Le tadelakt, un enduit écologique ancestral berbère

Hammam de la mosquée de Casablanca
©Prakich

Le tadelakt ou tadellakt est un enduit traditionnel berbère inventé au Maroc, il y a plusieurs centaines d’années et remis au goût du jour pour ses qualités écologiques.

Le tadelakt est lisse, imperméable, fongicide, avec un aspect légèrement brillant. Fabriqué à base de chaux de Marrakech, d’eau de chaux, et de savon noir, teinté de pigments colorés, il est utilisé pour étanchéifier les citernes d’eau, les fontaines, les bassins, les piscines, les vasques, les murs, les toits, et les façades des habitations. Mais aussi en intérieur, pour les éviers, les hammams, les salles de bains et les sols.

La chaux est obtenue par calcination du calcaire. Elle est potentiellement très dangereuse jusqu’à ce qu’elle soit fortement diluée avec de l’eau pour en supprimer les réactions chimiques (notamment le fort dégagement de chaleur). Séchée à nouveau, elle peut être utilisée sans risque dans la construction.

Carrière de chaux
©rootstocks

Le tadelakt est perméable à l’air et laisse respirer les murs. Cependant, il reste imperméable à l’eau et empêche la prolifération des bactéries et des moisissures, si souvent présentes dans les pièces très humides.

Les différents composants du tadelakt

La chaux de Marrakech provient des carrières de calcaire de Marrakech. Elle contient naturellement de la silice, des alumines, du quartz et divers éléments minéraux. Particules non cuites qui feront d’elle une chaux naturellement riche d’agrégats.

Les pigments qui colorent le tadelakt peuvent être d’origine minérale ou organique, naturele ou synthétique. Les pigments d’origine naturelle sont bien évidemment à privilégier. Ils sont issus de terres, d’ocres, de lapis-lazuli, de cinabre, d’oxydes de fer et de cuivre naturels… Certains sont connus depuis la préhistoire. Ils sont obtenus par broyage, avec un mortier ou un pilon.

poudre de lapis lazuli
©michal812

L’eau de chaux s’obtient en mélangeant de la chaux aérienne (une chaux qui contient de l’argile) dissoute dans de l’eau. Elle sert à humidifier les supports avant d’étaler le tadelakt.

En horticulture, l’eau de chaux s’appelle « lait de chaux » ou « Blanc arboricole ». On le badigeonne sur le tronc des arbres. C’est un excellent antiseptique qui détruit les larves des parasites nichant sous l’écorce des arbres fruitiers (notamment les carpocapses), ainsi que les champignons microscopiques, qui attendent le printemps pour développer toutes sortes de maladies cryptogamiques (tavelure, cloque, moniliose, chancre, etc.).

On l’applique également sur les vitres des serres pour en réduire la luminosité en période estivale.

Le savon noir se fabrique avec une base d’huile végétale et de la potasse caustique (hydroxyde de potassium). Il est généralement mou, de couleur vert sombre tirant parfois sur le brun. Il a été inventé à Alep, en Syrie, il y a environ 3000 ans, à partir d’huile d’olive et de soude végétale. Sa diffusion et sa technique de fabrication arrivent un peu plus tard au Maroc dans la région d’Essaouira. Le plus connu est le savon noir Beldi originaire du Maghreb et préparé à partir d’olive noire.

Le savon noir est amphiphile, c’est-à-dire qu’il contient des molécules hydrophobes et des molécules hydrophiles.

C’est le principe même de tous les savons. La partie hydrophobe retient les molécules organiques grasses que l’eau seule ne peut retirer, tandis que la partie hydrophile est emportée par l’eau.

Et le taledakt concrètement ?

Le tadelakt traditionnel était réalisé en une seule passe. Il était étanchéifié avec du savon noir, ou du savon à l’huile d’olive ou à l’huile de lin, et patiné avec des galets de rivière, pour lui donner son aspect lissé, ondulé, comparable à du béton ciré.

Aujourd’hui, le tadelakt est appliqué en deux passes : la première couche est dite “d’accrochage”, puis une seconde pour le tadelakt lui-même. Cela le rend plus résistant et plus imperméable. Il continue d’être poli avec un galet jusqu’à ce qu’il brille. Du blanc d’œuf est parfois utilisé lors de ce premier polissage pour augmenter la dureté de surface.

 

Polissage au galet du tadelakt
©Eigenheym

Le tadelakt reste fragile et nécessite un entretien régulier pour conserver son étanchéité. Chaque éclat doit être réparé sous peine d’infiltration.

 

Grâce à ses qualités sanitaires et écologiques, le tadelakt rencontre aujourd’hui un véritable succès en Europe. Les industriels l’ont bien compris qui proposent toutes sortes d’enduits “À la tadelakt” / des préparations “pour tadelakt” / “Façon tadelakt”. Et d’autres ersatz de m…

Là encore, le mieux est de faire appel à un spécialiste ou de vous lancer. Littérature et tutos vous y aideront !

Laissez parler l’artiste qui sommeille en vous !

Salle de bain
©archideaphoto

Cependant, méfiez-vous des excès de confiance…

Inscrivez-vous
pour recevoir [Brin d'info]

dans votre boîte de réception,
chaque semaine.

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

160 Shares 4.2K views
Share via
Copy link