Binettes contre anxiolytiques

Binette contre anxyolitiques : le documentaire
Un documentaire de Cécile Favier

Le jardin nous fait du bien. Vous allez me dire : « Voilà comment enfoncer une porte ouverte… ». Oui, mais, à quel point et comment nous fait-il du bien ? Que se passe-t-il dans notre cerveau, dans notre nez ? Comment une bactérie contenue dans la terre a t-elle un lien direct et bénéfique avec notre microbiote ? Cécile Favier est la réalisatrice de « Binettes contre anxiolytiques », un excellent documentaire à voir en replay sur FranceTV.fr et diffusé le jeudi 25 mai, à 22 h 30 sur France 3 Grand Est. 

Hortus Focus. D’où vient ton attachement viscéral au jardin, à la nature et à leurs bienfaits ?

Cécile Favier : je le dois à Marie-Louise et Henri, mes grands-parents maternels auxquels d’ailleurs j’ai dédié ce documentaire. Nous habitions à Alès, dans le Gard, dans un lieu qui s’appelait la Prairie. Leur jardin était en bordure du Gardon, un terrain limoneux où tout poussait.

©dr
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À l’époque, j’étais chez eux tous les jeudis et j’avais mon petit carré potager. C’était magique… Je semais des radis et huit jours plus tard, quand je revenais, je les récoltais. En fait, mon grand-père déterrait des radis matures dans ses planches de culture pour les mettre dans mon potager. Je l’ai compris des années plus tard en cultivant mes propres légumes !

D’autres souvenirs précieux ?

Oh oui… Je revois encore les cerisiers, les figuiers, la tonnelle, le parterre de roses, les pivoines, le potager bien sûr et puis aussi les pipirooms, des toilettes sèches au fond du jardin. On allait se balader au milieu des châtaigniers. Depuis toute petite, la nature est très importante dans ma vie.

Ton projet de documentaire a t-il mis très longtemps à voir le jour ?

Le déclic, l’envie de traiter le sujet a eu lieu voilà une vingtaine d’années quand j’ai rencontré Anne Ribes. Elle était alors infirmière et a créé un atelier jardin pour les patients autistes à l’hôpital La Pitié-Salpétrière, à Paris. On lui doit aussi le jardin thérapeutique à l’hôpital Corentin Celton, à Issy-les-Moulineaux et d’autres réalisations en région parisienne. J’ai trouvé alors formidable son initiative et j’ai écrit un premier sujet autour des jardins thérapeutiques anglo-saxons, car en France à part Anne Ribes il ne se passait pas grand-chose. À l’époque, la réponse a été à peu près semblable partout : « C’est quoi ton jardin ésotérique à la Rika Zaraï ? ». J’ai rangé mon idée, mais continué à m’intéresser au sujet.

Bain de forêt
©gidl

Et puis la COVID 19 est passée par là…

Pendant les confinements, surtout le premier, on a bien vu où se précipitaient les gens qui n’étaient autorisés qu’à sortir dans un périmètre de 1 km autour de chez eux. Personnellement, je suis restée chez moi pour soigner mon covid pendant 15 jours et j’ai profité de cette « pause » pour reprendre le sujet, le réécrire et le proposer à nouveau. France 3 Grand-Est l’a accepté. 

Binette contre anxyolitiques : fillette
©Sasi

Dans ton doc, on apprend notamment que la terre contient une bactérie qu’on pourrait qualifier de bactérie du bonheur !

C’est un chercheur, Christopher Lawry, qui a mené ces recherches. En effet, la terre contient une bactérie (Mycobacterium vaccae) qui active la libération de deux neurotransmetteurs : la sérotonine (ndlr : synthétisée dans l’intestin, elle régule notre sommeil, notre humeur, notre libido) et la dopamine (synthétisée au sein du cerveau).

Toucher la terre, laisser les enfants toucher la terre est donc bon pour notre santé.

Pourquoi avoir choisi comme fil rouge le chercheur à l’INSERM Michel Le Van Quyen ?

Je voulais aborder les neurosciences, mais pas transformer la compréhension et le décryptage façon usine à gaz. J’ai lu les ouvrages de Michel Le Van Quyen, notamment le dernier « Cerveau et nature » (Flammarion) qui s’adresse au grand public. J’aime beaucoup ses explications qui sont évidemment scientifiques, mais n’excluent pas une certaine poésie. Nous avons été très complémentaires : j’ai plutôt l’âme poète, mais j’étais aussi très demandeuse d’infos scientifiques accessibles à tous. 

Le CHU de Nancy occupe une grande place dans ton documentaire. Pourquoi ?

