Balade dans le Jardin botanique de Nancy

© Didier Hirsch

Il a connu plusieurs déménagements, a la particularité d’exister sur deux sites éloignés l’un de l’autre. Belle histoire que celle du Jardin botanique Jean-Marie Pelt de Nancy racontée par son directeur, Frédéric Pautz.

Hortus Focus : on plonge dans l’histoire ! Quelles sont les origines du jardin ?

Frédéric Pautz : ce jardin est la « suite » d’un premier jardin botanique situé à Pont-à-Mousson, créé au début du XVIIe siècle, ce qui en fait l’un des plus anciens jardins botaniques de France. Il n’en reste rien aujourd’hui malheureusement. En 1758, le roi Stanislas prend la décision de le transférer à Nancy en centre-ville. Dans les années 1970, le jardin déménage à nouveau vers Villers-lès-Nancy, car l’espace – 30 hectares – offre un bel écrin au nouveau jardin, et permet de développer les activités et les collections. Son inauguration date de 1975 et il est labellisé Jardin remarquable depuis 2004.

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

C’est aussi l’un des rares jardins botaniques « coupé » en deux ?

Effectivement. L’autre partie du Jardin botanique est situé au sommet de Vosges. Dans ce site du Haut-Chitelet poussent 2800 plantes de montagne. On y trouve aussi une tourbière, une hêtraie. Dans le monde, il existe plusieurs jardins botaniques sur ce modèle, avec une « annexe » qui permet de cultiver des plantes de montagnes.

Pourquoi porte-t-il le nom de jardin botanique Jean-Marie Pelt ? 

C’est un hommage à cet immense botaniste, à la réputation internationale, professeur à l’Université de Lorraine, auquel le jardin est rattaché. Il est décédé le 23 décembre 2015. Les présidents de la Métropole et de l’Université ont rapidement choisi de donner son nom au jardin qui s’appelait auparavant le Jardin du Montet.

Qu’est-ce qui, selon toi, fait les particularités de ce jardin ?

Ce qui est impressionnant, c’est d’abord sa taille. Il occupe tout un vallon forestier. C’est un cadre vraiment grandiose avec un château, la chapelle Sainte-Valérie, des immenses prairies tondues par des moutons. Il abrite également 19 collections très éclectiques. Une partie (lilas, iris, hellébores, dahlias…) – se trouve dans le jardin. On y trouve notamment nombre d’obtentions lorraines. Nous avons aussi environ 500 arbres et 250 000 bulbeuses. Il est donc très horticole tout en étant scientifiquement de haut niveau. Et toujours agréable pour les visiteurs, car il est intéressant, voire fleuri, à longueur d’année. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Quelle est la place accordée à la biodiversité ?

Bonne question ! Depuis 20 ans, plus aucun produit chimique n’est introduit dans le jardin et le constat est là : la faune est riche. Nous avons dans le parc des blaireaux, des renards, plusieurs espèces de chauve-souris, environ 70 espèces d’oiseaux et aussi la visite de sangliers… Nous avons des pratiques écologiques précises : fauches tardives, limitation des arrosages, préservation des arbres morts… 

Pourquoi les visiteurs viennent-ils dans le jardin ?

C’est un jardin qu’on peut voir de deux et appréhender de deux façons très différentes. L’entrée est gratuite (sauf pour les serres) et de nombreux habitants, familles, de la Métropole aiment juste venir s’y balade, se poser, profiter de l’espace, bouquiner, prendre l’air… Par ailleurs, nous sommes dans un lieu de recherche, de recherche et de pédagogie. C’est en quelque sorte un musée vivant, avec un vrai propos muséal puisque nous avons installé des centaines de panneaux qui expliquent ce que nous faisons ici. Histoire de la botanique, écologie, horticulture… permettent d’apprendre à l’occasion d’une promenade. 

Que trouve-t-on dans les 22 serres ?

Seules 7 de ses serres sont ouvertes au public, les autres sont ne peuvent pas l’être, car elles abritent nos « trésors botaniques », ceux qui doivent être absolument préservés des déambulations, car souvent menacées de disparition. Les plantes concernées (orchidées, plantes carnivores, pélargoniums, fougères, philodendrons, bégonia…) vivent dans des écosystèmes que nous avons recréés. Mais les serres ouvertes sont très riches et abritent des zones différentes, de la forêt tropicale humide aux zones de savane ou du désert. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Il y a notamment des nénuphars géants qui captivent les visiteurs !

Ce sont des stars, ces Victoria regia ! On les installe au mois de mars, avril. Les plateaux grossissent pendant tout l’été jusqu’à atteindre chacun 1,50 m. C’est très impressionnant. À l’automne, la plante régresse puis meurt. On la ressème et elle est réinstallée l’année suivante. Il nous arrive devant l’été d’organiser des séances photo puisque chaque plateau peut supporter le poids d’un bébé ! 

Quels sont les liens avec les autres jardins botaniques ?

Nous faisons partie du réseau international des jardins botaniques et avons donc des correspondants dans le monde entier. Ils nous envoient des graines et nous leur en envoyons. Nous avons un millier d’espèces qui ont des statuts de protection à l’échelle internationale. Certaines sont menacées ou très menacées, voire considérées comme éteintes dans la nature et ce sont des jardins botaniques comme le nôtre qui les préservent. Nous avons par exemple un palmier de Nouvelle-Calédonie qui existe encore aujourd’hui grâce au Jardin botanique de Nancy.

Le jardin botanique Jean-Marie Pelt en chiffres

-15 000 plantes réparties sur 50 hectares entre les sites de Villers-les Nancy et du Haut-Chitelet. 

60 personnes employées.

300 000 parts d’herbiers. De nombreux herbiers historiques et contemporains.

Plus de 7000 ouvrages dans la bibliothèque.

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