes aromatiques et médicinales, du chanvre CBD, des fruits et des légumes.

La volonté de faire bien

Jardin des Thorains : François Bientz

Nous réalisons tous les travaux nous-mêmes, en écoconstruction et suivons les règles éthiques de la permaculture, en les adaptant parfois un peu pour répondre aux contraintes professionnelles. Nos deux dépendances à la tourbe et au plastique sont deux grosses incohérences avec lesquelles nous devons vivre. Nous espérons que bientôt d’autres solutions émergeront qui nous permettront de nous en passer.

Les Bientz !

Jardin des Thorains : Famille Bientz
Une histoire de famille ! ©Dimitri Kalioris

Avec notre association, nous pratiquons la vente directe, à la ferme, et en circuit court. Nous sommes présents sur les foires et salons à Paris et autour pour vendre de bons produits aux citadins. Cette année, nous faisons 17 foires !

Grelinette
©Isabelle Vauconsant

Ce n’est pas facile de devenir agriculteur

Jardin des Thorains : François Bientz

Nous sommes ce qu’on appelle des néoruraux, des citadins venus à la terre avec de grands rêves en n’y connaissant rien ou presque. Nous avons absorbé la théorie de ce qui est bon pour le vivant, pour les vivants.

Aurélie, comme moi, pensions pouvoir tout cultiver avec la grelinette avant d’avoir les lombaires en miettes !

Et puis, nous avons rencontré le réel.

Le réel, c’est 80 heures par semaine et une rémunération indécente en face. Je le dis parce que je vois beaucoup de jeunes citadins qui parlent de ce retour vers des métiers pleins de sens, et vers la terre. C’est magnifique et nous ne regrettons rien. Mais attention, ce n’est pas la campagne bucolique qui vous attend, ce sont des sommes de travail énormes avec des résultats incertains. Toutefois, quand ça marche, vous pouvez vraiment être content de vous.

La galère de la terre

Jardin des Thorains : François BientzLa condition des paysans, il va falloir s’en occuper. Ils font un métier très difficile, très dur, qui en conduit beaucoup trop au suicide. Alors, avec la moitié des agriculteurs à la retraite dans les 5 années à venir, il va falloir une relève. Pourtant, lorsqu’on cherche à s’installer, lorsqu’on cherche de la terre, c’est l’enfer. Nous, voilà 5 ans qu’on cherche à s’agrandir, On a une micro-ferme d’1,3 hectare.

L’avantage est toujours donné à l’agrandissement des fermes déjà bien pourvues.

Le Jardin des Thorains

On voudrait plus de terrain, mais ça coince.

Le Jardin des Thorains : l'équipe
Le Jardin des Thorains : l'équipe

Le fil rouge, c’est l’autonomie

Lecteurs de Pierre Rabhi, mais aussi de quelques philosophes et amoureux du vivant, François et Aurélie ont construit leurs convictions sous ces influences. Ils ont conçu un écosystème de production et de vie. Tout est lié.

Avoir 18 ans en Puisaye

Jardin des Thorains : François BientzCe n’est pas facile d’avoir 18 ans en Puisaye. C’est une région peu peuplée, donc s’y faire des amis n’est pas gagné !

Pour peu qu’on n’ait ni permis ni diplôme, c’est la déprime ! On a vu les taux de suicide grimper suite au covid, et même chez les gosses.
Nous, on ne demandait qu’une chose aux jeunes qu’on accueillait en formation : remettre en route la machine à enthousiasme et le dynamisme qui va avec. Si on ne sait pas, mais qu’on a envie d’apprendre, tout est possible.

Les jeunes, ça accepte ce deal-là ! Et nous aussi, on s’est fait prendre au jeu.

Je suis convaincu par la phrase de Gandhi : sois le changement que tu veux voir dans le monde…

Du travail pour apprendre

Au Jardin des Thorains, nous cultivons 500 variétés et entre 200 et 300 espèces. Cette année, on a 120 variétés de tomates. Je voudrais réussir à faire le comptage des espèces sauvages présentes sur notre petit hectare.

Parce qu’ici, on cultive la biodiversité pour les vivants et dans les têtes des humains !

J’ai bénéficié, il y a longtemps, pour moi-même d’un « emploi aidé ». Je sais que ça peut être une marche vers une vie meilleure. Alors, on s’est appuyé sur la Mission locale de Toucy qui est formidable. Nous avions besoin d’un peu de monde pour nous aider, et de facilités aussi parce que financièrement ce n’est pas simple. On est tombé sur des gamins géniaux qui ont autant changé nos vies qu’on s’est attaché à faire changer la leur.

En 4 ans, sur les huit qui sont passés ici, quatre sont retournés à l’école. On leur a dit que ce serait bien mieux d’avoir le bon diplôme, et qu’un diplôme, ce n’est qu’un moyen de faire ce qu’on veut. Deux d’entre eux sont en apprentissage chez nous. On n’avait pas envie de se quitter.

Diversité au Jardin des Thorains

Jardin des Thorains : François BientzPour vivre, on fait du maraichage bio en permaculture sur 5000 m2. Entre les plants de légumes, on fait pousser des fleurs pour un peu d’horticulture et des aromatiques. On produit des semences bio aussi. Nous avons la chance de travailler avec un monsieur qui s’appelle Yannick Loubet, qui est l’un des fondateurs de Kokopelli. On aimerait travailler les plantes de la graine à la graine. Aujourd’hui, on s’intéresse aussi aux fruitiers. On cherche des collègues dans le même esprit.

Et puis, pour vivre toujours, on a un petit atelier de transformation : on y fabrique des sirops, on y sèche des piments…

Tout cela nourrit notre activité d’éducation populaire. Nous sommes convaincus qu’il faut transmettre parce que les gamins ne différencient pas un poivron d’une courgette et que trop de gens ne savent plus se nourrir.

Le Jardin des Thorains : diversité

« Nous avons besoin de partenaires pour développer l’insertion en a. Il nous faut des sous et des bonnes volontés, mais surtout des sous ! »

À vos agendas !

Le samedi 1er octobre 2022, au Jardin des Thorains, venez participer au festival Rock’n Bio !
Concerts, conférences, ateliers… ça va être bio !

Du maraichage à l’insertion

Jardin des Thorains : François BientzJ’en ai assez d’entendre dire que les jeunes sont fainéants.  Chez nous, ils sont au taquet, et pourtant ce n’était pas acquis le premier jour de leur arrivée. Nous aimerions vraiment pouvoir nous développer de ce côté-là et faire de l’insertion. Mais il nous faut des partenaires.

Projets, encore et toujours…

Jardin des Thorains : François BientzDans l’Yonne, nous allons monter deux jardins conservatoires Vavilov. En Russie, il y a la plus grosse collection de graines de légumes français au monde ! J’espère qu’on va pouvoir ainsi contribuer à la conservation de cette biodiversité dont tout le monde parle et dont il faut prendre soin.

L’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg (VIR)

Fondé en 1894, c’est la plus ancienne banque de semences au monde. « L’Institut pansoviétique de botanique appliquée et des nouvelles cultures de Leningrad » a pris en 1967 le nom d’un de ses plus illustres scientifiques, Nikolaï Ivanovitch Vavilov. Ancien directeur des lieux jusqu’en 1940, il a consacré sa vie à la culture d’une collection qui abrite aujourd’hui les graines et semences d’environ 366 000 variétés végétales, faisant d’elle la quatrième banque de semences au monde.

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