Ne coupez pas la fleur coupée en 4 !

Fleur coupée : culture

Delphine Esterlingot est à la fois paysagiste et productrice de fleurs coupées dans le Calvados. Du côté de Villers-sur-Mer. Elle y cultive un jardin fleuriste. 

Un jardin dévolu au bouquet

Un jardin fleuriste est un jardin dévolu à la fleur coupée comme il pouvait y avoir le jardin maraîcher. Il fournit tous ceux qui confectionnent des bouquets. Autour de Paris, on en trouve  qui alimentent les vendeurs de fleurs à la sauvette.

Autrefois, il y en avait souvent dans les presbytères et dans les châteaux. Lorsqu’on a un beau jardin, il est impensable de le déflorer pour fleurir l’intérieur du château. Donc, on plante un jardin fleuriste dans lequel les fleurs sont destinées à fleurir les vases du château ou de l’église. 

Tous ces horticulteurs, toute cette floriculture de périphérie des villes disparaissent peu à peu. Ce sont de petites entreprises familiales. Elles n’ont pas la capacité de résister à la concurrence hollandaise des années 80/90. D’énormes entreprises ont construit aux Pays-Bas un système logistique ultra performant. Elles proposent aux fleuristes des prix si bas que toutes les petites exploitations locales ont mis la clé sous la porte. Ces prix s’appuient entre autres sur une production africaine ou venant d’Amérique du Sud achetée à des cultivateurs très faiblement payés.

Fleur coupée : Delphine Esterlingot
Delphine Esterlingot

Recréer aujourd’hui un jardin fleuriste est un acte militant 

« C’est un jardin qui accueille une formidable biodiversité et comme je cultive sans intrants et sans pesticides, je propose aux insectes des fleurs non polluées. Produire en bio, en France de la fleur locale et de saison, avec l’empreinte sur l’espace naturel la plus légère possible, c’est mon choix. »

Biodiversifier

Delphine produit « des fleurs champêtres comme les zinnias, la reine-marguerite » et des fleurs de massifs comme les dahlias. Elles étaient dans les jardins de nos grand-mères et font un vrai retour chez les consommateurs, y compris en fleur coupée.

Fleur coupée : culture

Nourrir la créativité

« L’art floral a été très contraint par le peu de variété de plantes proposées. Aujourd’hui, c’est un champ entier – il y a un jeu de mots – qui s’ouvre puisqu’on peut retrouver à la fois des fleurs sauvages, du feuillage, des fleurs de jardin. C’est surtout un esprit, beaucoup plus naturel, plus champêtre. Et voilà, on n’est pas limité aux fleurs de fleuristes. Tout est permis avec ce que nous cultivons. On peut être inventif et créatif. « 

Cultiver en Normandie

Pour cultiver au quotidien, « il faut beaucoup d’amour ». Delphine est installée en Normandie. Elle sème et repique en plein champ, mais l’idéal reste d’avoir des serres. Cela lui permet de démarrer les productions à l’abri. « Je ne sors les plants que lorsque les conditions sont vraiment bonnes. Au nord de la Loire, ça a son importance ! » À ceci s’ajoute comme un peu partout les effets de yoyo du climat : trop chaud, trop froid, trop d’eau ou pas assez et les saisons parfois cul par-dessus tête. Pour Delphine comme pour tous les agriculteurs, l’organisation n’est pas toujours facile.

Serre Fleur coupée : cultur

Retrouver sa liberté

Parfois ce qui est le plus compliqué, c’est de convaincre les fleuristes.  » Mais il y a plein de jeunes fleuristes qui sont prêtes. Prêtes parce qu’il y a beaucoup de filles dans ce métier, mais pas seulement bien sûr ! On trouve une très belle énergie … quelque chose de très vivant en ce moment. Mais la gageure pour les fleuristes, c’est de renouer avec leur liberté ! « Personnellement, je livre peu de fleuristes. Je travaille beaucoup avec des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), un système qui a de nombreux adeptes en Normandie. En plus des fruits et des légumes, de la viande ou des produits laitiers, les gens aiment la fleur coupée et commandent un bouquet « .

