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Dans le jardin de Jennifer Meunier

Discrète, Jennifer Meunier n’aime pas parler d’elle… Et comme beaucoup de grands discrets, c’est dans son jardin qu’elle se « lâche » et parle de son immense passion pour les arbres et les arbustes. D’ailleurs, peut-on parler de jardin, ou mieux, écrire arboretum en devenir ? Les deux, mon capitaine !

C’est en se trompant qu’on apprend !

Avec son délicieux accent américain, Jennifer Meunier raconte en riant ses premières tentatives de jardinage avec son mari, Claude. « Au départ, nous sommes des citadins. Nous avons quitté Paris pour la campagne, car la famille s’étant agrandie, nous n’avions pas assez de sous pour prendre un logement plus grand. On s’est installé entre Houdan et Dreux, on s’est mis au jardin et on a fait plein de bêtises ! 

La première année, je me suis dit que j’allais planter une belle haie de bégonias. Je suis allée acheter des bulbes et j’ai planté tout ça au mois de janvier. Ma voisine est venue me demander ce que je faisais, elle était hilare. Là, j’ai compris qu’il allait falloir que je me renseigne un peu plus avant de me lancer dans d’autres plantations. »

Claude, Jennifer Meunier, et la Drôme

La famille quitte la région parisienne et s’installe quelques années à Combovin, dans la Drôme… avant de repartir trois ans en région parisienne. Retour dans la Drome voilà une quinzaine d’années et début du jardin. Jennifer commence par travailler une petite parcelle autour de la maison. Elle installe des plantes vivaces, des arbustes et embrasse des yeux un grand terrain de deux hectares et demi tout vide.

Claude Meunier, l’époux écrivain de Jennifer, se charge de la tonte (et il y a de la surface !) et s’occupe de son jardin à lui. L’allée qui mène à la maison lui est réservée. « Je n’y interviens pas et on s’en porte très bien comme ça ! »

Jennifer et Claude Meunier
©Isabelle Morand

De la maison à la rivière

Devant la maison : le jardin est bien fourni, dense, mature, peuplé de vivaces, d’arbustes à floraison parfumée, de graminées. On profite du spectacle installé dans un salon de fer forgé en prenant le café !

L’arboretum : le terrain de jeu, d’expériences, de plantations de Jennifer. Elle connaît chaque arbre sur le bout des feuilles…

Le bord de la rivière : c’est le bout du jardin. Jennifer n’y jardine quasiment jamais, mais elle apprécie la fraîcheur du lieu et son calme aussi. « J’ai planté un petit peu quand même. Quelques aulnes dont Alnus glutinosa imperialis au feuillage gracieux, très découpé, qui attrape bien la lumière. Ah oui ! Il y a aussi un tulipier chinois (Liriodendron chinense), très grand. Les feuilles sont insolites, on dirait une feuille d’érable dont on aurait coupé l’extrémité. J’ai planté aussi quelques cornouillers et cornouillers à fleurs, c’est à peu près tout… » C’est déjà plutôt pas mal, non ? 

Sorbus 'Emiel'
S. 'Emiel ©I. Morand

Et l’amour des arbres a grandi

« Un arbre adulte, c’est beau, majestueux, stable. C’est de l’émotion aussi… L’arbre se moque du temps. Et j’ai été très influencée par Annie Amoretti et son Jardin des sables, à Montvendre (dans la Drôme aussi). Annie aime les arbres, leurs formes, leur diversité, elle m’a fait connaître des merveilles et donné envie d’en planter moi aussi…

Il n’y a rien de calculé ni de vraiment réfléchi dans mes plantations d’arbres. Je fonctionne aux coups de cœur. Un feuillage séducteur, une forme rigolote, une floraison originale, une belle écorce… tout peut déclencher l’envie.»

