Des pêches, des murs et des idéaux

 

Un jardin au cœur de la ville de Montreuil. Plusieurs associations y veillent sur 8 ha de murs à pêches classés, organisent de nombreuses animations et ateliers et depuis quelques années, les Estivales de la permaculture.

Un peu d’histoire…



©Éric Lenoir

Il y a quelques décennies, dans la très petite couronne autour de la capitale, on produisait de quoi nourrir les gens qui y vivaient. Des maraîchers et des arboriculteurs ceinturaient Paris, cultivant dans l’espace périphérique regroupant les communes limitrophes, et un peu au-delà, des légumes et des fruits de très grande qualité. On retrouve d’ailleurs de nombreuses variétés de fruits et légumes portant encore aujourd’hui le nom de ces villes, bourgs, villages devenus aujourd’hui la proche banlieue, partie prenante de la mégapole : asperge d’Argenteuil, potiron ‘Rouge vif d’Etampes’, épinard ‘Monstrueux de Viroflay’, pomme de Terre ‘Belle de Fontenay’…

À Montreuil (93), on cultivait surtout des pêches. On ne faisait d’ailleurs pas semblant d’en cultiver. Quand Jean-Baptiste La Quintinie voulu exploiter les modes de production fruitière qu’il avait testés au potager du roi à Versailles, il les diffusa rapidement sur le territoire. Le succès de la production de ce fruit d’introduction récente, en adossant à des murs blanchis au plâtre ces arbres à la réputation frileuse, fut tel qu’à l’apogée des murs à pêches de Montreuil, dans la seconde moitié du XIXe siècle, ceux-ci couvraient entre 390 et 600 ha (selon les sources) pour 600 km de linéaire de murs sur la petite commune. Les fruits produits là (il n’y avait pas que des pêches) étaient très réputés, se vendant à prix d’or jusque dans toutes les cours d’Europe. Aux alentours de 1870, on produisait au sein de ce dédale environ 15 millions de fruits par an. Une bagatelle…



Un jardin dans la ville ©Dimitri Kalioris

Et puis, arriva l’immobilier

Avec la pression démographique vint la pression immobilière. Les murs à pêches sont à 4 km de Paris, autant dire que le territoire revêt quelques enjeux. Pourtant, ceux-ci bénéficièrent d’un relatif sursis indirectement lié au plâtre qui les recouvrait…
 Si on avait du plâtre en quantité et à bas coût ici, c’est tout simplement parce que le sol local regorge de gypse. Ce gypse, après cuisson, forme un plâtre d’excellente qualité (le fameux plâtre de Paris) d’une blancheur incomparable. Son autre caractéristique est de rendre les sols impropres à la construction, ses longues plaques cristallines cédant parfois pour s’effondrer dans des cavités sous-jacentes (phénomène de fontis).

Du moins, ceci fut-il vrai jusqu’à la fin du XXe siècle. Des 600 hectares de départ, les murs à pêche ne recouvrirent plus que 300, puis 80, puis 35 ha. On produisait désormais ailleurs des fruits moins fantastiques, et on préféra construire de quoi loger la population dès lors qu’on comprit comment faire. 

La fin de la fin programmée, un renouveau joyeux.


En 2018, sur les ultimes 35 ha qui subsistent, 8 ha sont classés, faisant l’office de mesures de protection et de travaux de réhabilitation par la ville de Montreuil et, surtout, par des associations dynamiques et déterminées qui exploitent le site notamment pour y faire de la pédagogie. On y trouve une Amap, des vergers et potagers privés, de « simples jardins », une troupe de théâtre et de circassiens et, depuis quelques années, un festival autour de la permaculture : les Estivales de la Permaculture, organisé par le collectif PermaMontreuil.

© Dimitri Kalioris

Les Estivales de la Permaculture

La dernière édition de ce festival a eu lieu les 15 et 16 septembre derniers. Dans une ambiance très détendue, riche de rencontres, baignée de musique, de chants, de spectacles se sont retrouvés des acteurs locaux ou plus lointains pour parler de la permaculture, mais pas seulement. Le thème de cette édition était le «faites-le vous-même», avec pour invité d’honneur le génial bricoleur Barnabé Chaillot dont les vidéos en ligne dynamitent le pessimisme. Pendant deux jours se sont succédé des conférenciers, des associations, des artisans, des créateurs, des pédagogues, et, surtout, un public nombreux et intéressé venu trouver là la démonstration des solutions alternatives à l’économie de marché, à la croissance et au productivisme.

