Saponaires et saponines : propreté et propriétés 😉

Saponaire - Saponaria-officinalis
©PhoThoughts

L es saponaires (Caryophyllaceae) tirent leur nom du fait que leurs rhizomes contiennent des saponines. Ces molécules sont détergentes et émulsifiantes. Quelques plantes et animaux en produisent aussi naturellement. Elles ont l’étonnante particularité de faire mousser l’eau, leur permettant (surtout l’espèce Saponaria officinalis) d’être utilisées comme substitut du savon.

Ses autres noms “herbe à savon”, “savon du fossé”, “savonnière” ou “herbe à femme” (NDLR. Bonjour la charge mentale… ) ne laissent planer aucun doute. On en connaît en tout une bonne vingtaine d’espèces, le plus souvent méditerranéennes. Certaines portent le nom de “saponaires” simplement par analogie ou par traduction littérale du nom de genre Saponaria.

Une plante facile

Vivace rustique très florifère, elle drageonne grâce au développement de ses rhizomes. Originaire du sud, centre et ouest de l’Europe et d’Asie du Sud-Est, elle se plante en plein soleil, dans n’importe quel type de sol, neutre à alcalin, mais elle affectionne également les sols graveleux. Elle vit en général dans des sols humides, sableux ou fraîchement chamboulés, sur les bords des cours d’eau ou dans les forêts, entre 600-1600 m d’altitude. Il convient de la tailler au ras du sol après la floraison pour lui conserver sa forme trapue. Elle se multiplie par semis en automne ou au printemps ; division de touffes en automne et possiblement au printemps ; et par bouturage herbacé en mai, bouture à prélever sur les pousses latérales à la base de la touffe.

Saponaire
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Dans les saponaires, il existe 2 genres, Saponaria et Vaccaria.
Chez les Saponaria, en France, on trouve principalement : la saponaire officinale (Saponaria officinalis), la saponaire à feuilles de pâquerette (S. bellidifolia), la saponaire gazonnante (S. caespitosa), la saponaire jaune (S. lutea), la saponaire de Montpellier (S. ocymoides),  la saponaire d’Orient (S. orientalis).
Chez les Vaccaria : la saponaire des vaches (V. hispanica).

 

Saponaire-des-vaches
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saponaire des vaches
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saponaire des vaches
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Quelques mots sur la saponaire des vaches

À l’état sauvage, la saponaire des vaches se rencontre fréquemment dans des endroits chauds et secs. Elle vit en colonie au bord des talus, au bord des routes, des terrains vagues, sur les sables, et parfois au bord des rivières, etc. On la croise jusqu’à 1500 m d’altitude.

La saponaire des vaches est la plante connue qui contient le plus de saponine. Elle est facile à cultiver et peut être semée et récoltée avec le même matériel que celui utilisé pour le colza. 1000 m2 de culture de saponaire des vaches produit 250 kg de graines et au moins 20 kg de saponine.

Un intérêt certain pour la médecine

Depuis les années 90, la science s’intéresse aux saponaires et commence à leur trouver de nombreuses vertus médicinales. Aujourd’hui, les saponines purifiées sont utilisées comme adjuvant de vaccins pour animaux, et font l’objet d’essais sur l’homme. De plus, on connait les qualités antifongiques de Vaccaria hispanica ou pour la régulation de la pression sanguine des mammifères. Études à suivre, donc.

Cependant, la saponaire des vaches fait partie intégrante de la médecine traditionnelle chinoise. On l’utilise pour régulier certains cycles hormonaux (menstruations) et soigner les infections du sein et même certains cancers.

La saponine est un nom générique, car les plantes qui en contiennent produisent une mousse semblable à celle du savon. En réalité, il existe plutôt DES saponines. Certaines sont toxiques pour l’homme, d’autres ne le sont pas. Certaines s’éliminent à la cuisson ou grâce à la lactofermentation.

Après avoir longtemps cru que seuls les végétaux en produisent, les recherches menées dans les années 1990 ont montré que le plancton et divers animaux marins (concombres de mer, étoiles de mer, éponges et zooplancton) peuvent aussi fabriquer de la saponine. On ignore encore les utilisations possibles.

La saponine se concentre dans les rhizomes

Saponaire
©emer1940

Découvrez quelques autres végétaux qui contiennent des saponines

Les plantes produisent des saponines essentiellement pour se protéger contre les insectes et les maladies (bactéries, champignons) en s’attaquant aux membranes des cellules de ces derniers.

