La tanière des champs, chez Gabriel et Pierre

© Isabelle Morand

Gabriel et Pierre cultivent leur jardin, la Tanière des Champs, dans la Loire. La vue sur le village de Chagnon et les environs est superbe. Mais qui dit vue… dit pente. Effectivement, le jardin est sacrément en pente. Mais le couple fait avec ! 

Hortus Focus : As-tu toujours habité ici ?

Gabriel Fond : Non, mais je suis né ici, à quelques centaines de mètres de la maison et j’ai vécu à Chagnon jusqu’à 20 ans. Puis, je suis parti à Paris, j’ai voyagé dans toute la France  avant de me fixer à Lyon. Voilà 15 ans, j’ai fait construire la maison et aménagé progressivement le jardin sur le terrain qui fait environ 8000 m2.

Pierre et Gabriel ©Isabelle Vauconsant
Pierre et Gabriel ©Isabelle Vauconsant

Tu as toujours aimé jardiner ? 

On peut dire que je suis né dans le jardin, car mes parents étaient agriculteurs. Donc, le travail de la terre, la vie des plantes, je connais bien. Et c’est quelque chose que l’on n’oublie pas ! 

Qu’apprécies-tu dans ton environnement ? 

Chagnon est un vieux village, assez escarpé, sur lequel se trouvent des vestiges gallo-romains. On se croirait presque en Ardèche du Sud ou dans l’arrière-pays niçois. Certains visiteurs disent que le paysage leur rappelle la Toscane, c’est très flatteur pour mon village qui compte environ 500 habitants. Et de la maison, j’ai toujours quelque chose à observer, l’église, le bourg, les hameaux alentour, la nature… L’été, c’est vert, tout vert. La végétation se marie à merveille avec le minéral. Pour moi, c’est ce qu’il peut exister de plus beau. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

On trouve des vestiges gallo-romains dans ton jardin ?

Pas dedans, dessous… Un aqueduc gallo-romain passe en souterrain, on l’appelle localement la cave du curé. C’est un aqueduc qui fait 70 km de long. Il amenait l’eau du massif du Pilat jusqu’à Lugdanum (aujourd’hui Lyon). On retrouve des vestiges de cet aqueduc un peu partout sur les chemins de randonnée. Quand l’aqueduc a été abandonné, les paysans ont récupéré les pierres pour faire des escaliers, des terrasses pour les cultures. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Comment as-tu abordé l’aménagement de ton jardin ?

J’occupais déjà la petite maison en contrebas qui fait office de gite aujourd’hui. J’ai d’abord demandé à un paysagiste de terrasser et planter l’arrière de la maison, ce qu’on surnomme l’amphithéâtre. Le terrain est extrêmement pauvre, rocheux, sec et il a installé des genévriers, des conifères pour avoir une végétation permanente. Et après, je m’en suis occupé petit à petit, j’ai créé des terrasses, planté et planté. La dernière parcelle aménagée c’est celle qui surplombe le village avec des plantes plutôt de type méditerranéen qui ne demandent pas d’arrosage, quelques arbustes et des vivaces. 

Pourquoi as-tu planté autant de conifères ?

Ils se plaisent bien dans le terrain. Ils ont très bien poussé. J’en ai semé une grande partie. Par exemple, les pins maritimes sont nés de graines que j’ai récoltées voilà 35 ans dans le Haut-Var. J’ai aussi fait pousser des pins noirs d’Autriche, un pin parasol (P. pinea), des cèdres du Liban (Cedrus libani), un pin Douglas (Pseudotsuga menziesii).

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Tu as énormément d’arbustes à tailler. Comment as-tu appris ?

J’ai beaucoup appris d’Olivier, un ami pépiniériste paysagiste dans le Haut-Jura, qui m’a donné quelques cours de taille. Il m’a expliqué que plus on taille, plus l’arbre s’enracine. À chaque taille, la racine descend. Et comme nous sommes sur un terrain pauvre et peu riche en eau, ça permet à l’arbuste de se stabiliser et de vivre mieux. Je ne taille qu’une fois par an, au mois d’août. Quand on taille en août, la plante ne pousse plus beaucoup et je suis tranquille jusqu’à l’année d’après. Ma haie de charme comme d’autres arbustes n’est taillée qu’une fois par an. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Avec un tel terrain, ça ne doit pas être facile de cultiver ton potager ?

Le bout de terrain ne m’appartient pas. Mais la commune m’a autorisé à cultiver cette parcelle enclavée dans mon jardin et qui était à l’abandon. Nous avons commencé avec Pierre à nous attaquer aux ronces qui faisaient 4 à 5 m de haut. C’est un bon endroit pour le potager, car c’était auparavant une terre cultivée et la terre est bonne. Je cultive sur planches un peu surélevées pour nous faciliter la tâche.