C’est un jardin modèle et pionnier. Thérèse Rivasseau-Jonveaux, médecin-chef et directrice de recherche au CHU, est une militante des jardins thérapeutiques. Quand le plan Alzheimer 2007-2011 a été mis en place, elle a obtenu les moyens de créer un jardin thérapeutique de 4000 m2 dans le CHU, accolé à un laboratoire de recherche.

Binette contre anxyolitiques : CHU de Nancy
CHU de Nancy - CC
Binette contre anxyolitiques : plaisir du toucher
©yaruta

Patients et soignants ont accès jour et nuit à ce grand espace. Des tests ont permis de démontrer tous les bienfaits de ce jardin. Dans le désordre : des patients plus calmes, des arrêts de travail moins nombreux, moins besoin d’avoir recours à des anxiolytiques ou des somnifères…

Je pense aussi à une étude menée sur des patients hospitalisés. Un groupe avait la vue sur des murs de briques, les autres sur le jardin. Ceux qui bénéficient du jardin sont sortis en moyenne d’hospitalisation un jour et demi avant ceux qui n’avaient pas la vue sur le jardin. Donc les bienfaits pour la santé sont doublés de bénéfices pour les finances.

Mais au CHU, le personnel n’est pas en charge de ce jardin ?

Non, à chacun son métier. Pour Thérèse Rivasseau-Jonveaux, un jardin avec 4 bacs surélevés en bois dont l’entretien est confié seulement aux patients, aux soignants, à des bénévoles est voué à l’échec. Alors évidemment, l’emploi de jardiniers a un coût, mais c’est la condition de la réussite et de la pérennité d’un jardin thérapeutique.

Céleri : plantation
©beerfan

Autre lieu de tournage, les Jardins de Cocagne

Je connaissais ce réseau depuis sa création. Le jardin de Thaon-les-Vosges est le premier à avoir ouvert ses portes en 1994 et c’est l’un des plus importants du réseau. Il accueille des gens en réinsertion, les engage dans un retour à l’emploi par une activité à l’extérieur. Attention, ce n’est pas une colonie de vacances.

On y travaille beaucoup pour confectionner 900 paniers de légumes par semaine. Les salariés y renouent un lien avec le travail, mais pas seulement ! Ils peuvent y réapprendre à bien se nourrir par exemple. Il ne s’agit pas d’en faire des maraîchers au final, mais de leur redonner des envies, d’améliorer le quotidien, l’état psychologique de personnes souvent blessées par la vie.

Pourquoi avoir choisi de suivre les enfants d’une école de Schiltigheim ?

J’ai cherché une école dans les environs de Strasbourg, si possible installée dans une ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Et puis, on m’a parlé de l’école de Schiltigheim où une institutrice, Marie-Estelle, s’est battue pour pouvoir emmener ses petits élèves deux heures faire classe dans un jardin. Quand je suis allée la voir, je me suis assise sur une petite chaise dans sa classe. Et au bout de 5 minutes, j’étais sûre qu’elle et ses élèves feraient partie du documentaire, si les parents étaient d’accord évidemment ! 

Comment réagissent ces enfants ?

Au début, ils n’étaient pas très désireux de passer deux heures dehors. Maintenant, ils ne peuvent plus s’en passer et attendent avec impatience ces deux heures de classe en pleine nature. Au bout d’une année, les instituteurs ont pu constater que les gamins avaient gagné en autonomie et en confiance.

On apprend aussi dans « Binettes contre anxiolytiques » que notre nez et notre cerveau ne font presque un. Comment est-ce possible ?

Au jardin, tous nos sens sont mis en œuvre, mais l’odorat a un rôle à part. Le toucher, la vue, l’ouïe, le goût passent par des filtres. L’odorat non. Notre nez abrite en effet des petits peignes, comme l’explique le chercheur Michel Le Van Quyen. Ces peignes sont en fait des neurones en lien direct avec ceux de notre cerveau !

Olfaction
©Perig76

Quand des personnes sont atteintes de maladies neurodégénératives, la mémoire récente est souvent en panne, mais la mémoire ancienne est encore là. L’odorat est donc fondamental pour ces patients. Un peu comme la Madeleine de Proust.

Les jardins sont-ils un enjeu de santé publique ?

Absolument. Si l’on considère les recherches, les tests, les analyses diverses, personne ne peut le nier. Il faut savoir que l’hôpital est l’institution française qui dispose d’énormément d’espaces où pourraient être installés des jardins thérapeutiques. Évidemment, créer des jardins, les faire entretenir à un coût, mais le retour sur investissement est loin d’être négligeable. Moins d’arrêts maladie, hospitalisations plus courtes, moins d’anxiolytiques, plus de bien-être, relations apaisées grâce à ces espaces de médiation et d’échanges.

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