On trouve les saponines, soit dans les racines et les tubercules, soit dans les feuilles, soit dans le tronc ou  soit dans les fruits, les graines et les coques (des noix), etc. Certaines étaient utilisées par nos parents, et le sont encore aujourd’hui, pour laver les vêtements, mais aussi pour se laver grâce à leurs vertus antifongiques et médicinales.

Pas que les saponaires

Hormis les saponaires, les plantes les plus riches en saponines appartiennent à la famille des Solanacées : tomate, aubergine, pomme de terre. On en trouve également chez les légumineuses (petit pois, soja…) et dans des plantes comme les épinards, les asperges, la châtaigne et le quinoa. Les tomates vertes non encore à maturité renferment davantage de saponines.

Enfin, les saponines sont généralement toxiques pour les poissons.

Marron d'inde
©dimid_86

Originaire des Balkans

Le marronnier d’Inde fut introduit en Europe occidentale au XVIIe siècle. Son nom vient de la ressemblance de ses graines avec les marrons (de l’italien marrone), nom jusqu’alors utilisé pour désigner de grosses châtaignes.

Le marron d’Inde (ou tout simplement marron, pour les écoliers et leurs parents…) est la graine non comestible du marronnier commun (Aesculus hippocastanum). Cependant, malgré sa saponine et ses tanins, il peut être consommé avec des préparations bien spécifiques. Nous ne vous conseillons pas de vous lancer…

Cette grosse graine est contenue dans une capsule épineuse appelée bogue. Elle est le plus souvent unique et sphérique. La capsule du fruit du marronnier contient trois loges. Chaque loge contient deux ovules, mais un seul se développe en graine. La lourde graine ou le fruit tombe au pied de l’arbre généralement par simple gravité.

Marron ou châtaigne ?

Cette graine ne doit pas être confondue avec le marron comestible, qui ressemble à une grosse châtaigne, fruit du châtaignier.

Le marron d’Inde est toxique, car riche en saponines qui peuvent provoquer des vomissements ou des troubles gastro-intestinaux. Il n’en est pas moins utilisé pour ses propriétés médicinales, par exemple, contre les hémorroïdes. L’extrait de marron d’Inde fait (soi-disant…) aussi disparaître les cernes sous les yeux, grâce à son effet décongestionnant.

Remarque
Par sélections successives de variétés, les marronniers de nos rues ne fructifient pas afin d’éviter les chutes de bogues. Cependant, ils fleurissent au printemps de fleurs blanchâtres rosées.

Soja
©Mailson-Pignata

Encore des saponines

Le soja est l’un des végétaux les plus riches en protéines puisqu’il contient tous les acides aminés indispensables à notre organisme. Il renferme aussi des vitamines A et B, des oligoéléments (glucides, lipides, sels minéraux…) et différentes saponines. À cause de ces dernières, le soja est plutôt utilisé fermenté. Ces consommations traditionnelles permettant d’abaisser significativement leurs teneurs. Ce sont les saponines qui lui donnent une saveur amère et légèrement astringente.

Les excès en tout ayant des effets néfastes pour la santé, trop de soja cru peut provoquer des nausées, des vomissements et une perte d’appétit. Les saponines traversant alors la barrière intestinale atteignent les globules rouges, les attaquent et altèrent la circulation sanguine.

Il existe aujourd’hui des procédés permettant de séparer facilement les saponines des pousses de soja. L’industrie pharmaceutique obtient ainsi des saponines très pures à haut rendement sur une échelle industrielle pour fabriquer des médicaments.

Quinoa
©bin-zhu

Céréales et pseudocéréales

Le quinoa n’est pas une céréale, car ce n’est pas une graminée. Il appartient à la catégorie des pseudocéréales, comme l’amarante et le sarrasin. Il est cultivé depuis plus de 5000 ans sur les hauts plateaux andins d’Amérique du Sud.

Le quinoa fut boudé par les conquérants espagnols à cause de sa teneur en saponines qui le rendait amer, et surtout parce que sa farine n’est pas panifiable en raison de l’absence de gluten. Les conquistadors lui ont préféré le haricot, la pomme de terre, le maïs et le piment.

Cependant, les saponines du quinoa s’éliminent à froid par rinçage, avant la cuisson. Il suffit de vérifier que l’eau ne mousse plus… 12 à 15 minutes à feux doux, dans 2 volumes d’eau pour 1 volume de quinoa et c’est prêt !

