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Dans les vergers écoresponsables

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Branex

L’Association Pommes Poires rassemble les producteurs français de pommes et de poires engagés dans la démarche Vergers écoresponsables (qui est aussi un label apposé sur les fruits). Elle réunit deux tiers des producteurs qui, pour certains, ouvrent leurs champs de production notamment à l’automne. Coup de zoom sur la production française avec le directeur de l’association, Josselin Saint-Raymond. 

Hortus Focus : un verger écoresponsable, c’est quoi ?

Josselin Saint-Raymond : la démarche des vergers écoresponsables, c’est la production intégrée, initiée dès 1997. Et un label qui permet d’identifier les fruits cultivés par ces vergers. C’est avant tout une philosophie de travail. Les producteurs font le choix de mettre en œuvre toutes les méthodes alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires, et notamment la présence dans ces vergers de nombreux auxiliaires de culture. En dernier recours, les arboriculteurs peuvent avoir recours à des produits, mais ce sont des produits homologués en agriculture biologique. 

Votre association Pommes Poires regroupe-t-elle de nombreux producteurs ?

Nous regroupons 1400 producteurs qui produisent environ 1 million de tonnes de pommes et 50 000 tonnes de poires. Les producteurs doivent respecter une charte technique élaborée par le Centre interprofessionnel des Fruits et des Légumes. Cette charte définit les grands principes de production avec l’obligation d’utilisation de la confusion sexuelle ou l’utilisation de filets anti-insectes Alt’Carpo pour limiter voir ne plus utiliser du tout de produits phytosanitaires. Notre association a été très avant-gardiste sur le sujet des produits phytos. Nos adhérents s’engagent aussi, par exemple, à laisser de l’herbe entre les rangs. Il faut aussi souligner que des producteurs de fruits à noyau (abricots, pêches, nectarines…) nous ont rejoints dans cette démarche. 

©Burning Bright
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Comment reconnaître ces fruits ? 

Les fruits portent une étiquette. On y voit une pomme avec une petite feuille sur laquelle est écrit « Verger écoresponsable » et une distinction bleu-blanc-rouge, car c’est un label exclusivement réservé à la production française depuis 2010. On peut trouver ces fruits dans les supermarchés, les détaillants spécialisés, les marchés de plein vent, un peu partout en fait. 

Les producteurs nous observent un peu partout dans le monde. Ce label est une initiative unique en Europe, car aucun autre pays n’a développé un cahier des charges aussi abouti. Et dans le monde, seule la Nouvelle-Zélande agit de même. 

Peut-on consommer ces pommes et poires avec leur peau ?

Tous les fruits qui sortent d’un verger écoresponsable sont consommables avec leur peau. Le label garantit une qualité sanitaire exceptionnelle. Et je peux vous dire que nous suivons cette qualité constamment en analysant les résidus éventuellement présents sur les fruits de nos producteurs. Nous réalisons entre 1300 et 1400 analyses par an. Les contrôles sont drastiques. En revanche, j’invite tout le monde à passer ces fruits sous l’eau, car, quel que soit l’endroit où vous les achetez, on ne sait pas qui les a touchés en rayon. 

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©encrier

Côté arrosage, les producteurs doivent-ils suivre certaines normes ? 

Pommiers et poiriers n’ont pas besoin d’énormément d’eau, mais d’un apport hydrique régulier. L’arrivée de l’eau, l’irrigation sont donc des enjeux majeurs pour production arboricole française. Dans les vergers écoresponsables, on utilise des sondes, des outils de pilotage, de la micro-irrigation, du goutte-à-goutte pour être le plus économe possible. Mais on est obligé d’arroser pour une raison très simple : un arbre qui ne subit pas de stress hydrique résiste beaucoup mieux aux ravageurs et aux maladies. 

Si vous visitez un verger, vous pouvez aussi constater que les variétés se comportent différemment. Certaines parviennent à tolérer relativement bien la sécheresse, d’autres moins et la chute des feuilles est chez elles plus précoce. En 2019, nous avons eu 50°C dans certains vergers ! Forcément, cela crée des désordres physiologiques. Et cela provoque aussi un phénomène d’alternance renforcé.

C’est quoi, l’alternance chez un fruitier ? 

C’est un phénomène naturel. Si on laisse un pommier produire sans jamais le tailler, il va avoir énormément de fleurs et donc beaucoup de fruits. L’année suivante, il portera peu de fleurs. Une sorte de repos physiologique qui lui permet de reconstituer ses réserves. Dans un verger professionnel, on taille pour limiter l’alternance. Chez vous, si vous ne taillez pas, vous pouvez en revanche éclaircir votre fruitier. Sur un pommier, gardez l’espace d’une main entre deux pommes sur la même branche pour que la charge ne soit pas trop importante. Vous allez ainsi favoriser la floraison l’année suivante, et donc la production de fruits. 

Les grandes surfaces jouent-elles le jeu du bon prix ?

