Le genévrier cade, un encens naturel qui sent bon la garrigue !

Genévrier

Plante typique des régions côtières de la méditerranée (du Maroc à l’Iran, et jusqu’au Massif central), avec le chêne vert, le ciste et le thym, le cade ou genévrier cade (Juniperus oxycedrus), est un petit arbre ou un arbrisseau fréquent et caractéristique des garrigues et des maquis. L’arbre est appelé parfois cèdre piquant, oxycèdre ou petit cèdre et plus rarement genévrier oxycèdre. Il peut vivre au moins 200 ans.

Il apprécie les lieux arides, rocailleux, sur calcaire ou sur sols acides, où il est associé au chêne vert et au chêne kermès.

Le feuillage est persistant sous forme d’aiguilles à pointe fine et piquante. Les épines du genévrier cade comportent sur leur face supérieure, deux bandes blanches (correspondant aux stomates), alors que le genévrier commun n’en a qu’une seule.

Le genévrier cade est un arbrisseau dioïque (fleurs mâles et femelles ne poussant pas sur la même plante). Les sujets mâles fleurissent entre avril et juin. Les fleurs restent isolées, longues de 4 à 5 mm, jaunes, situées à l’aisselle des aiguilles âgées au moins d’un an.

Genévrier
©IHervas
Genévrier - baies mûres
Des baies bien mûres. ©dkalioris

Les fleurs femelles groupées en cônelets verts, atteignent à peine quelques millimètres. Les cônes, comestibles frais, sont  de couleur brune à orange. Ces derniers grossissent peu à peu et deviennent des “galbules” de 5 à 9 mm de diamètre.

Les cônes femelles prennent peu à peu l’apparence de baies (en septembre et octobre), les écailles se soudant les unes aux autres. Ces cônes arrivent à maturité au bout de deux ans environ, les écailles ont alors fusionné. Ils forment des baies brun-rouge et se couvrent d’une pruine cireuse ; ce sont les baies de genièvre que l’on retrouve notamment dans la choucroute.

choucroute
©Pixel-Shot

Et sinon, à quoi ça sert ?

Le genévrier cade possède des propriétés très diverses et très étonnantes. Son bois, par exemple, est extrêmement dur et quasiment imputrescible. On l’utilise beaucoup dans l’art statuaire.

Au IIe siècle avant notre ère, Caton l’ancien, dans son traité d’agronomie « De Re Rustica », recommandait un vin diurétique à base de baies de genièvre.

Dans l’Antiquité, ses branches accrochées sur la porte des maisons avaient, disait-on, le pouvoir de repousser les serpents. On en brûlait sur les places publiques, dans les rues et les habitations pour lutter contre les épidémies de peste et de choléra. C’est ainsi qu’Hippocrate protégea Athènes contre la peste (430-429 av. J.-C.). Pendant l’épidémie de variole de 1870, on en a même brûlé dans les hôpitaux de Paris.

La peste d'Athenes
La Peste d'Athènes par François Perrier, dit Le Bourguignon - (1640) - Musée des Beaux-Arts de Dijon.

L’arbre sauveur du Christ

Selon l’évangile, les grands prêtres ayant annoncé la naissance à Bethléem du « roi des Juifs », Hérode, roi de Jérusalem, fit rechercher le nouveau-né pour l’occire. Ne l’ayant pas trouvé, il ordonna la mise à mort de tous les enfants mâles de la bourgade âgés de moins de deux ans, espérant qu’il serait du nombre. Cet épisode est connu sous le nom de massacre des Innocents.

Marie, Joseph et Jésus (prévenus par un ange), se cachèrent dans le feuillage d’un genévrier afin d’échapper aux soldats d’Hérode qui les poursuivaient. Ils s’enfuirent en Égypte et revinrent en Judée après la mort du roi.

Encore la Bible

Dans le jardin d’Eden, le genévrier est devenu l’arbre protecteur de la crèche, l’arbre des enfants perdus.

Dès lors, on suspend des branches de genévrier dans les étables italiennes le jour de Noël ; on en porte aussi à l’église le jour des Rameaux pour les faire bénir par le prêtre.