Le quinoa est très riche en glucides, en protéines (davantage que les céréales), en fibres. Il contient de nombreux minéraux tels que le fer, le manganèse, le cuivre et tous les acides aminés essentiels qui manquent aux céréales. Le quinoa est donc particulièrement recommandé dans le cadre d’une alimentation végétarienne. Son apport en fibres prévient les maladies cardio-vasculaires. Il normalise les taux de glucose, d’insuline et de cholestérol. Son taux élevé de fer est une bonne façon d’en inclure dans son alimentation, spécialement pour les gens souffrant d’anémie. Le fer d’origine végétale étant moins bien absorbé par l’organisme, que celui contenu dans la viande. Afin d’en améliorer l’absorption, il est très utile de consommer soit au même repas, soit une heure avant ou après le repas, des aliments contenant de la vitamine C (agrumes, fraises, kiwis, poivron, chou).

Ginseng
©ma-no

Très cher ginseng

Le ginseng est une plante vivace qui appartient au genre Panax de la famille des Araliaceae. Il en existe une dizaine d’espèces cultivées à travers le monde. Les plus connues sont Panax ginseng, originaire d’Asie du Nord-Est, et Panax quinquefolius (ginseng américain). Le plus réputé est essentiellement cultivé en Corée. Le nom générique « Panax » vient des mots grecs Pan, qui signifie « tout », et Akos, qui veut dire « remède ». Panax (en français : panacée) désigne donc le remède universel. Ainsi, le ginseng est une base essentielle de la pharmacopée asiatique.

Le ginseng doit être cultivé pendant 6 ans au minimum pour que le rhizome arrive à maturité et développe toutes ses propriétés.

Bien qu’il s’agisse d’un produit très coûteux, le prix des rhizomes varie fortement en fonction de l’âge de la plante. Dans certains pays, son commerce est même encadré par l’État. En Corée, le ginseng de qualité est semi-sauvage. C’est-à-dire qu’il est cultivé en milieu naturel sans intervention chimique. Il existe aussi un ginseng sauvage. Son rhizome est, la plupart du temps, vendu aux enchères, à des prix très élevés, car très riche en saponines.

La racine du ginseng est réputée pour ses propriétés pharmaceutiques, mais est aussi utilisée comme un aliment classique (légume).

Les principes actifs du ginseng

Depuis des millénaires, les médecines traditionnelles chinoises, japonaises et coréennes l’utilisent pour ses effets toniques. Les saponines du ginseng contiennent une part très importante de molécules spécifiques appelées ginsénosides. Sa qualité dépend de sa concentration en ginsénosides, laquelle s’exprime en mg/g de matière sèche.

Ces substances actives sont reconnues comme neuro-protectrices, antioxydantes, anti-inflammatoires et stimulantes efficaces pour le système immunitaire. Le ginseng aurait des vertus aphrodisiaques (promis, on vous racontera!). Il est aussi utilisé en cas de fatigue générale, physique ou intellectuelle. Il fait partie des éléments de base des boissons énergisantes.

Compte tenu de la forte demande, un ginseng de très mauvaise qualité, essentiellement chinois, se retrouve sur le marché mondial. Il provient de cultures intensives utilisant engrais et produits chimiques. De plus, les racines sont récoltées dès 3 ans, alors que la teneur des substances actives augmente, jusqu’à sa maturité à 6 ans. Ces sociétés peu scrupuleuses ajoutent des saponines extraites d’autres plantes que du ginseng, plus faciles et moins onéreuses à obtenir. Notamment des saponines de campanule. Inutile de préciser que le taux de ginsénosides est très faible. La valeur de leur teneur en ginsénosides n’est d’ailleurs jamais précisée. Ne parlons pas des effets escomptés. Un vrai placebo, en quelque sorte, mais qui frise l’escroquerie.

Effets secondaires et précautions d’emploi

À forte dose, le ginseng peut interférer avec certains médicaments, car il diminue l’efficacité de certains anticoagulants. Il modifie également les examens permettant de doser des médicaments employés pour soigner des maladies cardiaques. Il comporte des risques d’effets secondaires : hypertension artérielle, troubles du comportement, diarrhée… Enfin, il est déconseillé aux femmes enceintes.

Salsepareille
©ffaber53

Merci Cortez (The Killer)

La salsepareille est une liane grimpante de la famille des Smilacaceae, commune en France et en Europe, et qui regroupe près de 350 ­espèces dans le monde. Ses vrilles latérales lui permettent de s’agripper et de s’étendre facilement, au point d’étouffer la végétation environnante.

Originaire des forêts tropicales des Amériques Centrale et du Sud (Smilax medica ou ornata) ainsi que des régions tempérées d’Asie et d’Australie, la salsepareille d’Europe (Smilax aspera) a été rapportée d’Amérique Centrale par les Conquistadors au XVIe siècle avant d’être acclimatée.

