Ô jardin paisible, dans le Pas-de-Calais

D. Hirsch

Le jardin de Maryse et Jean-Bernard Scribot est niché au cœur des Sept Vallées, le poumon vert du Pas-de-Calais. De plantations d’arbres en création de massifs, ils ont donné vie à un merveilleux jardin. Retour sur la belle de Ô jardin paisible.  

Hortus Focus : de quand date la naissance de votre jardin ?

Maryse Scribot : Nous sommes arrivés dans cette région, en 1980, pour y travailler. Nous étions tous deux éducateurs spécialisés. Comme tout le monde, nous avons commencé par construire notre  maison. Rapidement, nous avons souhaité planter des haies pour nous protéger du bruit de la route. Alors, on a commencé par planter des arbres, car nous étions déjà des amoureux des arbres. 

©D. Hirsch
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Comment était alors le terrain autour de la maison ?

Il n’y avait rien du tout. C’était une prairie toute nue, sans même un arbre. Il faut toujours commencer par les arbres, ils mettent du temps à pousser, à protéger, à faire de l’ombre. 

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Où avez-vous fait vos premières emplettes ? 

Nous sommes allés de suite à la pépinière Jean-Pierre Hennebelle et avons suivi ses conseils. Il nous disait : « Je préfère vous voir partir avec un bel arbre qu’avec deux moyens ! ». Heureusement, nous l’avons écouté. Aujourd’hui, ces arbres plantés le long de la rivière constituent ce que l’on appelle toujours « l’espace Hennebelle ». 

Qu’avez-vous acheté chez Jean-Pierre Hennebelle ?

Des érables, un tulipier, des bouleaux blancs de l’Himalaya (Betula utilis ‘Jacquemontii’), un liquidambar… Nous avions 25-26 ans quand nous avons commencé notre jardin. On était en émerveillement devant toutes ces beautés dans sa pépinière, tous ses feuillages colorés, ces magnifiques écorces. Pierrot Hennebelle nous disait toujours : « Vous êtes jeunes, ne plantez pas n’importe quoi, allez-y doucement. Fixez-vous un budget par an. » Et c’est ce qu’on a fait. Chaque année, on se fixait un budget, on repérait les sujets, on les achetait et on les plantait à l’automne.

À l’origine, quelles étaient les dimensions d’Ô jardin paisible ?

Le terrain faisait 2000 m2 avant que nous rachetions une autre parcelle de 2000 m2 également. Là, nous avons eu beaucoup à faire côté travaux et surtout côté drainage. Cela n’a pas été une mince affaire. Il nous a fallu des muscles… et du temps. La prairie était particulièrement humide, avec toujours de grandes flaques d’eau. Sans cette entreprise de drainage, on n’aurait pas pu faire pousser grand-chose. D’ailleurs, quand il pleut beaucoup en hiver, on voit que l’eau est présente, ce qui n’est pas génial pour toutes les plantes dans un terrain argileux. 

©D. Hirsch
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Vous avez pris des précautions pour planter dans cette partie humide ?

Au départ, on a pas mal planté sur buttes. À certains endroits, des massifs sont légèrement surélevés pour que le système racinaire ne soit pas trop proche de la nappe. Certains ont été montés de 30 cm. Et puis le choix des plantes est important, il faut trouver des plantes adaptées pour des terrains argilo-limoneux et humide. Et nous avons amélioré la terre avec du compost, du fumier. Il a fallu beaucoup enrichir pour obtenir un sol intéressant.

©D. Hirsch
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Vos deux parcelles ont un sol vraiment différent ?

Oui, le sol n’est pas le même et les végétaux sont donc très différents entre l’arrière et le devant de la maison. À l’arrière, les plantes apprécient la fraîcheur et l’humidité. À l’avant, on est plus sur des plantes de terrain sec. 

Comment s’est construit ce jardin après « l’espace Hennebelle » ?

Après, on a empiété peu à peu sur la pelouse. On se promenait avec un tuyau d’arrosage pour dessiner les contours des massifs. Les arbres prenant de l’ampleur, on a décalé des plantations en encore plus grignoté sur la pelouse. On a aménagé la terrasse et puis on a végétalisé le pourtour de la maison. On avait toujours quelque chose à planter ! Des arbres, des arbustes, des rosiers, beaucoup de rosiers… Nous avons au fur et à mesure élargi ou rétréci des massifs pour aller vers l’harmonie, créé des petites chambres de verdure, des chemins…

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Puis sont venues les vivaces ?