 

 

La Pêche, monnaie montreuilloise ©Eric Lenoir

Un modèle utopiste et réaliste



Aux Estivales, il n’y a pas de tarif d’entrée. On donne ce que l’on pense devoir donner, selon ses moyens et sa propre conscience. Ensuite, on oublie l’Euro pour adopter la pêche, la monnaie locale officielle montreuilloise échangée au comptoir du festival. L’idée de cette monnaie, c’est de pousser les consommateurs à acheter localement, et que les sommes dépensées soient redistribuées là où elles sont échangées. C’est la base de l’économie circulaire locale. Tout le monde joue le jeu sans douleur, d’autant que les bières artisanales, les sorbets 100% bio et véganes fabriqués grâce à une glacière à pédales, ou les repas cuisinés à partir de surplus d’épiceries et producteurs bio sont suffisamment délicieux pour donner envie de les utiliser, ces pêches. 



Dans cet endroit un peu surréaliste qu’est la prairie des murs à pêches, on oublie totalement les immeubles tout autour, l’agitation de la A86 toute proche, le tumulte de la rue. Là, entre ces murs plus que centenaires, à l’ombre des arbres fruitiers, des figuiers, noyers, érables, vignes, autour des potagers en lasagnes ou classiques, on est coupé de la ville pour n’être plus que dans un joli jardin nourricier, dans un dédale fantastique où, de-ci de-là, d’aucuns s’installent, déjeunent en famille, écoutent guides, musiciens ou orateurs, ou apprennent à faire du pain, à réparer un outil à la forge, à reconnaître l’aster nain de la camomille.

Christophe Bichon © Dimitri Kalioris

Car, avant tout, ce festival est un lieu d’apprentissage. Enfants, adultes, chacun semble être tant venu pour prendre du plaisir dans ce jardin d’Eden que pour y glaner du savoir, goûter l’expérience de cette permaculture souvent galvaudée et de ce qu’elle implique socialement, techniquement. Christophe Bichon, l’un des membres du collectif, se retrouve dans le rôle de chef d’orchestre de l’événement pour coordonner et articuler conférences, concerts et ateliers. Paisible, discret, il met les uns et les autres en relation pour que tout s’organise sans en avoir l’air, dans une quiétude déconcertante au regard des multiples pôles qui s’animent. Ici, l’énervement n’est pas proscrit, il semble juste impossible !

Apprendre et s’amuser

On vient pour le divertissement et, rapidement, on veut en savoir plus sur la décroissance, on veut savoir ce qu’implique de vouloir moins consommer, de produire plus soi-même. Dans cet univers ultra-urbain alentour se trouve un îlot improbable où l’on expérimente tout ça. Un endroit où, chaque année, entre des soins ayurvédiques et une conférence sur l’utilité des limaces ou la communication non violente, on aura découvert que pétrir le pain à la main est pénible physiquement, mais que sa saveur sera incomparable. On aura vu, au détour de la énième porte franchie pour passer d’un jardin à l’autre, comme les kiwis qui poussent aux portes de Paris sont abondants et délicieux, comme la collaboration peut aboutir à des cumuls formidables, à la résolution de problématiques extraordinaires. Qu’on soit un retraité qui s’appelle Marcel, un anarchiste qui ne dit pas son nom, une cadre à moto « qui veut savoir ce qu’est la permaculture » ou Mohamed et sa bande de potes glissants de la cité voisine jusqu’à la prairie qui s’anime, on ne se sent pas de trop, ni incongru entre ces murs.

Enfin, le samedi soir, on aura profité d’un dîner inventé avec amour avec les moyens du bord autour d’un feu, des instruments de musique régalant les tympans des parages, en attendant la projection d’un documentaire dans la tente principale. 

Des jardins qui deviennent Un jardin.

Montreuil – Rénovation des murs ©Eric Lenoir

Un lieu de partage


Il est touchant de voir comme ce lieu, autrefois entièrement dédié à la productivité, a évolué entre les mains de ceux qui en ont sauvé les derniers vestiges. Voué à disparaître pour cause d’urbanisation et de délocalisation de la production maraîchère et fruitière, il a été sauvé par la volonté de gens qui le veulent maintenant comme un lieu de partage. 
Et ces gens, animés par une utopie réaliste et consciente, réparent les murs de pierre qui s’effondrent tandis qu’ils font tomber ceux qui séparent les hommes. C’est doux comme une peau de pêche, réjouissant comme sa chair juteuse ! C’est un grand jardin qui ressemble à un petit jardin, un labyrinthe où l’on veut se perdre et revenir ; un moment espiègle et convivial d’où l’on ressort satisfait et enrichi.
Et la permaculture, qu’est-ce que c’est, me demanderez-vous ? Venez l’an prochain, vous vous ferez une idée vous-même, parce que ça se vit plus que ça s’explique !


"Lien

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