La salsepareille d’Europe est une variété qui pousse sur des terrains secs, dans la garrigue, le maquis ou le littoral atlantique. C’est une plante protégée dans la région des Pays de la Loire. Également appelée liseron épineux, à cause de ses épines acérées, elle mesure de 1 à 3 m. Elle est suffisamment solide pour ne pas pouvoir être arrachée à la main.

Ses feuilles persistantes, coriaces, luisantes, en forme de cœur bordé d’épines, contrastent avec l’odeur délicate des petites fleurs blanches, qui s’épanouissent d’août à octobre.

Ses fruits toxiques pour l’homme, baies globuleuses ressemblant à des groseilles, sont pourpres à maturité, en novembre-décembre. Ils sont très irritants à la langue. À forte dose, ils peuvent provoquer des troubles digestifs. Ils restent cependant très appréciés par les oiseaux.

Au printemps, ses jeunes pousses sont consommées crues ou cuites comme les asperges sauvages.

Un grand intérêt pour tous

Ce sont ses racines très longues, et riches en saponines qui sont utilisées en phytothérapie, car dotées de nombreuses vertus médicinales. Les saponines spécifiques à la salsepareille sont appelées sarsaparillosides.

Anti-inflammatoires et diurétiques, elles luttent efficacement contre la goutte et les troubles digestifs et intestinaux, tels que la constipation, la colopathie chronique et la dyspepsie. Elles réduisent également le risque de maladie rénale.

Elles présentent un intérêt certain dans le traitement d’arthrite rhumatoïde. De plus, elles aident à lutter contre les levures pathogènes qui envahissent le tube digestif. Elles soulagent les personnes souffrant d’eczéma, d’urticaire, de psoriasis, d’herpès, d’acné et d’impétigo.

Dans les pharmacopées traditionnelles, elles sont prescrites abondamment en décoction pour traiter les maladies vénériennes telles que la blennorragie et la syphilis.

Elles agissent sur les syndromes prémenstruels, les troubles de la préménopause et ceux de la ménopause.

Elles auraient une action sur la libido en Argentine, au Mexique et en Amazonie, mais aussi en Inde, en Chine, en Malaisie ou encore en Turquie, où elle est régulièrement consommée pour accroître la virilité (mais pas chez nous). En tant que stimulant de la circulation sanguine, la salsepareille agirait sur les organes sexuels et augmenterait le plaisir et l’orgasme (à vérifier…).

Cette plante mythique présente décidément de réels bienfaits pour la santé des êtres humains (et des Schtroumpfs).

campanule
©Viviane Monconduit

D’autres saponines

Les campanules (genre Campanula du latin campana, « petite cloche ») sont des plantes herbacées vivaces semi-persistantes (plus rarement bisannuelles) de la famille des Campanulacées. Il en existe au moins 300 espèces, chacune se déclinant en différentes variétés, de la mini de rocaille à la géante qui grimpe à 2 m !

Ces plantes contiennent des saponines, qui ont des effets hémostatiques et anti-inflammatoires.

Les saponines des campanules sont principalement des saponines dites “triterpéniques” ou triterpènes. Les racines de ginseng (Panax ginseng) contiennent également des glycosides triterpéniques. De culture très facile et très invasive, les saponines des campanules sont très souvent substituées à celles du ginseng dans les boissons énergisantes, la législation étant assez floue (Cf : Ginseng). L’effet est, bien évidemment, moindre.

En savoir plus sur la campanule des murets : ICI ou encore ICI

Il est grand temps de passer au savon

Le savon est un produit liquide ou solide composé de molécules amphiphiles* obtenues par réaction chimique entre un corps gras et une base forte.

Une base étant un composé chimique qui, à l’inverse d’un acide, est capable de capturer un ou plusieurs protons (les éléments chargés +) ou, réciproquement, de fournir des électrons (les éléments chargés – ). C’est un produit caustique, qui peut provoquer des brûlures. Les bases les plus connues sont la chaux vive, l’ammoniaque et la soude.

Le procédé de fabrication s’appelle la saponification. Une partie du savon est soluble dans l’eau et l’autre dans la graisse. Cette propriété permet, dans un premier temps, une émulsion, puis d’enlever la graisse des vêtements, de la peau ou des objets en général. L’efficacité des saponines dans ce cadre augmente avec la chaleur.

*Qui ont, à la fois, une moitié hydrophile et une moitié hydrophobe.

savon
©Jacqueline Macou

Un savon naturel

De par leur composition, les saponines ont naturellement des capacités détergentes (en latin «sapo» veut dire savon). Les plantes qui contiennent des saponines ont donc été utilisées pour fabriquer du savon avant de l’être par l’industrie pharmaceutique.

Pour vous procurer des saponaires, c’est ICI

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