Le genévrier apparaît souvent dans les légendes de nombreuses civilisations. Il était un arbre sacré pour les Celtes et les Germains, considéré comme protecteur, capable de chasser les mauvais esprits. On en suspendait des rameaux au-dessus des portes des maisons et des étables.

Dans le Massif central, en Aveyron, dans le Gard, le cade fait office d’arbre de Noël. Dans le Languedoc, les branches servent à nettoyer les tonneaux. Mélangées à l’eau, elles retirent les mauvaises odeurs de la pipe (C’est le nom d’un gros tonneau. Ne vous méprenez point).

Ça se distille

On extrait l’huile de cade par pyrolyse du bois. Parfois appelée distillation, distillation sèche, distillation destructive ou carbonisation, elle consiste à chauffer fortement le bois dans un four, sans apport d’oxygène afin d’y entretenir une combustion lente. On obtient un résidu solide, le charbon de bois ; des goudrons ; une résine poisseuse (le jus pyroligneux) et l’huile de cade qu’on récupérait dans la partie basse du four.

Des fours sur place

Les fours à cade que l’on trouve encore dans la garrigue dans le sud de la France rappellent l’époque où cette huile était produite directement dans les champs : là où poussait le genévrier cade, on construisait de grands fours cylindriques en pierre, le bois s’y consumait lentement. Leur utilisation a cessé pendant la Seconde Guerre mondiale. Les distilleries modernes ont supplanté cette méthode artisanale.

four à cade
Four à cade près d'Uzès ©dkalioris

Ça se mange et ça se boit !

Le « genièvre », est une eau-de-vie très appréciée dans les pays nordiques. Elle est fabriquée à partir de la distillation de plusieurs céréales et aromatisée avec des baies de genièvre. Ces mêmes baies parfument d’autres alcools de grain, comme par exemple l’aquavit au Danemark ou le gin en Grande-Bretagne.

Et bien sûr, tout le monde sait que les baies de genièvre accompagnent et parfument choucroutes, salaisons, marinades et courts-bouillons.

Saumon et aquavit
Le Danemark, le pays de l'aquavit ©Manana73

L’huile de cade était utilisée autrefois pour ses vertus cicatrisantes antiseptiques et désinfectantes. Employée en pommade, elle servait dans le traitement d’affections de la peau. Les applications doivent être de courte durée en raison des risques cancérogènes soupçonnés.

Enfin, il ne faut pas confondre l’huile de cade avec l’huile essentielle de cade qui est extraite à la vapeur d’eau, et dont les propriétés renforcées sont réservées aux professionnels.

Pas fou, le léporidé

Nos amis les animaux, ne sont pas en reste. Le lièvre s’y réfugie lorsque les chiens se rapprochent, l’odeur des baies du genévrier déroutant alors la meute.

Le genévrier est très efficace pour éloigner, outre les serpents (Cf plus haut), les rongeurs (comme le campagnol) et les insectes. C’est aussi un excellent antimite.

On utilisait autrefois l’huile de cade dans le Gers pour éviter que les canards ne s’attaquent entre eux en mettant quelques gouttes sur leur croupion.

L’huile de cade demeure utilisée en médecine vétérinaire. Elle soigne les sabots des chevaux et les atteintes parasitaires des troupeaux.

Ça se brûle !

La poudre de bois de cade est un encens naturel. Outre son délicieux parfum, elle a un pouvoir assainissant, bactéricide et purifiant. D’où son utilisation lors des grandes épidémies de peste et de choléra. En brûlant, la sciure (plus grossière que la poudre) dégage aussi un parfum agréable. Sa fumée est également un excellent répulsif à insectes.

Poudre de cade
©Yuliya

En gemmothérapie, le macérât de genévrier est reconnu comme étant un puissant draineur et détoxifiant, agissant principalement sur le foie et la vésicule biliaire.

close

Inscrivez-vous
pour recevoir [Brin d'info]

dans votre boîte de réception,
chaque semaine.

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Genévrier
Share via
Copy link
Powered by Social Snap