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J’aime pas le glaïeul !

©famveld

Au potager, en massif, partout en fait, ils sont raides comme des piquets, alignés comme des soldats pendant une parade de 14 juillet. Je les aime à peu près autant que les photinias, les bergénias et les aucubas. C’est dire si j’aime le glaïeul…

Rien que leur nom est rebutant

Quand j’entends leur nom en français, c’est plus fort que moi, j’ois un salmigondis de lettres entre dégueulis, glaviot et glaire. Je sais, c’est affreux, mais je jure sur ma première pâquerette que je n’abuse point. Mais qui est allé leur inventer un nom vernaculaire pareil ? En latin, ça vous a quand même un peu plus de gueule : Gladiolus = petit glaive ! 

Donc, j’ai fait des recherches pour comprendre. Et là, je dois avouer, à ma mauvaise foi défendante, que certaines plantes n’ont vraiment pas de bol. Au XIIe siècle, le glaïeul est appelé glaviuz ou glagous (ça commençait pas bien…). À la jointure du XIIIe et du XIVe, Henri de Mondeville parlait de “gros glagel” (pas mieux, hein ?). 

Au XVIe, Jean de Serres utilise le mot tel qu’on le connait aujourd’hui : “Le glaïeul, dict aussi yris, s’eslève par bulbes ou racines sans filament… ses fleurs bleues sont agréables à la vue.” Agréable, agréable… Avait-il oublié ses lunettes ? 

Je ne peux terminer ce paragraphe linguistique sans évoquer le pluriel de glaïeul… C’est glaïeux. Franchement dégueu, non ? 

©thyegn

Les qualités du glaïeul dont on peut se passer ! 

J’ai lu que les herboristes africains utilisent les bulbes de glaïeuls pour leurs propriétés médicamenteuses. Il parait qu’ils permettraient de lutter contre la dysenterie (respect), mais aussi contre les diarrhées ET la constipation. Trop fort le glaïeul… si c’est vrai.  

Il parait aussi qu’offrir une brassée de glaïeuls signifie qu’on avoue avoir le béguin pour elle ou lui. Mais comment peut-on offrir un truc si laid, des fleurs toutes raides, sans charme à son amoureux-se ? Je préfèrerai nettement un paquet en vrac de pissenlit ou un bouquet de chardons. 

D’ailleurs, même les écrivains ont du mal à lui trouver des vraies qualités au glaïeul. Prosper Mérimée a bien essayé dans “La Vénus d’Ille” : “… la tendre orchidée, le décoratif fuchsia, le glaïeul rouge, le volubilis trop souple.” Vous avez sans doute remarqué que l’orchidée, le fuchsia et le volubilis sont autrement qualifiés que ce “rouge” banal et raplapla accolé au glaïeul. Un peu comme si Mérimée avait vainement tenté de trouver quelque chose de sympa à écrire sur la plante alors qu’en réalité, le glaïeul lui sortait par les oreilles. Merci Prosper !

©sbphoto

Leur ode au glaïeul

Tous les goûts sont dans la nature. L’honnêteté m’oblige donc à laisser un peu de place à Marcel et André…

“Le glaïeul, laissant fléchir ses glaives avec un abandon royal, étendait sur l’eupatoire et la grenouillette au pied mouillé les fleurs de lis en lambeaux, violettes et jaunes, de son spectre lacustre”. C’est beau comme du Proust (c’est normal, c’en est), mais je me demande si Marcel n’avait pas avalé plus de médicaments que d’habitude (ou fumé un truc pas net) quand il écrivit ces mots dans “Du côté de chez Swann”, en 1913

“Ma femme aux fesses de grès et d’amiante – Ma femme aux fesses de dos de cygne – Ma femme aux fesses de printemps – Au sexe de glaïeul”, écrivit André Breton dans l’Union libre, en 1931. Surréaliste, n’est-il pas ? 

Post-scriptum

Le glaïeul des marais est surnommé le “glaïeul puant” (aïe !)

En revanche, j’aime beaucoup le glaïeul d’Abyssinie et le glaïeul de Bizance…

"Lien

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