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Filière du végétal : bilan, inquiétudes et incertitudes

La filière du végétal est, comme de nombreux autres secteurs, confrontée à la hausse vertigineuse des prix de l’énergie, la baisse du pouvoir d’achat des Français, la nécessité de s’adapter aux changements climatiques, un manque de main-d’œuvre… Nous avons souhaité faire un premier état des lieux avec Catherine Muller, la présidente de Valhor (l’interprofessionnelle de la filière). 

Hortus Focus : comment se porte actuellement la filière du végétal ?

Catherine Muller : il n’est pas possible de vous donner une seule réponse, car cette interprofession rassemble à un arbre qui porte des branches de différentes sortes. Je ne suis pas pessimiste pour la branche des entreprises du paysage. Elles auront du travail. Paris veut planter 2 millions d’arbres. Quelque 145 collectivités s’inscrivent dans le cadre de la politique de « renaturation ». L’objectif en 2030 : avoir désimperméabilisé environ 5000 ha. Et ces entreprises peuvent aussi compter sur les demandes des promoteurs immobiliers, des bailleurs sociaux, mais aussi des particuliers qui ont envie de végétal, de bien-être. Il n’empêche que toutes ces entreprises du paysage doivent faire face à d’autres problèmes parmi lesquels la disponibilité des matériaux, l’augmentation de leur coût, mais également la difficulté de trouver de la main-d’œuvre.

Catherine Muller, président de Valhor
©Catherine de Torquat

Êtes-vous moins optimiste en ce qui concerne les producteurs ? 

Les producteurs sont très, très inquiets et, chez Valhor, nous le sommes aussi pour eux. Ceux qui cultivent sous serres entrent dans la catégorie des entreprises energo-intensives. La problématique énergétique est très lourde, malgré la politique de barrières tarifaires mise en place par le gouvernement. Le problème du chauffage est également valable pour les grandes surfaces de jardinerie. Même si elles ne sont pas chauffées comme des serres, elles consomment tout de même de l’électricité pour chauffer de grands espaces. 

Redoutez-vous la baisse du pouvoir d’achat des Français ?

Bien sûr. Nous sommes inquiets sur l’appétence de la clientèle. Les Français vont-ils continuer à acheter du végétal à l’heure où chacun doit prendre des décisions, trancher entre certains achats, faire passer telle dépense avant telle autre ? Nous savons que l’envie de végétal est là, mais il faut pouvoir conserver une position majeure dans les choix du consommateur. C’est pourquoi nous avons réalisé une campagne de spots publicitaires diffusés sur les radios. Il s’agit à la fois de soutenir les professionnels et de soutenir l’envie de végétal. Le végétal, c’est la vie, c’est bon pour le moral et la santé, il ne faut pas l’oublier.

La filière du végétal connaît-elle des problèmes d’origine structurels ?

Oui, c’est certain. Nous devons répondre à plusieurs problèmes : comment nous adapter aux dérèglements climatiques ? Comment préserver la biodiversité ? Comment améliorer nos palettes végétales ? Rien dans ces problèmes n’est lié à la crise énergétique actuelle. Il s’agit d’une autre crise, environnementale celle-là. Et il faut que tous nos professionnels prennent conscience de la meilleure façon d’envisager l’avenir. Ces problèmes structurels vont demander des années de travail.

L’eau est-elle un sujet majeur pour toute la filière du végétal ?

L’été 2022 a été terrible, tout le monde le sait. L’été 2023 ne sera pas forcément identique, mais, au cas où, nous voulons éviter de voir les erreurs de l’an dernier se reproduire. Tout le monde a entendu parler de villes et de villages où les parterres, les massifs n’étaient plus arrosés. Des interdictions ont privé de jeunes plantations d’arbres, d’arbustes d’un arrosage indispensable à leur reprise, et donc leur vie. 

eau : arrosage
©Halfpoint

Il faut d’urgence faire comprendre aux décideurs que le végétal est partie intégrante du cycle de l’eau. Quand on arrose un végétal, une partie de l’eau s’infiltre dans les nappes phréatiques, une autre part vers le ciel grâce à l’évapotranspiration… L’eau fait un cycle complet. Interdire d’arroser, c’est empêcher le bon déroulement du cycle de l’eau. Il faut expliquer tout ceci aux décideurs, faire œuvre de pédagogie.

L’esprit du vivant est-il suffisamment compris, intégré par tous ?

Non, malheureusement. Il faut que chacun comprenne que tout être vivant, les hommes comme les plantes, doit être nourri et abreuvé sous peine de mort. Côté nourriture, le végétal peut se débrouiller tout seul s’il pousse dans un sol qui lui convient. Mais les jeunes végétaux, les petits arbres, les plantations florales ou en bac ne peuvent pas se passer d’eau ! 

Quels sont vos moyens d’action pour faire passer l’ensemble des messages ? 

Nous avons une marque (Cité Verte – Faites respirer la ville !) qui est un moyen de communication auprès des collectivités. Il faut que nous fassions œuvre d’information et de pédagogie à partir de données concrètes, d’éléments chiffrés sur cette problématique de l’eau. Cela ne veut nullement dire qu’il ne faut pas faire attention à l’arrosage, arroser n’importe quand, n’importe comment !  Mais il faudrait relativiser les consommations, les comparer par exemple aux fuites sur les réseaux enterrés. 

Nous devons aussi travailler avec d’autres interprofessions, notamment le CLIAA (Comité de liaison des interprofessions agricoles et agri-alimentaires), nous rapprocher du label Villes et Villages fleuris pour porter le même discours auprès des ministères dont nous dépendons : nous avons besoin d’un plafonnement du coût de l’énergie. Il faut que nous fassions poids, ensemble.

serre aux Pays Bas
©Kloeg008

Comment la France se situe-t-elle par rapport aux Pays-Bas dont une partie de l’économie est basée sur l’agriculture et l’horticulture ?

Ils sont beaucoup plus inquiets que nous. Leur gouvernement ne les aide absolument pas, et ils nous envient à vrai dire. Personne n’est en mesure de prédire le nombre de producteurs qui arrêteront leur activité cet hiver et ne la reprendront pas au printemps. Ils ne peuvent plus chauffer leurs immenses serres et, par ricochet, nous aurons sans doute des problèmes d’approvisionnement. 

rose et abeille
©Diana Macesanu

Les plantes les plus achetées par les Français

1-Rose

2-Chrysanthème

3-Sapin Nordmann

4-Orchidée

5-Lys

 

La filière en chiffres* 

52 000 entreprises (producteurs, entreprises du paysage, commerce et distribution horticole),

186 000 emplois directs.

Environ 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

*Source : Valhor.

Quand le prix du MWh s’envole

2021 : 272 €

2022 : 373 €

2023 : il devrait s’établit autour de 1000 €

Suivent dans l’ordre le géranium, le rosier, la tomate, le gerbera, la jacinthe, le cyclamen, la tulipe, le diplanenia, la pivoine, l’œillet, la pensée, l’hortensia, la bruyère, les bégonias, le kalanchoé, l’hellébore, le poinsettia, le pétunia, la salade, les cactus.

(chiffres 2020, source Valhor)

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