Nous en avons acheté beaucoup sur les fêtes des plantes. Quand on est passionné, on tombe amoureux de tout sur les fêtes, on a envie de tout acheter. On a un coup de cœur, on craque, on achète. On rentrait avec des brouettes entières qu’on promenait dans le jardin pour trouver la bonne place à ces nouvelles arrivées. Et des erreurs, on en a fait des dizaines ! Au départ, on plantait là où on voulait sans vraiment prendre le temps de regarder si l’endroit lui convenait. Les échecs nous ont beaucoup appris… Nous avons donc beaucoup transplanté. Je pense aux vivaces, mais aussi à certains arbustes comme les rhododendrons que nous n’avions pas installés suffisamment à l’ombre. Ils sont tous morts. Ils n’ont pas aimé non plus la terre qui contenait du calcaire, ce qu’ils détestent. 

Vous avez aussi construit une cabane dans un arbre. Pour prendre de la hauteur ? 

Jean-Bernard : C’est un projet qu’on a mis en œuvre pour nos petits-enfants. Et ce qui est rigolo, c’est que l’arbre qui l’accueille est un aulne. C’est mon frère qui nous a donné 5 bébés aulnes en nous disant : « Il y en a bien 2 ou 3 qui vont reprendre. Au final, ils ont tous repris grâce au terrain humide. On s’est dit que leur forme permettait d’y construire une cabane. Il fallait encore se lancer et réussir la construction ! On a mis un an pour le faire, d’abord la plateforme, puis les balustres, le toit, etc. Tout est fait en pin Douglas. C’est une cabane qui plaît beaucoup aux visiteurs ! Ils découvrent non seulement le jardin de haut, mais aussi l’environnement à l’arrière du jardin avec des prairies, des vaches, des chèvres.

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Et vous avez aussi le temps de faire un grand potager ? 

Ça, c’est mon domaine. J’adore ! On lui a donné une forme en triangle. C’est juste pour notre consommation personnelle de légumes et fruits frais. On aime les pommes de terre primeurs que l’on fait cuire en robe des champs. Je cultive aussi des pommes de terre pour l’hiver, des courgettes jaunes et vertes, des poivrons, des tomates, des brocolis, du céleri, des oignons, des échalotes, un mûrier sans épine, des fraises… J’ai planté aussi quelques pieds de groseilliers pour confectionner du perlé de groseille. Par ailleurs, nous avons peu d’arbres fruitiers, car il fait trop humide.

Comment vous répartissez-vous le travail au jardin ? 

Maryse : je m’occupe des massifs, des associations de couleurs, du désherbage, de la taille des vivaces, de la maîtrise des semis spontanés, notamment des ancolies qui en prennent un peu trop à leur aise. Jean-Bernard s’occupe de tout ce qui est technique. C’est lui qui réalise les grosses tailles, la fabrication de toutes les structures présentes dans le jardin. Et il en faut des structures notamment pour soutenir les rosiers. Il fabrique aussi tous nos purins (ortie, prêle, rhubarbe et sureau pour éloigner les mulots). En hiver, on réfléchit ensemble à tout ce que l’on va mettre en œuvre et réaliser dans l’année qui vient.

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Les oiseaux, les animaux ont-ils aussi leur place dans votre jardin ?

Oui, absolument. On a moins de poules qu’avant, car l’espace qui leur était consacré s’est réduit d’année en année. Il nous reste donc quelques poules et un petit coq. Nous avons aussi une volière avec des pigeons paons qui se reproduisent. Quand on voit les petits sur la pelouse, c’est merveilleux. Et puis il y a tous les oiseaux du ciel que l’on nourrit l’hiver. Les mésanges nichent dans le jardin, les chardonnerets aussi. Nous avons aussi des piverts, des martins-pêcheurs…

On profite de Ô jardin paisible depuis toutes les pièces de la maison. Comment avez-vous procédé ?

C’est vrai qu’on a toujours veillé à pouvoir profiter au maximum du jardin quand nous sommes dans la maison. Quand on a planté les arbres, je me suis installé sur la terrasse, dans la cuisine, dans chaque pièce en fait pour avoir l’idée de ce qu’allait devenir le paysage dans le temps, en ayant en tête la forme et la taille adultes de chaque sujet. Il ne faut jamais oublier de prendre en compte l’encombrement final. 

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