Aujourd’hui, franchement, qu’il s’agisse de la grande distribution ou des grossistes, on a une rémunération satisfaisante. Je pense, par ailleurs, que plus généralement, on ne se rend pas compte qu’on a la chance d’avoir des fruits et des légumes peu chers en France. Allez faire un tour aux États-Unis, le prix au kilo est souvent le double du prix français. 

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©VLG

Sur les étals, vous trouvez des fruits très calibrés. Une pomme de petit calibre et pas très belle sera achetée moins cher qu’une pomme d’un beau calibre et dont l’aspect ne présente que peu de défaut. Les écarts de tri sont valorisés, les pommes moins parfaites, mais tout aussi bonnes partent chez Materne, Andros, Valade, Charles et Alice… pour être transformées en compote. Rien ne doit se perdre pour garantir l’équilibre économique d’un verger écoresponsable et assurer une rémunération satisfaisante au producteur. 

Est-ce que les goûts des consommateurs évoluent ? 

On observe aujourd’hui une demande accrue de consommation de fruits exotiques, mais aussi des fruits rouges, des myrtilles notamment. Du côté des pommes et des poires, les gens sont exigeants sur le goût et la diversité des goûts. Il y a ceux qui adorent les pommes croquantes et parfumées, d’autres recherchent une pointe d’acidité. Les consommateurs les plus âgés plébiscitent des pommes moins fermes qu’on retrouve facilement dans des variétés de terroir comme la ‘Belchard’ ou la ‘Canada’. Je conseille aux parents dont les enfants n’aiment pas les pommes ou les poires de diversifier leurs achats, de faire goûter aux petits des variétés différentes. Souvent, les gens achètent toujours la même variété…

pommes - Hortus Focus

Comment vont les producteurs français alors ?

Ils s’adaptent ! La production de pommes et de poires ne reçoit pas de subventions de la PAC (Politique agricole commune). Donc, ce qui nous fait vivre c’est notre capacité à répondre à la demande du consommateur que ce soit sur le marché français ou sur les marchés du monde. Je pense qu’on a vraiment de grands avantages à faire valoir. On a des terroirs fantastiques, une diversité variétale et un savoir-faire exceptionnel. Nos modes de production sont très respectueux de l’environnement, et je pense que cette exigence environnementale est une des clés du succès pour l’avenir. 

Côté goût, peut-on avoir des surprises dans les années à venir ?

Quand on va chez un obtenteur, il a plusieurs dizaines de milliers d’hybrides en observation. Puis, on sème les pépins et chaque pépin a un patrimoine génétique particulier. La diversité des goûts est extraordinaire, arômes d’agrumes, goûts de fruits exotiques… Mais est-ce que le consommateur est prêt à « oublier » le goût traditionnel de la pomme et à apprécier un fruit à la saveur très prononcée de banane ? J’ai pu goûter cette pomme au goût de banane, c’était extraordinaire, mais la variété s’est avérée peu productive et elle a été écartée. Mais les obtenteurs ont des variétés à venir tout à fait étonnantes… 

L’arboriculture fruitière intéresse-t-elle les jeunes aujourd’hui ?

Il faut tout faire pour aider de jeunes passionnés à s’installer. Il faut assurer la succession de nos futurs producteurs retraités. Les exploitations arboricoles sont souvent familiales, de petite taille, en moyenne 15 hectares. Mais les investissements sont relativement importants. La labellisation permet de valoriser la qualité du travail des arboriculteurs français. Le consommateur doit comprendre que cette production de qualité a un prix.

Entre 2010 et 2016, nous avons perdu 29% de producteurs de fruits en France. Nos coûts de production sont très élevés. On a des exigences et des règles sanitaires et environnementales beaucoup plus strictes que les autres pays européens. Nous sommes les plus chers d’Europe, cela nous dessert sur les marchés export par rapport à des gens qui font moins attention à l’environnement, à la qualité sanitaire, mais aussi à l’attention sociale portée aux travailleurs. 

poires - pommes

Est-ce qu’on crée encore de nouvelles variétés ? Et de quel type ?  

Bien sûr ! Nous avons un objectif essentiel, c’est la résistance aux maladies et notamment à la tavelure qui est liée à un champignon. Le but, c’est de pouvoir cultiver des fruits qui permettent de limiter considérablement les produits fongicides dans le verger. Si les nouvelles variétés montrent qu’elles ne sont pas résistantes, elles sont éliminées directement. Une fois ce premier filtre passé, on observe le port de l’arbre, sa capacité à bien produire, sa qualité gustative, la régularité de la production. 

Variétés de pommes - Hortus Focus

Quelques variétés récentes de pommes

‘Honeycrunch’® : croquante, très juteuse, goût de miel 

‘Antarès’ ® : très choquante, sucrée, assez acidulée.

‘Rubinette’ ® : fine et juteuse, très aromatique, légèrement acidulée.

‘Pinkgold’® : assez croquante, parfois légèrement farineuse, sucrée, aromatique.

‘Choupette’ ® : ferme, croquante, très sucrée, légèrement acidulée. 

‘Juliet’ ® : croquée, très sucrée, moyennement aromatique.

vergers écoresponsables
'Juliet' ©Celeste Godwin
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