Dans le jardin de Patou

Didier Hirsch

Il est à ma taille ! », dit-elle en riant. Effectivement Patricia Mario n’est pas très grande et son jardin non plus. Pas facile d’avoir un beau, généreux et surprenant jardin quand l’espace est réduit. Mais elle y est parvenue. Bienvenue dans le jardin de Patou, dans l’Essonne. 

Hortus Focus : comment était le jardin quand tu es arrivée ici ?

Patricia Mario : Il y avait le géant du jardin, un grand sapin qui est toujours là, mais on lui a coupé la tête, car il était vraiment trop grand et penchait dangereusement pour nous et les voisins. Maintenant, il ne bouge plus même quand une tempête souffle. On a découvert aussi un rhododendron planté en plein soleil… Il a évidemment du mal à fleurir. Je le taille de temps en temps pour qu’il s’étoffe et ne fasse pas de grandes tiges avec une seule fleur au bout.

Y avait-il des haies ?

Oui, des affreuses haies de thuyas qui étaient très larges, environ 1,5 m, et mangeaient tout l’espace. Nous les avons fait enlever, mais je me suis bien cassé le dos à enlever tout ce qui restait de branches et de morceaux de souches ! C’est coriace ces choses-là ! Le bois de thuya met des années à des années à se dégrader, il faut donc enlever les morceaux à la main, à la pelle, à la pioche pour bien nettoyer le terrain. J’ai aussi utilisé une minimotobineuse pour retirer le maximum de racines et pouvoir planter ensuite.

As-tu conservé d’autres plantes ?

Oui, j’ai choisi de garder la viorne qui a pris de belles proportions. Le monsieur qui habitait là avant devait la rabattre à la tronçonneuse. Avec Gilles, mon mari, on l’élague à la perche pour lui conserver un port en grosse boule. Et je l’ai taillée en transparence pour qu’on puisse observer les oiseaux, observer le jardin à travers et planter en dessous des mini-hostas, des heuchères, un peu d’herbe-aux-goutteux (Aegopodium), et désormais des petites fougères, car elles ont l’air de bien se plaire sous la viorne.

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Autre arbuste taillé en boule, le prunier ?

C’est un rejet du prunier à quetsches de ma voisine. Je l’ai laissé pousser et je le taille en boule et en transparence. C’est un arbuste qui drageonne énormément, j’arrache sans cesse des rejets.

Comment choisis-tu tes végétaux ?

Ils doivent évidemment être adaptés à la taille de mon jardin. J’ai donc beaucoup de variétés naines et si elles ne le sont pas, je les contiens. Dans un petit espace, il faut être vigilant à ce que chaque plante reste bien à sa place. Je taille et rectifie tout le temps, j’ai le sécateur en main en permanence. Je plante aussi autant que je le peux des plantes mellifères comme le céanothe ‘Gloire de Versailles ‘. Quand il est en fleurs, c’est une ruche. Et comme cette variété est remontante, les bestioles peuvent en profiter longtemps. Lui aussi est taillé en transparence pour me permettre de planter en dessous et autour des géraniums vivaces (comme ‘Expresso’), des heuchères, des persicaires, des tiarelles, des petites spirées aussi, car j’adore ces arbustes.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Aujourd’hui, les rosiers sont un peu les rois de ton jardin…

Effectivement ! J’ai une bonne quarantaine de rosiers. Quand on a retiré les haies, je n’avais qu’une envie : voir des rosiers à la place de ces fichus thuyas ! J’ai demandé conseil à André Ève, car mon jardin ne reçoit pas énormément de soleil et surtout pas à longueur de journée. Il m’a alors conseillé de planter ‘Sourire d’orchidée’, ‘Blush Noisette, ‘Rush’, ‘Cornelia’,’Reine des Violettes’, ‘Ghislaine de Féligonde’… On trouve aussi ‘Clio’ aux fleurs très parfumées, mais qui ne supportent pas les pluies d’orage ; les fleurs se gorgent d’eau, pourrissent, c’est vraiment laid. J’ai aussi un ‘Complicata’ qui fait des fruits décoratifs à l’automne. Les oiseaux l’apprécient autour que moi.  Les fleurs de ‘Complicata’ ont une autre particularité : elles s’ouvrent le matin et se referment le soir, ce qui n’est pas courant chez les rosiers.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Tu n’as planté qu’un seul rosier à fleurs rouges. Pourquoi ?

C’est mon mari qui m’y a obligée ! Il en avait un peu marre de mes tons pâles et il a eu un coup de cœur pour ‘Gites de France’ qui fleurit tout l’été. Nous l’avons planté contre un des murs de la maison et je l’avoue : moi aussi je l’aime beaucoup, mais je n’aurais jamais seule osé le planter !

D’où viennent tes rosiers ?

