Citrouilles et lutin, le jardin de Sophie Arendt

© Didier Hirsch

Des mixed borders qui font l’admiration de tous les visiteurs, des fruitiers, un bassin, des bouquets, le sens de la déco, un amour immodéré pour le jardin en général et les dahlias en particulier. Bienvenue chez Sophie Arendt, dans son jardin belge, Citrouilles et lutin.

Hortus Focus : quel drôle de nom porte ton jardin… Pourquoi l’avoir baptisé ainsi ? 

Sophie Arendt : à l’origine, c’était un grand potager consacré aux courges. On y cultivait notamment des citrouilles géantes pour fêter Halloween avec les enfants de notre hameau. J’ai une photo de mon fils qui prend dans ses bras une citrouille de 200 kilos. Il faisait à peu près un dixième de la taille du légume ! Un lutin quoi … qui a 22 ans aujourd’hui ! Et ce qui était une plaisanterie au départ est devenu le nom officiel du potager qui s’est, peu à peu, transformé en jardin d’ornement. Et le potager a déménagé de l’autre côté de la rue.

©Didier Hirsch
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Pourquoi avoir choisi de planter dans ton jardin une grande mixed-border ?

Au départ, il s’agissait juste d’entourer notre potager de courges qui était un peu tristounet la majeure partie de l’année. C’était vraiment pour apporter un peu de gaieté à ce jardin, notamment en automne. J’avais envie de générosité, de couleurs. Une mixed-border était tout indiquée ! J’aime les jardins à l’anglaise qui associent les vivaces, les graminées, les dahlias. 

Les arbres et arbustes sont rares chez toi. Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas mon truc, tout simplement ! Mon jardin, c’est 90% de vivaces qui demandent un entretien minimum, et des bulbes qui m’occupent beaucoup. Chaque année, à l’automne, je déterre tous les bulbes de dahlias. Je plante à leur place des tulipes, des alliums… que j’arrache à chaque printemps pour les remplacer par des tubercules de dahlias. 

Arracher les dahlias, c’est une nécessité ?

J’aimerais bien m’en passer, mais je n’ai pas le choix ! Mon terrain est argileux, il stocke l’eau et les dahlias détestent ça. Et puis ici, malgré le changement climatique, nous connaissons encore des périodes de gel. Les dahlias, qui viennent du Mexique, ne supportent pas le gel. Donc, je prends ma fourche-bêche et j’arrache, j’arrache, j’arrache ! 

©Didier Hirsch
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Mais comment stockes-tu ces centaines de tubercules ?

Effectivement, ce n’est pas évident… J’en ai une bonne vingtaine de grosses caisses. J’en mets dans l’abri de jardin, je squatte à droite à gauche des garages, des appentis, parfois des caves. Et je conserve les ails d’ornement et autres bulbes de printemps dans l’abri de jardin. Ils y sont au sec et prennent moins de place. 

Cela doit te prendre un temps fou !!!

J’ai testé pas mal de méthodes. On dit qu’on doit les laver. On dit qu’on doit les couper avant de les conserver. Certains conseillent de les conserver dans de la perlite… J’ai presque tout testé. La première année, j’ai perdu énormément de tubercules. Donc j’ai fini par mettre au point ma technique : j’arrache les tubercules, je secoue la terre qui les entoure, je ne les lave pas, je ne les divise pas pour éviter les blessures et le pourrissement. Je n’utilise plus ni tourbe ni perlite, car, là, je les perdais en raison d’un assèchement excessif. Maintenant, je les emballe juste dans du papier journal, je les range dans des caissettes en bois et ils passent tout l’hiver ainsi. Taux de réussite : 90 à 95%. 

arrachage d'un dahlia tuto
©Didier Hirsch

Toutes les variétés passent-elles ainsi l’hiver ?

Non. J’ai certaines variétés depuis 2010. Je les conserve et les multiplie d’une année sur l’autre sans problème. Certaines me déçoivent et je les remplace au bout de deux ou trois ans.

Tu as planté de nombreuses graminées. Lesquelles aimes-tu particulièrement ?