Jennifer plante ses arbres quasiment à l’unité, en fonction de ses coups de cœur. « Probablement que je devrais planter en répétition, mais je n’y parviens pas. J’ai envie de tout voir tout essayer, de planter des arbres très différents les uns des autres. »

Quelques arbres et arbustes préférés de Jennifer

Pas facile pour notre jardinière de choisir… allez, un effort…

L’arbre du bonheur ou Happy Tree : « J’aime beaucoup le Camptotheca acuminata. Il est très vigoureux et cela m’arrange, car mon jardin est encore jeune et j’aime bien quand ça pousse vite. Le nouveau feuillage de cet arbre du bonheur est un peu pourpre cuivré. Je le trouve très beau et j’aime aussi son port.»

Le lilas de Mandchourie (Syringa oblata) : « Il est aussi facile à cultiver que n’importe quel autre lilas. Ses particularités : il est le premier à fleurir ici, dès le mois de mars et son feuillage d’automne est remarquable pour un lilas. Il est pourpre, doré, rouge. Superbe. Et j’aime bien aussi ses feuilles plus grandes et plus rondes.»

Le sorbier ‘Emiel’ et plus généralement tous les sorbiers (ou presque !) :  « Sorbus folgnieri ‘Emiel’ est toujours remarqué avec son feuillage argenté, et ses petits fruits orangés et rosés à l’automne. Les oiseaux aiment aussi beaucoup ces fruits. On les voit les picorer tout l’automne et l’hiver.» 

Lilas de Manchourie
Lilas de Mandchourie ©Isabelle Morand
Sorbus folgnieri 'Emiel'
S. 'Emiel' ©Isabelle Morand

Du parfum dans l’hiver

Sensible aux parfums, Jennifer a planté aussi des arbustes à floraison parfumée en automne et en hiver. Non loin de la maison embaume une osmanthe aux fleurs couleur abricot dont le parfum est détectable à plusieurs mètres surtout le soir ! 

Elle a également planté un Edgeworthia : « Il fleurit très tôt en février. Ses petites fleurs jaunes sont extrêmement parfumées. J’aime aussi beaucoup le parfum du Chimonanthus. Les fleurs sont jaunasses, pas très jolies. L’arbuste en lui-même n’a rien de remarquable, mais quel parfum citronné et frais ! À l’automne, je me régale de la senteur du chalef (Eleagnus ebengei). Il embaume des mètres à la ronde, le matin, le soir, tout le temps en fait ! »

Osmanthus
Osmanthus ©I. Morand

Jennifer et les écorces

« J’aime énormément les écorces. Celles qui brillent, celles qui se desquament… Malheureusement, ici, je plante de moins en moins de bouleaux. Ils demandent beaucoup d’eau, n’aiment pas les canicules et ces dernières années, j’en ai perdu beaucoup. Alors je m’abstiens d’en planter de nouveaux alors que je les adore, mais je crois que ce n’est pas la peine d’insister. Il faudrait les placer sous perfusion tout l’été et ça, c’est non »

Ses écorces préférées

L’arbre à franges de Chine : « La floraison de Chionanthus retusus est étonnante, blanche, en bouquets pendants, mais Jennifer l’apprécie plus pour son écorce un peu cannelée, qui se desquame. »

Acer triflorum : « J’ai peu d’érables, car ils ont du mal ici. Mais Acer triflorum se comporte plutôt bien. Son écorce est très belle, rugueuse. » 

Heptacodium miconoides : « L’écorce est magnifique et la floraison parfumée, en fin d’été, très précieuse pour les abeilles. »

Heptacodium
Heptacodium ©I. Morand

Une bonne terre

« Ma terre n’est vraiment pas mal du tout, peu argileuse, et ne contient pratiquement pas de cailloux. Elle est neutre ou légèrement calcaire. La plupart des plantes y sont à leur aise. Je n’ai aucune plante de terre de bruyère et n’ai même pas envie d’essayer d’adapter ma terre à leurs exigences. Donc pas de pieris, pas de rhodos mais je m’en passe très bien ! ».

