Notre santé est en danger ? Les pesticides en question

Les pesticides tuent tout, avec Pierre-Henri Gouyon
Les pesticides tuent tout, avec Pierre-Henri Gouyon
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Notre santé est en danger ? Les pesticides en question
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Les pesticides sont-ils un danger pour notre santé ? Voici un sujet sur lequel il semble toujours important de revenir, en particulier après les mouvements menés par les agriculteurs un peu partout en France.  

On en parle avec :

Pierre Henri-Gouyon, Professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, ingénieur agronome, docteur en écologie, master en philosophie, docteur ès sciences et docteur-ingénieur en génétique.

Quelques éléments factuels et néanmoins importants

Parfois, les faits sont têtus. Ainsi, force est de constater que la “pause” décidée par le gouvernement actuel sur le plan Écophyto qui prévoyait une diminution de 50% des pesticides d’ici à 2025, puis 2030 et la sortie du glyphosate, est absurde, mais absolument symbolique. Ce plan est un échec que les pouvoirs publics refusent de reconnaitre.

“Constatant l’échec des plans successifs « Ecophyto » de réduction des pesticides en France, un rapport parlementaire publié il y a quelques jours souligne « l’impuissance publique » en la matière, et déplore l’incohérence des politiques menées depuis quinze ans” peut-on lire dans Les Échos, du 2 janvier 2024.

Le glyphosate ne recule pas

Très efficace, peu coûteux, le glyphosate est aujourd’hui le deuxième pesticide consommé en France après le soufre. Les ventes de glyphosate ont augmenté de 50 % entre 2009 et 2018. Presque 10 000 tonnes ont été vendues en 2018 pour répondre à la demande essentiellement en grandes cultures, céréales, vignes et arboriculture. D’ailleurs, une étude de l’INSERM d’octobre 2023 confirme la dangerosité des pesticides pour les riverains des vignobles. En France, environ 500 leucémies sont diagnostiquées chaque année chez des enfants.

La santé en danger faute d'arbres et de biodiversité
©Isabelle Vauconsant

Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale

Populations professionnelles, une santé en danger

Ce sont celles qui manipulent ou sont en contact avec des pesticides régulièrement, et sont a priori les plus exposées. Donc, on parle là des agriculteurs en majorité.

L’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies :

  • lymphomes non hodgkiniens (LNH),
  • myélome multiple,
  • cancer de la prostate,
  • maladie de Parkinson,
  • troubles cognitifs,
  • bronchopneumopathie chronique obstructive et bronchite chronique.

Des liens ont été identifiés pour d’autres pathologies ou événements de santé avec une présomption moyenne. C’est le cas notamment pour :

  • la maladie d’Alzheimer,
  • les troubles anxiodépressifs,
  • certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous),
  • l’asthme et les sifflements respiratoires
  • les pathologies thyroïdiennes.

Transmissions mère-enfant

Une présomption forte de lien entre l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse (exposition professionnelle ou par utilisation domestique) ou chez l’enfant et le risque de certains cancers, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central.

Que signifient “présomption de lien” ?

En épidémiologie, la « présomption d’un lien » signifie qu’on observe une association entre un facteur particulier –  par exemple, une exposition aux pesticides – et un effet sur la santé – par exemple, une pathologie neurologique.

Défendre la santé attaquée

Nombre d’ONG et d’associations, comme le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, militent pour la reconnaissance des effets sanitaires liés à l’exposition aux pesticides chez les agriculteurs et pour leurs familles. Ils demandent que le tableau des maladies professionnelles intègre ces pathologies associées à l’usage des pesticides.

Santé en danger, faute de zones humides
©Isabelle Vauconsant

De l’agrochimie à l’agroécologie

En finir avec la chimie !

Si l’agrochimie est définitivement un mode de culture qui met en danger notre santé, il est important de prendre conscience que nous ne sommes pas dans un face-à-face entre deux blocs ennemis. Les agriculteurs, peu ou pas aidés par les pouvoirs publics nationaux comme Européens, essaient pour nombre d’entre eux de s’intéresser aux pratiques plus vertueuses de l’agroécologie qui est recommandée par la FAO au nouveau mondial.

Un système pousse-au-crime

Mais le système fonctionne sur une rémunération à l’hectare qui finance les plus riches d’entre eux, au détriment de tous les autres et tout particulièrement des paysans en transitions agroécologique et bio. Lors des derniers États généraux des agricultures alternatives qui avaient lieu à Joigny, Marc Dufumier rappelait à quel point la situation est critique. Pour lui, il y a urgence à en finir avec le rendement et les subventions à l’hectare sans calculer ce qui est détruit.

Calculer les externalités positives et négatives

Une externalité est une situation économique dans laquelle l’action d’une personne ou d’une chose a une influence directe, positive ou négative, sur une autre personne ou sur la nature sans que cette dernière n’ait un lien avec l’action d’origine.

Si on imputait les coûts liés aux destructions faites sur la biodiversité, les sols, les emplois, la santé, mais aussi la nécessité des dépolluer et de réparer les multiples dégâts, sur le rendement à l’hectare, on découvrirait à quel point il est médiocre. Et ceci, avant même de prendre en compte les 104 milliards d’euros, dépensés pour soigner les maladies chroniques chaque année, auxquels s’ajoutent 6,7 milliards d’euros pour les maladies neurologiques et 16, 8 milliards d’euros pour le cancer.

Notre santé est en danger

Si bien sûr, il n’est pas question de mettre en cause les seules pratiques agricoles dans la prévalence de ces maladies, les études s’accumulent pour apporter la preuve que notre alimentation n’est pas de qualité. Et cette alimentation, comme l’eau que nous consommons, contribuent, dixit Marc Dufumier, à la réduction de l’espérance de vie en bonne santé d’au moins une décennie pour les nouvelles générations.

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