Les jardiniers, acteurs des corridors de biodiversité

Corridors de biodiversité
Corridors de biodiversité ©Isabelle Vauconsant

Le rôle des jardiniers dans la constitution et la vitalité des corridors de biodiversité n’est pas négligeable. On compte 17 millions de jardiniers (hors jardins publics) en France qui jardinent sur 1 million d’hectares répartis à la fois dans les zones urbanisées et dans les espaces ruraux. Bien entendu, au regard des 55 millions d’hectares de la Métropole et des 28 millions d’hectares de terres agricoles, leur influence est modeste.

Toutefois, la surface ne fait pas tout. Ainsi que le rappelait Charles Cosneau-Taddéi, formateur en permaculture dans le Lot et cofondateur de Koridori aux côtés de l’agronome Hervé Covès, un corridor écologique n’est pas seulement une continuité au sol. C’est un lien possible entre deux espaces de vie qui permet des échanges.

La table-ronde – ci-dessus en vidéo – est vraiment passionnante !

 

Petits et grands corridors

Ainsi, des corridors existent à toutes les échelles : celle des micro-organismes, de toute la vie souterraine du sol ; celle de la couche herbacée qui grouille d’une vie faite d’insectes rampants, parfois installés momentanément dans le sol comme certaines abeilles solitaires ou dans le bois mort comme les abeilles charpentières ; celle de la couche arbustive, des haies qui abritent des oiseaux, des insectes et des hérissons ; et enfin l’échelle des grands arbres et des gros oiseaux.

Chacun d’entre eux est indispensable.

La diversité génétique, gage de résistance

Et Charles de nous expliquer comment les oiseaux migrateurs viennent enrichir nos contrées de ce qu’ils picorent ici pour le déféquer ailleurs. Le corridor est ce lien qui, pour la vie des humains et des non-humains, permet des échanges indispensables à la santé des écosystèmes. C’est grâce à eux qu’on évite cette consanguinité des espèces. Or la diversité génétique des espèces est une des conditions de leur résistance. Face au dérèglement climatique, une bonne capacité à s’adapter est absolument fondamentale.

Et les jardiniers dans tout ça

Ils doivent sans aucun doute évoluer et un certain nombre d’entre eux s’y attellent. Au-delà du renoncement aux produits chimiques qui polluent les sols et les plantes, c’est aujourd’hui dans la conception des jardins qui est interrogée. Se poser la question de ce qu’est un beau jardin dans le contexte qui est le nôtre, c’est un exercice très nouveau. Clara Delannoy, association Noé, a rappelé fort à propos que le beau est un concept très subjectif. Il est également complètement culturel et soumis aux modes.

accueil des oiseaux
©Isabelle Vauconsant

Jouer l’hétérogénéité, c’est ça la biodiversité !

En revanche, le vivant lui, s’appuie sur un fonctionnement qui ne relève ni de la pub ni du marketing. Le vivant a besoin de diversité d’espèces, de variétés, de génétique et de masse d’individus pour pouvoir poursuivre son développement et nous assurer un monde vivable.

Les jardiniers peuvent contribuer en créant des espaces disponibles pour tout cela : un sol vivant, une partie d’herbes folles et fleuries, des tas de pierres et de bois pour y loger des insectes, ou un hôtel à insectes, des arbustes qui fleurissent tôt et tard dans la saison pour nourrir et abriter les animaux.

« Ce qui est agréable, confirme Clara Delannoy, de l’Association Noé, c’est de commencer par des actions qui donnent des résultats visibles. Installer un nichoir permet de constater que les oiseaux viennent y nicher. » Elle constate que le potager est une bonne façon de repenser le jardin. Car sans produits chimiques dangereux pour la santé, il faut apprendre à lutter contre les insectes et autres rongeurs un peu gourmands. Et pour cela, il y a des plantes compagnes qui créent un environnement favorable. On sait que les capucines attirent les pucerons qui laissent donc la paix au reste.

Créer des corridors de biodiversité
©Isabelle Vauconsant

Bagarre entre fourmis et pucerons

Mais si on écoute Nadine Lahoud de l’Association Veni Verdi, pour bien comprendre ce qui se passe dans un jardin, il faut apprendre à observer. C’est ce à quoi elle entraîne les petits qui lui sont confiés sur des toits parisiens. « Une bagarre entre les fourmis et les pucerons, c’est passionnant. »

« On sait tout faire et ce qu’il faut faire, et depuis longtemps, affirme Charles Cosneau-Taddéi, il faut aussi le vouloir, et si chacun d’entre nous doit faire à sa mesure. » Si chacun doit préserver les réseaux mycorhiziens , s’abstenir de retourner son sol et garder un arbre pour être sûr que les chauves-souris viennent manger les moustiques tigres, il ne faut pas perdre de vue que le sujet est éminemment politique.

C’est avant tout un choix de société et la capacité des politiques publiques à assurer la survie de l’humanité dans un monde habitable par les êtres humains. Sans cela, qui devient extrêmement urgent, le vivant poursuivra sa route, mais sans nous !

En ville, le corridor écologique est très spécifique

Autour de la table ronde, Paul-Robert Takács, expert biodiversité, chargé d’études flore & habitats de la Ville de Paris s’explique : « les corridors en ville ce sont des levées d’obstacles, parce que la ville en soi est déjà un obstacle et en comprend de très nombreux. Mais partout, les écueils existent : ainsi la terre ou l’écluse en sont pour le poisson, quand le fleuve en est un pour le renard. La ville est un lieu à très forte densité humaine qui ne cesse de dresser des barrières. Les services de la ville chargés de rétablir des passages travaillent sur des moyennes et des chemins empruntés par de nombreuses espèces pour lever les verrous.

À côté de cela, la biodiversité, tout le monde l’a dit autour de la table doit aussi s’appuyer sur les espèces locales. Or on a la fâcheuse tendance à les écarter des jardins par ce qu’elles seraient trop « communes » alors que la faune autant que la flore ont besoin de ce mélange.

C’est quoi l’écotone ?

L’écotone est cet espace de transition douce que le jardinier devrait s’astreindre à installer pour que la biodiversité s’installe.

Le Larousse le définit ainsi :

Zone de transition et de contact entre deux écosystèmes voisins, telle que la lisière d’une forêt, une roselière, etc. (Les écotones ont une faune et une flore plus riches que chacun des deux écosystèmes qu’ils séparent, et ils repeuplent parfois ceux-ci.)

corridors de biodiversité
©Isabelle Vauconsant
corridors de biodiversité - gauras
©Isabelle Vauconsant

Le jardinier : trouver du plaisir au naturel

Pour exemple, l’écotone, ce sont ces 50 cm que vous ne tondrez pas le long de la haie ou d’un ruisseau. L’écotone, c’est ce qui peut guider votre réflexion tant dans le choix de vos plantes que sur l’éducation de votre œil à une ambiance moins rectiligne. Car l’hygiène d’un écosystème n’est pas la même chose que la propreté à l’œil, telle qu’on l’a enseignée pendant des décennies.

La bonne hygiène d’un écosystème, ce sont des haies riches en variété, les moins taillées possible et surtout pas au printemps, avec de l’herbe en dessous. Ce sont des arbres morts, un peu, des cailloux, un peu, de l’eau si possible, des sols couverts en général, mais si vous écoutez la table ronde, vous entendrez que la nature sait créer la surprise là où on l’attend le moins.

Et quoi que vous décidiez, vous gardez le droit de vous faire plaisir en préparant une pelouse pour jouer au ballon avec les gamins, un peu plus loin !

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