David Happe et les Plantes rescapées, récits de sauvetages

Dans son dernier ouvrage, David Happe, ingénieur en écologie et technicien forestier, montre, à travers dix récits, combien des plantes ont pu échapper à leur disparition.

D’un constat, présenter une recherche d’une diversité de plantes sauvages

Après vous être consacré aux arbres, cet ouvrage est dédié aux plantes.
Quelle est l’origine de ce projet de livre ?

Je m’intéresse à la botanique depuis une trentaine d’années. J’ai eu mon premier déclic en 1994 en me rendant compte de l’importance de la conservation végétale sous nos latitudes en collaborant avec le conservatoire botanique de Bailleul, dans le nord de la France. Puis, j’ai pris conscience qu’il me fallait m’engager sur un projet qui témoigne des menaces qui pèsent sur les plantes, autant que celles qui concernent les animaux.

Thierry Happe
Thierry Happe
Cylindrocline

À partir d’un constat du déclin de la biodiversité, il est question d’exemples de plantes qui furent sauvées et désormais continuent de vivre.
Comment avez-vous choisi les plantes rescapées dont vous faites le récit ?

Quand je travaillais au ministère de l’Écologie, je collaborais régulièrement avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pour la préparation du livre, j’ai consulté leurs experts et leurs bases de données en libre accès. J’ai effectué une requête sur les espèces végétales menacées et j’ai tenté de voir si certaines connaissaient une situation moins précaire depuis 5 à 10 ans. Sur cette fraction d’espèces pour lesquelles il y a un avenir, j’ai fait une première sélection et j’ai ensuite consulté des spécialistes, tels que Jean-Yves Lesouëf, le fondateur du conservatoire botanique de Brest, le premier au monde dédié entièrement au sauvetage de la flore menacée. On a passé de longs moments pour sélectionner les espèces.

De quelle manière se sont passées vos recherches en vue de ces récits ?

J’avais plusieurs critères à prendre en compte, dont la répartition géographique. Je tenais à ce que des territoires très différents puissent être abordés dans l’ouvrage. J’ai privilégié une diversité d’études de cas mobilisant des procédés différents pour sauvegarder des espèces sauvages, mais aussi des variétés cultivées en voie de disparition.

 

Des connaissances pour une préservation de la biodiversité

Que vous ont appris ces découvertes de sauvetages ?

L’espoir persiste grâce aux efforts de conservation menés par des organisations aux quatre coins de la planète. Ce livre rejoint mon premier consacré aux arbres en péril, intitulé Arbres en péril : Nos villes, leur dernier sanctuaire, édité en 2021 aux éditions Le mot et le reste. Je me suis intéressé à l’énergie mobilisée pour sauver les espèces, aux efforts entrepris depuis longtemps afin de donner une image positive de l’homme vis-à-vis de la biodiversité.

À travers l’écriture, j’ai réalisé qu’il y a toujours un décalage entre les hotspots de biodiversité et les instances académiques qui veillent à leur conservation. Les experts voient comment protéger la flore depuis les pays du Nord et trouvent des moyens financiers pour prendre en charge la protection des espèces. Mais aujourd’hui, il est devenu aussi essentiel que les structures expertes des pays du Sud puissent également piloter directement les actions de conservation qui concernent leur territoire. Les botanistes disent qu’il faut des moyens financiers, à mieux répartir, pour favoriser la mise en réseau entre scientifiques. Si la conservation végétale nécessite des moyens, elle exige également une forte collaboration entre les différentes parties prenantes.

 

Vous évoquez la nécessaire connaissance des plantes afin de pouvoir les préserver.
Quelles actions seraient-elles à mettre en place pour contribuer à la diminution du déclin de la biodiversité ?

Connaissance et protection sont à relier. On a acquis beaucoup de connaissances par rapport au climat, mais nous avons du mal à passer à l’action concrète. S’agissant de la biodiversité, le constat est le même. Il existe aujourd’hui de nombreuses évaluations qui permettent d’appréhender les menaces. Il faut désormais passer à l’action. Certaines espèces vont disparaître tandis que d’autres pourraient être préservées, mais cela nécessite des accords à mettre en place.

Chaque année, l’UICN publie des statistiques et on s’aperçoit que les plantes – tels que les conifères par exemple – sont aussi, voire plus menacées que les animaux. Il importe de sensibiliser le grand public aux menaces qui pèsent également sur la flore. Souvent on aborde à raison et ensemble le changement climatique et le déclin de la biodiversité. Mais s’agissant de la biodiversité, si on met en œuvre des actions de préservation, des résultats positifs peuvent arriver très vite.

Plantes Rescapées
Plantes Rescapées • David Happe • Le mot et le reste • 144 p. • 16€

De temps en temps, nous pourrions mettre en avant un exemple original d’espèce sauvée, comme la cylindrocline de Lorence, sauvée in extremis par le conservatoire de Brest, qui a notamment fait l’objet d’un effort de médiatisation particulier. Ce qui permettrait de redonner de l’espoir, tel un remède à l’éco-anxiété générale. En mobilisant davantage tous les acteurs, nous pourrions sauver une partie de la flore pour maintenir un équilibre au niveau des écosystèmes.

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