Je trouve toujours mon bonheur dans les créations de Jean-Lin Lebrun (Mela Rosa). Il produit une gamme de petits rosiers dont la taille et les fleurs sont bien adaptées à mon jardin. J’ai planté ‘Bisous d’Amour’, ‘Cosy Rose’, ‘La Tine d’Amour’ ‘Lili d’Amour’, ‘Ti Puce d’Amour’… Tous sont des rosiers ravissants qui se marient bien entre eux, mais aussi avec les autres plantes du jardin. Ce sont vraiment de très bons rosiers.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Autres éléments clés du jardin : la cascade et la mini-mare…

On a commencé par construire une rivière sèche avant de s’atteler aux grands travaux avec la cascade qui se jette dans la mare.

Quelles plantes as-tu installées dedans et autour ?

J’ai planté un nénuphar, des iris, de l’helxine. C’est un couvre-sol très cavaleur, mais j’aime beaucoup son aspect, sa couleur, sa densité. Si je la laissais faire, elle crapahuterait partout y compris dans les touffes d’ophiopogon (O. nigrescens). De temps en temps, j’en arrache pour en mettre en pot ou en donner aux copines. Cette année, j’ai ajouté une annuelle, l’euphorbe ‘Diamond Frost’ dont j’aime la floraison aérienne. Je ne cultive pas beaucoup d’annuelles, j’en plante seulement pour boucher des trous.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Cette mare te demande-t-elle beaucoup d’entretien ?

Tous les ans, je mets mes bottes (pas besoin de cuissardes !) pour un mini-nettoyage. Je coupe la moitié des racines du nénuphar, j’enlève des choses ici et là, mais c’est très vite fait. Et pendant la saison, dès qu’une feuille de nénuphar est moche, je l’enlève. Ça fait de la place pour les nouvelles.

Quelles sont les couleurs dominantes de ton jardin ?

Le rose, le bleu, le mauve, le pourpre (en petites touches pour réveiller, donner de la profondeur au rose). Les couleurs vives, criardes, ce n’est pas mon truc sauf ici et là pour attirer l’œil. Je n’aime pas trop le jaune sauf celui de la lysimaque ponctuée (Lysimachia punctata) plantée sur les conseils d’une amie jardinière et je ne le regrette pas. Elle apporte de la lumière au jardin comme l’origan doré ‘Norton Gold’ qui fleurit blanc et s’étale vite. Si vite que chaque année j’en arrache. Je crois que toutes mes copines ont des bébés de cet origan chez elle.

©Isabelle Morand
©Isabelle Morand

Que trouve-t-on dans ton « Sentier des petits bonheurs » ?

Des amies m’ont offert un panneau pour mon anniversaire, à charge pour moi d’y inscrire ce que je voulais. J’ai hésité et puis je me suis décidée pour le « Sentier des petits bonheurs », car c’est un coin du jardin en sous-bois où j’ai rassemblé plein de plantes qui me font plaisir.

La taille de ton jardin implique-t-elle un entretien à la pince à épiler ?

Non, et en plus j’ai horreur des jardins trop nets, où il n’y a aucune surprise. J’essaye de ne pas planter les petits devants, les grands derrières. Au contraire, je fais même l’inverse, je mélange tout pour avoir des surprises dans les massifs. Je laisse aussi les plantes se ressemer, je regarde l’effet naturellement donné avant d’intervenir. Cette année, une germandrée (Teucrium hircanicum) a pris place en bordure, à côté d’un géranium, je l’ai laissé. La Briza media va où elle veut et je la cueille pour faire des bouquets secs…

Tu arrives à installer des touches déco dans cette marée végétale ?

Ah oui, et j’adore ça ! Et puis la déco peut être utile aussi, nous avons plusieurs bains d’oiseaux pour abreuver les volatiles du coin. Je ne résiste pas à ajouter une petite grenouille, une cloche, une mini pagode qui ont souvent une utilité : ici, l’objet marque un endroit à replanter, là je peux m’en servir pour soutenir une plante ou encore indiquer qu’il ne faut pas marcher sur cette zone.

©Didier Hirsch
©Didier Hirsch

Des arbustes coups de cœur

Rosier liane ‘Kiftsgate’ (R. filipes)

Il fait de belles églantines blanches. J’ai été obligée d’installer une gloriette pour pouvoir se tenir, sinon il a tendance à se vautrer et alors plus rien ne pousse en dessous. Les branches peuvent mesurer jusqu’à 6 mètres et prennent souvent la tangente chez les voisins. Il faut le couper, car ce rosier est très piquant et les voisins ont des enfants, ça peut être dangereux. À chaque fois qu’il a fini sa floraison, couic !

Cornus alba ‘Elegantissima’

J’aime beaucoup ce cornouiller, les feuilles prennent une teinte rosée avant de tomber. Les tiges sont rouges, souples. Il fait des fleurs blanches qui attirent énormément les butineuses. Je le trouve intéressant toute l’année.

Les spirées

Je les adore littéralement. J’ai réussi à en caser plusieurs : S. thunbergii ‘Fujino Pink’, des S. japonica (‘White Gold’, ’Golden Flam’, ‘Crispa’ au feuillage dentelé). J’aime leurs floraisons et j’en fais souvent des boutures pour les offrir.

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