Paulownia, l’ombre express

Le jardin, avec vue sur le Vercors, reçoit énormément de soleil. Trop parfois. Pour les gens qui s’y baladent comme pour les jeunes sujets plantés. « J’ai donc cherché un arbre qui réunit plusieurs critères : un bon enracinement, une capacité à aller chercher l’eau en profondeur tout seul, une croissance rapide et un gros ombrage. Le paulownia offre toutes ses qualités, plus une floraison mauve, parfumée, abondante au printemps et des très grandes feuilles, et j’en ai donc planté 7 dans le jardin. » 

La plantation d’arbres qui font de l’ombre répond aussi au réchauffement climatique. Il fait très chaud et sec en été dans la Drôme, les hivers sont plus doux et la situation ne s’arrange pas d’année en d’année. Il faut absolument protéger les jeunes plantations du soleil et préserver la fraîcheur du sol.

Des résistants surprenants

Acer japonicum vitifolium : cet érable japonais à feuille de vigne résiste merveilleusement à la chaleur et à la sécheresse. Les feuilles ne brûlent pas. L’an dernier, l’été effrayant de chaleur ne l’a même pas fait souffrir. 

Pistachier de Chine : Pistacia chinensis est une merveille. Il pousse tout seul, n’a pas besoin d’arrosage et il colore bien à l’automne. Un très bon arbre pour le sud. 

Lilas de Perse : Melia azedarach conserve un feuillage frais, vert tout l’été.

Paulownia
Paulownia ©I. Morand

Plantation : la méthode de Jennifer

  • Un trou pas immense, pas spécialement profond, mais large.
  • Mélange un peu de compost à la terre extraite
  • Depuis un an ou deux, ajoute une poudre qui favorise mycorhize. « Je n’ai pas encore assez de recul pour savoir à quel point ça fonctionne, mais je suis persuadée que c’est très bien. Et je plante. »
  • Arrosage abondant avant de disposer un bon paquet de broyat, sur 20 cm, pour limiter la pousse des adventices et maintenir un maximum de fraîcheur.
Jennifer Meunier
©I. Morand

« Quand je me réveille le matin, je n’ai qu’une envie. Je mets un vieux pantalon, mes bottes ou mes sabots et je file dans le jardin. Et ça m’embête même de rentrer à midi manger, ça m’interrompt. Je taille, bine, arrose, contemple, hume… »

Mes jardins préférés

Le Jardin des Sables, à Montvendre (Drôme). « C’est grâce à Annie Amoretti que j’ai trouvé l’envie et le courage de commencer un jardin comme chez elle. Quand j’ai vu ce qu’elle a réussi à faire, je me suis dit, allez, on y va. Essaye de faire comme elle. »

Le jardin du Bois Marquis, à Vernioz (Isère). « Quel extraordinaire jardin ! Il me subjugue depuis ma première visite. Je suis très admirative du travail de Christian Peyron. »

Le jardin de l’étang de Launay, à Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime). «Un seul adjectif me vient pour qualifier le jardin de Jean-Louis Dantec : fabuleux. Ce jour-là, j’ai pris une grosse, grosse claque. Je ne savais pas tout à quoi m’attendre… Et quand le jardin se dévoile, il n’y a plus de mots. Le silence. L’admiration béate pour ce mélange entre l’esthétique et la richesse botanique. » 

L’arboretum Wespelaar, en Belgique, dans le triangle Bruxelles – Malines – Louvain. « Les collections sont fantastiques. On y voit beaucoup d’érables, magnolias, tilleuls, chênes, viornes, bouleaux… Si vous aimez les arbres, c’est un arboretum à connaître absolument. »

saule et hydrangea
©I. Morand
Jardin du Bois Marquis
©I. Morand

Les bonnes adresses de Jennifer Meunier

  • La grange aux érables, Sébastien Émain, 765 Chemin de la Rollière, 26120 Montmeyran. Tél : 06 08 47 97 16. 
  • Christian Bessard, 201 A Chem. du Peloux, 01310 Polliat, 04 74 30 41 81.
  • Jardins en marche, 5 Le Montabarot, 23400 Saint-Dizier-Masbaraud. Tél : 05 55 64 43 98 / 06 71 20 87 86
Jennifer Meunier
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