Les graminées donnent de la structure aux mixed-borders. J’en ai donc planté à foison, mais quant à les connaître toutes ou même donner certains noms, j’en suis incapable. Ce sont des amis qui me les ont offertes. Elles se plaisent dans le jardin et je les multiplie facilement. 

©Didier Hirsch
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L’eau occupe-t-elle une place particulière chez Citrouilles et lutin ? 

Oui. Nous avons la chance d’avoir aujourd’hui deux points d’eau. Le premier, c’est une toute petite mare qui sert uniquement à la reproduction des grenouilles et à la protection de quelques tritons. Le second, c’est un bassin de 10 m2 aménagé voilà 6 ans, et la réalisation d’un de mes rêves. Contrairement à d’autres réalisations, on ne voit absolument pas le liner. Il arrive dans la pelouse et le niveau de l’eau est donc le plus haut possible. L’herbe s’est ressemée jusqu’au bord de l’eau. La bordure est donc invisible. Sur le tour, nous avons disposé des graviers de lave et installé de nombreuses plantes.

Notre bassin abrite des carpes koïs, des poissons rouges et même quelques grenouilles courageuses. Apparemment, nous avons aussi dans le coin une famille de couleuvres. Avec mon mari, Jean-Christophe, nous en avons vu une en train de prendre un bain.

La déco dans le jardin, est-ce important pour toi ?

Nous avons peu de décos, mais nous tenons beaucoup à notre collection d’arrosoirs en zinc. Avec Jean-Christophe, on court les brocantes à leurs recherches ! Nous chinons aussi d’anciens outils de jardins, de vieilles brouettes. En revanche, j’adore faire des bouquets de fleurs fraiches et les installer dans des objets déco. 

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Consacres-tu beaucoup de temps à ton jardin ?

Pas assez à mon goût, car je travaille. J’aimerais en profiter encore plus. Côté entretien, rien à voir avec les débuts voilà 19 ans maintenant. Les grandes bordures sont à maturité. Les vivaces poussent tellement bien qu’elles étouffent les herbes indésirables ou à peu de chose près. Et puis, on s’est facilité la vie en investissant dans un robot pour entretenir la pelouse. On l’a surnommé « la tortue » ! Et grâce à lui, la pelouse est toujours nickel et le mulch la nourrit. Nous avons remarqué que la pelouse est bien plus belle depuis quelques années grâce à notre « tortue ». 

©Didier Hirsch
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Comment as-tu procédé au départ pour dessiner tes mixed-borders ?

Oh la la… Je suis incapable de concevoir les choses de façon rationnelle. Des piquets, un cordeau, mes yeux et zou ! Bon, cela a entrainé quelques tensions avec Jean-Christophe qui a un esprit d’architecte de jardin. Notre jardin est un grand rectangle dont aucun côté n’est parallèle. Il a donc fallu tricher avec les perspectives pour essayer d’obtenir un résultat correct ! Et depuis, on rectifie chaque année pour conserver un semblant d’ordre et d’harmonie. Ça se fait beaucoup à l’œil… et à la chance !

Tu n’as jamais rien dessiné ?

Au départ, ce jardin était un grand pré dont mon papa a hérité. J’ai d’abord installé le potager, puis une mixed-border, puis une autre, puis une troisième. Le dessin de Citrouilles et lutin était sans doute dans ma tête, mais il m’a fallu une bonne quinzaine d’années pour parvenir à le réaliser.

Citrouilles et lutin est-il ouvert au public ?

Nous avons ouvert le jardin pour la première fois voilà 15 ans. C’était un défi pour mon père, ma tante et moi. Papa fait de la vannerie, ma tante du patchwork et moi du jardin. On a ouvert un week-end et le succès a été inespéré. Du coup, on a remis le couvert l’année suivante. Citrouilles et lutin est officiellement ouvert deux fois par an (“Entrez, c’est tout vert !”), le premier week-end de juin pour la floraison des rosiers et des ails d’ornement, et le troisième week-end de septembre pour les dahlias et les graminées. Le reste de l’année, quand on est au jardin le samedi et le dimanche, on laisse neuf fois sur dix la porte ouverte. Si des gens se présentent, ils sont les bienvenus !

©Didier Hirsch
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