Urgence climatique ! l’expo de la décennie avec Jean Jouzel

Montée des eaux : URGENCE CLIMATIQUE
EXPOSITION URGANCE CLIMATIQUE ©Dimitri Kalioris
2 questions à Jean Jouzel
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Urgence climatique ! l'expo de la décennie avec Jean Jouzel
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L’exposition Urgence climatique vient d’ouvrir à La Cité des sciences et de l’industrie, à Paris. Adrien Stalter et Françoise Vallas-Nougaret en sont les commissaires pour la muséographie. Jean Jouzel dirige le comité scientifique de l’exposition qui s’installe pour les 10 prochaines années.

Jean Jouzel est paléoclimatologue – Lauréat de la médaille d’or du CNRS – Membre de l’Académie des sciences, président de l’association Météo et Climat, et vice-président, de 2002 à 2015, du groupe de travail sur les bases physiques du changement climatique au sein du GIEC.

Lorsqu’on lui demande de se présenter, Jean Jouzel, que nous avons rencontré confirme que comprendre le climat l’a passionné pendant toute sa carrière de chercheur. “Je m’intéresse à la fois à l’évolution du climat dans le passé et à son futur, donc au notre. Et les solutions à mettre en œuvre sont importantes et à mettre en regard des problématiques sociales, économiques et démocratiques.” Lorsque la Cité des sciences et de l’industrie le contacte pour cette exposition Urgence climatique, sa participation lui a semblé tout-à-fait naturelle.

 

Quelle est la thématique principale de cette exposition ?

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUE

Cette exposition qui porte un nom très clair Urgence climatique, met en évidence les causes du dérèglement climatique et les conséquences déjà sensibles qui menacent notre survie. Nous avons aussi fait le choix d’aborder les solutions que nous pouvons actionner pour retarder ou réduire les risques.

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUE
©Dimitri Kalioris

Mais aussi et surtout, c’est bien l’humain,
à travers ce réchauffement, qui est menacé.
Donc, c’est le mode de fonctionnement de nos sociétés,
pour les prochaines décennies, qui est interrogé.

URGENCE CLIMATIQUE , une exposition pédagogique
©Dimitri Kalioris

Pour vous, la décarbonation est-elle le sujet principal du dérèglement climatique ?

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUE

Oui, la décarbonation est un sujet fondamental. Il y a différentes façons de décarboner. La sobriété en est une primordiale. On parle là de la sobriété individuelle et collective, c’est-à-dire de nos consommations et de nos façons de produire. Ce qui est certain, c’est que la décarbonation ne doit pas se faire en opposition à la biodiversité, y compris en matière d’adaptation aux nouvelles conditions de vie. Nous recherchons la synergie entre ce qui est utile en matière de CO2 et, ce qui contribue au maintien ou à la restauration de la biodiversité.

Je vais vous donner un exemple simple. En matière de reforestation, planter des forêts monoculturales est efficace du point de vue de la décarbonation mais parfaitement contraire au développement de la biodiversité.

ÉOLIENNE

Quand la décarbonation n’est pas favorable à la biodiversité

Jean Jouzel est formel, si la décarbonation est une des conditions de notre survie, elle ne peut s’envisager contre la biodiversité qui est tout autant un des éléments majeurs de notre vie à venir. Ainsi, il est impensable de couper des arbres ou d’artificialiser des terres agricoles pour installer une production d’énergie solaire. On ne peut pas faire fonctionner des champs d’éoliennes sans tenir compte des oiseaux et de leurs migrations. Les Pays-Bas viennent d’arrêter leurs éoliennes pendant quelques heures afin de laisser passer les oiseaux. ➡ GEO

RENNES
©Nicolas Vollmer - CC

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUE Le dernier rapport du GIEC privilégie  les solutions fondées sur la nature. Ainsi, si on s’intéresse à la montée des eaux et aux littoraux, nous recommandons de protéger les zones habitées avec des marais plutôt qu’avec des digues. Les mangroves sont une solution naturelle et très efficace. Dans l’exposition Urgence Climatique, il y a une animation très parlante. Il s’agit là de solutions d’adaptation.

Et puis, la biodiversité  est un apport actif à la décarbonation. Sur les 45 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année, 15 milliards environ sont absorbées par la végétation. On comprends pourquoi il faut cesser de couper les arbres et replanter des haies.

Que pensez-vous de la renaturation des villes ?

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUEJ’ai été élevé à la campagne. Le remembrement a bouleversé les paysages mais aussi les capacités naturelles à absorber le CO2. Aujourd’hui, il est indispensable d’en finir avec l’agro-industrie et de replanter des haies des arbres et de faire vivre des écosystèmes. Et en ville, c’est pareil et c’est tout aussi vital.

Pour pouvoir s’adapter à ce nouvelles températures, il faut remettre de la nature en ville. On parle des îlots de chaleur à Paris. Je me suis penché sur des villes moins grandes, comme Rennes. Il faisait 8 °C de plus dans l’enceinte de la ville l’été dernier que dans les campagnes limitrophes. La démonstration me paraît claire.

URGENCE CLIMATIQUE Secteur des transports
Les chiffres du transport aériens ne prennent pas en compte les vols internationaux. Si c'était le cas, ils seraient de loin les plus importants.