Au quotidien, ça ne doit pas être simple de jardiner tout le temps en pente ?

J’utilise une tondeuse pour la partie principale. Dans la partie basse, c’est beaucoup plus difficile, c’est pentu et les sentiers sont très étroits. Même la brouette a du mal quelquefois à arriver sur zone. Après, il faut de l’huile de coude ! Mon outil principal, c’est tout de même la débroussailleuse qui permet de faire le ménage facilement surtout dans les recoins. 

La nature de ton terrain t’a-t-elle obligé à renoncer à certaines plantes ?

J’ai peu à peu abandonné les hydrangéas en pleine terre ; j’en ai quelques-uns que je cultive en pot avec un arrosage automatique. En revanche, j’ai découvert de nouvelles plantes, locales, simples, des végétaux méditerranéens parfaitement adaptés à mon terrain sec, schisteux, friable. Et comme le climat change, tout s’adapte bien. Ici, auparavant, on avait des hivers très rigoureux, ce n’est plus le cas. Et les étés sont chauds, de plus en plus chauds. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Comment gères-tu l’eau, l’arrosage ? 

On récupère l’eau de pluie de toutes les toitures, y compris celle de la cabane de jardin, de l’abri pour le bois. Au total, on arrive à stocker 6 m3. Mais s’il ne pleut pas, les réserves s’épuisent vite. 

Nous sommes au printemps. Qu’as-tu planté pour marquer le réveil du jardin ? 

J’ai découvert les Prunus voilà quelques années et j’en ai planté quelques-uns, notamment un pêcher à fleurs (Prunus persica). J’attends avec impatience la floraison des cornouillers à fleurs (Cornus kousa), ce sont vraiment mes arbustes préférés même si mon terrain ne s’y prête pas beaucoup et que j’en ai déjà perdu plusieurs. Mais je persévère ! 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Tu as aussi découvert récemment les Mahonia ?

Oui, cela date de deux ou trois ans seulement. J’en ai planté plusieurs et je cherche de nouvelles variétés à installer. Là, j’attends un Mahonia longibracteata. Le trou de plantation est déjà prêt ! Ces arbustes poussent vraiment bien ici, le ‘Soft Caress’ est très beau. On dit souvent qu’il ne faut pas tailler ces mahonias ; moi, je l’ai fait, car ils étaient trop hauts, ils ne m’ont pas voulu. 

Comment nourris-tu tes plantes ?

Avec du broyat des arbres et arbustes du jardin. Avec le compost aussi ; nous en récupérons environ 2 m3 par an en utilisant tous les déchets verts, ménagers… 

Quels sont tes projets et envies pour votre jardin ? 

Nous avons beaucoup planté ces dernières années, alors on temporise un peu. Ces dernières années, j’ai planté beaucoup de plantes grimpantes notamment des rosiers (Rosa banksiae, ‘Guirlande d’Amour’, ‘Iceberg’…), Pierre s’est lancé dans la fabrication de structures pour que tout ce petit monde puisse bien pousser. 

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

À toi les plantes, à Pierre les constructions ?

Pierre a des mains en or ! On les fait ensemble, mais c’est lui le maître menuisier. Il excelle dans ce domaine. Il a fait la terrasse, l’habillage de la piscine hors-sol, toutes les pergolas, les carrelages, les murs en pierre et ceux en rondins. 

Tu as une autre plante préférée ?

J’adore les Cotinus, tous les Cotinus. J’en ai planté une dizaine de variétés et ils se plaisent bien ici, le sec ne leur fait pas peur. Je les taille en hauteur pour ne pas qu’ils nous bouchent la vue. Je les aime pour leur floraison.

Insectes, oiseaux, le jardin en est plein ! Que faites-vous pour les attirer et les retenir ? 

Nous sommes entourés de forêts, donc les oiseaux sont nombreux dans le coin et dans le jardin. Pierre adore les oiseaux et fait tout pour qu’ils se sentent bien chez nous. Il a construit beaucoup de nichoirs, il nourrit les oiseaux l’hiver. Les plantes mellifères nous permettent d’avoir de nombreux papillons et d’abeilles. On a aussi un écureuil qui prend son petit-déjeuner sous la fenêtre en même temps que nous. 

L’un de tes derniers coups de cœur ?

J’ai découvert un ciste très original, le ciste à feuille d’arroche (Cistus atriplicifolius). Son feuillage est persistant, argenté. Il fleurit jaune. Ce sont des petites fleurs éphémères. S’il fait beau et lumineux, elles s’ouvrent vers 8 h du matin et à 9 heures, c’est fini. Si le temps est couvert, elles peuvent rester ouvertes une demi-journée. En revanche, la floraison dure longtemps du printemps à octobre-novembre. 

Cistus atriplicifolius ©Isabelle Morand
Cistus atriplicifolius ©Isabelle Morand

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