Cultiver la fleur coupée : 100 % naturellement

Éviter les intrants, tous les pesticides et rechercher le plus simple et le plus local, c’est ce qui guide les choix de Delphine. « L’éco-domaine de Bouquetot sur lequel est installé mon jardin fleuriste est équipé d’un lombricomposteur et me fournit toute la matière organique nécessaire. »

Par ailleurs, nous sommes sur une zone de captage d’eau très surveillée donc, il est inconcevable d’utiliser des produits pesticides.

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©hai-tran Unsplash

Un éco-domaine, qu’est-ce que c’est ?

C’est une coopération d’entreprises, qui travaillent en bio et dans des activités complémentaires (ferme de  spiruline, maraichage bio, jardin fleuriste, lombricompost, élevage, éco-tourisme). L’éco-domaine du Bouquetot est labellisé Tiers-Lieu et Fabrique des Territoires. Le projet « Eco-domaine en Pays d’Auge – Cultivons l’innovation » a été retenu, parmi 99 projets à ce deuxième appel des Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE). Une enveloppe triennale de 121 555 euros est allouée à l’Association ECOPYA qui le porte.

Tous les acteurs présents travaillent à réunir toutes les conditions d’une biodiversité très riche et concourent à créer un écosystème économique viable pour chacun d’eux. Et ça fonctionne !

Fleur coupée : culture

La fleur coupée bio, on en vit

La demande émerge depuis quelques années et se renforce pour une fleur locale, bio et de saison. Du coup, « lorsqu’on veut se lancer dans l’horticulture, c’est en bio qu’on en vit le mieux. Il y a de la place. Alors bien sût, il faut être bosseur et je ne vais pas mentir, ce n’est pas un métier facile. Mais on vit dehors, dans la beauté du monde et on a un salaire à la fin du mois. »

Chiffres en vrac

  • La production française de fleur coupée concerne 3 200 exploitations cultivant 2 500 hectares, dont près de 700 hectares sous serres.
  • « 70 % de la production mondiale de fleurs transite par la Hollande, même si elle n’est pas forcément fabriquée en Hollande ». Thierry Louveau, patron de la filiale française d’un autre géant néerlandais, FleuraMetz
  • Pour être commercialisées, « il y a des fleurs produites en France qui partent à Amsterdam et qui reviennent en France », explique Benjamin Perot, l’un des cofondateurs de Monsieur Marguerite, fleuriste éco-responsable, citant une partie de la production française de pivoines.
  • Val’Hor, interprofession française du secteur, chiffre aujourd’hui à 85 % la proportion de fleurs importées.
  • En 1972, il y avait 30.000 exploitations horticoles en France.
  • Il n’y a pour l’heure aucune obligation réglementaire pour le fleuriste d’indiquer la provenance des fleurs, « contrairement à l’alimentaire »

Transmettre la fleur coupée en atelier

Nous avons rencontré Delphine Esterlingot à la Cité maraîchère de Romainville où elle était invitée par Céline de Célestine formation. Elle animait un atelier autour du semis d’annuelles. Une quinzaine de participant.e.s y ont appris comment fleurir leurs terrasses et balcons.

Semer des

Autant d’espèces bien acclimatées aux conditions d’Île-de-France et aux pots.

« Je leur ai parlé de la germination, de la graine, de la fleur et du fruit, c’est-à-dire du cycle de la nature, de la pollinisation. Il est important de comprendre le végétal, pas seulement de semer des fleurs pour les apporter sur son balcon. »

Envie de se reconvertir

« C’est un aperçu de la formation que nous avons montée autour de l’horticulture au naturel et qui se déroulera à l’éco-domaine de Bouquetot. Elle est destinée aux personnes qui voudraient se reconvertir.
Il s’agit de leur donner des bases autour

  • du végétal,
  • du jardin au naturel,
  • de l’installation comme horticulteur.

Ce n’est pas facile de s’installer en agriculture, il existe diverses solutions et leur complexité mérite explication. »

 

Célestine formation est un centre de formation itinérant en agro-écologie, permaculture…

Ses animateurs et animatrices interviennent dans les éco-lieux, éco-domaines, tiers-lieux dédiés à la transition en ville comme à la campagne.

Célestine Formation : atelier semis
©Célestine Formation
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