L’exposition Urgence climatique, pour mieux comprendre

Pédagogique, cette exposition offre un regard panoramique sur le sujet des gaz à effets de serre et de la décarbonation. Adrien Stalter insiste : “Nous ne posons pas la question de savoir s’il y a ou non dérèglement climatique. Nous l’avons écrit sur le premier panneau. Commençons pas poser les faits : les activité humaines génèrent du CO2 (Dioxyde de carbone) et une concentration importante de CO2 provoque un dérèglement climatique à l’échelle de la planète. Ce n’est pas une opinion, il y a un consensus scientifique sur la question.

URGENCE CLIMATIQUE les commissaires
Adrien Stalter et Jean Jouzel ©Dimitri Kalioris

Quelques chiffres parlants

  • Les villes couvrent 20 % de la surface de la Terre.
    Elles produisent plus de 70 % des GES (Gaz à effet de serre) et leur impact carbone est très lourd.
    En France, elles sont responsables de 67 % des émissions.
  • Le secteur des transports en France est le secteur le plus émetteur avec 31 % en 2019.
    + 9 % depuis 1990.
  • Le système alimentaire au niveau mondial produit 34 % des GES, de la production au déchet.
    La France émet 170 millions de tonnes de CO2 dans ce domaine. Le gaspillage alimentaire, soit 10 millions de tonnes/an, produit 3 % des GES.
URGENCE CLIMATIQUE , une exposition pédagogique
Pédagogie de l'alimentation : le grand cône rouge représente la proportion de GES produit par l'élevage bovin. ©Dimitri Kalioris
l'expo permanente à la cité des sciences et de l'industrie
©Isabelle Vauconsant

Une Urgence climatique en trois thèmes

Trois thèmes : décarbonons, anticipons, agissons.

Visitez-les comme il vous plaira. Il n’y a pas d’ordre favori. Mais chacun d’eux conduit à mieux percevoir les enjeux et les mécanismes qui régissent nos sociétés. Or, en quelques représentations en volume, on réalise à quel point nos systèmes ne sont plus tenables.

Il y a urgence pour notre système alimentaire

L’agro-industrie ne nourrit pas la planète. Elle avale la terre comme l’écrit Lucile Leclair, dans un numéro du Monde diplomatique de février 2022. Elle avale la terre en préemptant le foncier, en accaparant les ressources en eau et en détruisant la biodiversité pour faire passer des machines et produire des végétaux inappropriés à l’alimentation humaine. L’agro-industrie assèche les nappes phréatiques et remplit les sols d’intrants chimiques, dangereux pour la santé de ceux qui les épandent comme des riverains et des consommateurs.

Aujourd’hui, toutes les grandes institutions internationales préconisent le maintien ou le retour à une agriculture familiale, locale et écologiquement responsable. Pourtant, des projets de fermes géantes, devrait-on plutôt les nommer usines, se profilent un peu partout, y compris en France.

Cette exposition propose un film qui met en lumière d’autres pratiques agricoles, saines, durables comme l’agroécologie qui offre une double solution aux défis de la décarbonation et du renouvellement de la biodiversité.

Et pour soutenir ces bonnes pratiques, elle nous rappelle que nous devons réduire notre consommation de viande.

l'expo permanente à la cité des sciences et de l'industrie
l'expo permanente à la cité des sciences et de l'industrie
©Isabelle Vauconsant
l'expo permanente à la cité des sciences et de l'industrie

Agissons parce qu’il y a urgence !

Parce que les scénarios imaginés par les scientifiques nous donnent des indications de plus en plus précises, il est temps de s’en emparer pour faire des choix.

Jean Jouzel : URGENCE CLIMATIQUE Nous sommes partie intégrante du Vivant et la situation actuelle nous invite à réfléchir à comment nous habitons la terre. Et nous avons aussi à repenser complètement les interactions entre nous tant au niveau national qu’international. Ce qui est en train d’être bouleversé, lorsqu’on parle de sécurité alimentaire par exemple, c’est toute la société.

Jean Jouzel nous invite à nous interroger.

Qu’est-ce qui a du sens pour parler de réussite ?
Comment on doit réduire les inégalités ?
Comment on va intégrer les moins chanceux ou les plus vulnérables ?
Le PIB (produit intérieur brut) a t-il un intérêt dans un monde qui se reconstruit dans un climat instable avec des épisodes paroxystiques ?
Comment on va être capable de faire émerger des processus démocratiques ?
Comment allons-nous évaluer ce qui fait la richesse d’un pays ?
Quelle alimentation va t-on désormais produire ?
Quel accueil allons-nous réserver aux réfugiés climatiques, sachant qu’ils sont ceux qui émettent le moins de CO2 mais qui en sont le plus victimes ?
Comment allons-nous redéfinir la notion de progrès ?
Quelle vie allons-nous choisir collectivement et individuellement ?

Visite en image, la pédagogie graphique

On a aimé la muséographie tout en bois avec des représentations faciles à appréhender, l’espace pour circuler, la clarté du discours, les animations. La référence à des associations comme l’Atelier paysan nous est apparu intéressante.

On regrette le peu d’intervenantes et l’absence des femmes dans le discours scientifique, une erreur à réparer !

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